[Critique] Les Oubliés : le devoir de rédemption

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, l’Europe est en ruine. Si le cinéma en a immédiatement subi les conséquences (on pense notamment au Nouveau Réalisme italien né de l’effondrement du pays, perdant), aujourd’hui encore cette époque passionne les cinéastes. De Steven Spielberg à Quentin Tarantino, de Terrence Malick à Jean Pierre Melville, les plus grands cinéastes ont eu leur mot à dire. Et pourtant, avec Les Oubliés, force est de constater qu’un pan de l’Histoire est encore à découvrir.

Le film suit le parcours d’une bande de soldats allemands, prisonniers du Danemark au moment de l’armistice. Martin Zandvliet filme avec une certaine amertume le choix des dirigeants danois de forcer les jeunes soldats allemands présents sur leur territoire à désamorcer les mines enfouies sur les plages du Danemark (le IIIème Reich pensait que le débarquement des forces alliées aurait lieu sur les plages nordiques de l’Europe). Répondre à la violence par la violence.

Le théâtre de l’horreur 

La grande force du film se trouve dans sa capacité à cristalliser toute une palette d’émotions et d’événements dans un seul et même lieu : les plages du Danemark. De là, on observe avec émotion ce qui fut le théâtre d’une horreur historique. Par le biais de personnages auxquels on s’identifie, le film penche (évidemment) vers l’humain et donc vers les soldats. En quelques plans, le réalisateur Martin Zandvliet réussit à caractériser ses personnages et à leur donner un enjeu, un objectif limpide. En ça, le film est un exemple de scénario efficace : dès les premières secondes, on comprend où on nous emmène. Loin d’être négatif, cet « académisme » permet donc de simplifier les personnages tout en les rendant compréhensibles : les jeunes soldats, qui n’ont pour eux qu’un amour de leur pays et qui souhaitent juste rentrer chez eux, le sergent Carl Rasmussen qui voue à l’Allemagne une haine sans fond, l’armée danoise qui veut juste profiter d’une main d’oeuvre bon marché ou la famille près de la plage, pleine d’a priori sur les étrangers.

Rédemption

Tout l’enjeu du film, et c’est ce qui en fait non seulement sa beauté mais son importance, c’est l’idée de la rédemption. Comment pardonner ? La haine n’a-t-elle pas de limites ? Peut-on haïr des enfants pour les crimes de leurs parents ? En posant toutes ces questions et en les incarnant dans le personnage de Carl Rasmussen, le film résonne avec une force incroyable à l’heure où la société occidentale tend au communautarisme et à la haine de son voisin. Et si l’Oscar du meilleur film étranger n’a pas été remporté, rien que sa nomination fait office de victoire. Oui on peut pardonner, mais surtout on le doit. Les Oubliés traite donc d’un sujet primordial, et doit notamment son efficacité à ses acteurs, incroyables (Rolland Moller est bouleversant), et à son esthétique très appuyée.

Conclusion: Nommé à l’Oscar du Meilleur Film Étranger, Les Oubliés est un très beau film sur l’humain, sur nos erreurs et notre devoir de pardonner. Incarné avec brio, très bien mis en scène, le film de Martin Zandvliet bouleverse.

Les Oubliés
Un film de Martin Zandvliet
Sortie le 1er mars 2017

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