[Critique] Pacific Rim – Uprising : un géant de fer rouillé ?

En 2013, après avoir réalisé Hellboy et Le Labyrinthe de Pan, le mexicain Guillermo del Toro surprenait le monde avec son blockbuster Pacific Rim. Inspiré par la culture japonaise, le film mettait en scène, d’un côté, des monstres extraterrestres, les kaijus, venus sur Terre pour la détruire via à une brèche inter-dimensionnelle au fond de l’océan Pacifique, et de l’autre, des jaegers (« guerriers » en allemand), robots géants créés et pilotés par les hommes pour se défendre. Cinq ans après le succès mondial du film de Del Toro, c’est Steven S. Deknight qui prend les commandes et réalise la suite dans son premier long-métrage : Pacific Rim: Uprising.

A la fin du Pacific Rim de Guillermo Del Toro, Raleigh et Mako, pilotes de jaeger, réussissaient à refermer la brèche grâce au sacrifice du Marshall Pentecost, empêchant à tout jamais l’arrivée de nouveaux kaijus. Pacific Rim: Uprising nous présente aujourd’hui le fils de Pentecost, Jake (John Boyega), qui n’a pas grand chose en commun avec son père: il vole des pièces d’anciens robots pour les revendre illégalement. Lors d’une expédition nocturne, il rencontre Amara (Cailee Spaeny) et le jaeger qu’elle s’est construite toute seule, au cas où les kaijus venaient à réapparaître. Une précaution qui ne s’avère pas si malvenue…

Voir les choses en grand 

Le film ne s’appelle pas Pacific Rim 2, mais est bel et bien une suite du premier volet, tout en étant assez clair pour être accessible à ceux qui n’auraient pas vu le film de Del Toro. Les initiés pourront quant à eux être heureux de retrouver plusieurs personnages déjà connus, certains étant plus présents que d’autres, et de découvrir les nouvelles recrues. Parmi elles, John Boyega est bon dans son rôle, bien qu’assez semblable à celui qu’il joue dans la nouvelle trilogie Star Wars, et est aussi charismatique auprès de Scott Eastwood que de Cailee Spaeny, jeune actrice fraîchement arrivée sur les terres d’Hollywood.

Cela étant dit, la principale qualité du film réside non dans ses personnages, mais dans ses effets spéciaux. Visuellement, le public en a pour son argent. Les jaegers, rappelons-le à toutes fins utiles, sont de gigantesques robots, de la taille d’un immeuble, ce qui nécessite un pilotage par deux personnes. Celles-ci, à l’intérieur du jaeger, sont connectées entre elles et font exactement les mouvements qu’elles souhaitent que le robot fasse, de manière complètement synchronisée. Cela donne lieu à des scènes de combat très esthétiques, pendant lesquelles on peut voir de manière alternée les mouvements du jaeger et ceux, simultanés, de Pentecost et son co-pilote Lambert (Scott Eastwood). Un atout qui est bien plus exploité que pendant le premier film.

D’une manière générale, les effets visuels de Pacific Rim: Uprising sont réussis, et on ne peut que s’incliner devant les scènes de combat grandiloquentes. Les jaegers, géants de fer, ne combattent cette fois-ci plus en mer et dans la nuit, mais en plein jour et au cœur de la ville et de ses gratte-ciel. Qui dit ville dit nécessairement destructions d’immeubles, de véhicules et fuite des habitants en panique ; si le public adepte des blockbusters y est désormais habitué, force est de constater que le tout est bien représenté et convainc, grâce notamment à des plans intéressants mettant en exergue la taille démesurée des combattants. S’en dégage donc un film divertissant devant lequel on ne s’ennuie pas, particulièrement pour les fans de films d’action.

Opération recyclage

Côté trame narrative et, surtout, côté personnages, il ne faudra toutefois pas s’attendre à bien plus qu’un film d’action banal, et à tous les clichés qu’il implique. Pourtant, Steven S. Deknight proposait une intrigue générale assez intéressante, dans la continuité du premier volet. Malheureusement, le réalisateur n’arrive pas à se détacher des codes du film d’action grand public : on retrouve sans grand étonnement le cliché de l’homme (beau, évidemment) qui a un grand cœur derrière sa carapace, et celui de la femme (belle, évidemment), représentée comme forte mais qui a tout de même besoin de coller un baiser sur les joues des deux grands héros pour leur donner force et courage… S’ajoute à cela une pointe d’humour sarcastique comme on en voit maintenant régulièrement dans les films Marvel ou Star Wars, à cela près qu’il n’est pas non plus vraiment bien placé, au point de faire parfois grincer des dents… Bilan du diagnostic : Pacific Rim : Uprising semble souffrir de ce manque de personnalité que peuvent avoir les films qui privilégient l’action au détriment du reste.

Car le long-métrage de Del Toro, bien qu’il soit un film grand public, avait une identité propre au réalisateur : l’accent était mis sur la personnalité, l’histoire et l’évolution des personnages, qui luttaient tous contre un certain traumatisme, en puisant dans cette énergie pour sauver le monde, ce qui donnait une atmosphère bien particulière au film. Malheureusement, cette suite ne semble pas faire honneur à son prédécesseur. Pire encore, si elle s’en éloigne par certains aspects, elle s’en rapproche bien trop à plusieurs moments, lorsque que Steven S. Deknight copie de manière très peu subtile les procédés scénaristiques du premier volet. Lorsque les pilotes se connectent entre eux par exemple, ils accèdent tous les deux aux souvenirs et aux pensées de l’autre. Une idée dynamique, que Guillermo del Toro avait exploité en nous faisant plonger dans le passé de Mako et en nous faisant revivre le trauma qu’elle avait vécu étant jeune. Si l’idée pouvait être bonne à reprendre, on aurait aimé qu’elle soit légèrement plus différente dans le film de Steven S. Deknight, pour nous épargner cette sensation de déjà-vu. Néanmoins, on peut trouver des circonstances atténuantes au cinéaste : celui-ci signait là son premier long-métrage, qui est loin d’être un échec cuisant.

Conclusion : grâce à des personnages charismatiques et des effets visuels convaincants, Pacific Rim : Uprising est un film d’action divertissant. Il manque toutefois cruellement de caractère et de profondeur pour marquer les esprits et se détacher de la masse des films à grand public.


Pacific Rim: Uprising
Un film de Steven S. Deknight
Sortie le 21 mars 2018

Egalement au cinéma le 21 mars 2018 :


Vous préférez Del Toro? Retrouvez notre rétrospective consacrée au réalisateur!


Vous avez aimé cet article? Abonnez-vous à notre newsletter et découvrez chaque mois le meilleur de Silence Moteur Action!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *