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[Critique] Parasite : sonner le Bong

Après avoir échoué à être projeté en séance de minuit avec Snowpiercer et après les polémiques entourant Okja, produit par le service de streaming Netflix, le cinéaste Bong Joon-Ho a finalement pu prendre sa revanche sur le Festival de Cannes cette année en décrochant le prix ultime : la Palme d’Or.

Dans le sillage de sa filmographie, Parasite se présente comme un film somme regroupant les thématiques phares de Bong Joon-Ho. On y suit une famille pauvre faisant un « casse » chez une famille riche, dans un film mêlant les genres, de la comédie au thriller.

Une grande Palme

Le dicton qui dit « grande sélection, petit palmarès » aura eu tort cette année. Présenté en Compétition au 72e Festival de Cannes entre les films de Tarantino, Dolan, Almodóvar, Loach, des Dardenne ou Suleiman, Parasite a fait l’unanimité. Et pour cause, cela faisait des années qu’on sentait que l’œuvre de Bong Joon-Ho s’approchait de la perfection. Le réalisateur de l’immense polar Memories of Murder, mais aussi de Mother, The Host, Snowpiercer ou Okja signe donc ici une œuvre somme passionnante et que l’on sent nourrie par la passion de son artiste.

Tout y est, à commencer par la lutte des classes – omniprésente dans son cinéma. Tantôt poisseuse et sinueuse dans son premier long métrage Memories of Murder, elle était beaucoup moins subtile dans l’américanisé Snowpiercer qui plaçait l’humanité dans un train, avec en tête les riches et en queue les pauvres – des classes séparées horizontalement et non verticalement comme d’accoutumé dans les films, où les riches surplombent les pauvres, qui eux sont en bas (littéralement). Dans Parasite, la lutte des classes et le message politique sont un premier niveau de lecture alors que l’on suit une famille pauvre et au chômage se taillant une part du gâteau et tentant de prendre la place d’une famille Némésis riche. Pas manichéen pour un sou, Bong réussit à distiller des questionnements intéressants sur ce qui fait la richesse (« un fer à repasser qui lisse tous les plis de la vie » comme le dit un personnage), extérieure ou intérieure.

Multi-genre

Mais comme la précédente Palme d’or, Parasite est une affaire de famille. Si elle a toujours eu sa place centrale dans la filmographie du cinéaste, elle était d’habitude abordée du point de vue relation père/fille. Dans The Host comme dans Okja, Snowpiercer et maintenant dans Parasite, le père (toujours incarné par le génial Song Kang-Ho) est un gentil idiot, qui crée (involontairement) plus de tort que de bien, et qui aime à sa manière sa fille (ici son fils). Parasite a la complexité d’ajouter deux autres membres de la famille, à savoir la mère et la fille. Le résultat est touchant et ramène une émotion intense tant Bong parle avec justesse des liens qui nous unissent tous.

Le cinéma coréen s’est, depuis une quinzaine d’année, illustré par sa capacité à jouer avec les frontières des genres cinématographiques, qu’il rend poreuses. Bong Joon-Ho comme son immense confrère Park Chan-Wook (Old Boy Grand Prix à Cannes en 2003, mais aussi Mademoiselle…) s’inscrivent donc dans le cinéma contemporain qui se plait à ne pas s’enfermer dans une seule case. Parasite ne déroge pas à la règle, et on serait tenté de penser que c’est l’un des éléments principaux qui a mené le jury de Cannes à voter à l’unanimité pour lui. Le film est tout autant un brûlot politique (sur l’état de la Corée du Sud, ses relations avec la Corée du Nord, mais aussi le monde et son rapport à l’argent) qu’un thriller (assez effrayant dans certaines séquences), qu’une comédie (potache parfois, subtile et efficace souvent), un huis clos très dialogué et presque théâtral ou un film fantastique et onirique. Le cinéaste navigue entre les genres avec une agilité déconcertante, reposant son intrigue sur de très nombreux rebondissements à répétition évitant notamment un quelconque ennui.

Conclusion : n’est pas Bong qui veut. Le cinéaste coréen continue de tracer sa route comme seul lui en est capable et place Parasite comme l’un des films incontournables de l’année. Le cinéma coréen est incroyable, et Parasite prouve par son agilité à surprendre et happer son spectateur qu’il est la meilleure Palme d’Or depuis longtemps.

Parasite
Un film de Bong Joon-Ho
Sortie le 5 juin 2019
Durée : 2h12

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