[Critique] One Kiss : il faut nous montrer plus forts

Dans leur lycée, ils sont les trois têtes dont on aime se moquer. Lorenzo, Blu et Antonio font bande à part, face aux insultes et au mépris. Le premier est ouvertement homosexuel, dans une école, une ville et un pays où le regard sur la population gay est encore empli de haine. La seconde est victime de slut-shaming, harcelée par de nombreux garçons pour des faveurs sexuelles. Le dernier, bien plus renfermé, fait face à la perte de son frère et aux troubles psychiques qui en découlent.

One Kiss, c’est un coming-of age movie qui tente de se faire une place parmi tant d’autres, dépasse sa dimension militante et porte sur ce qu’est être un adolescent aujourd’hui. Ce qu’est la crainte d’être regardé, moqué parce que l’on est soi-disant différent. One Kiss, c’est l’histoire d’un baiser qui fait tout basculer. En portant son roman à l’écran cinq ans après sa parution, Ivan Cotroneo est allé plus loin et délivre un film plaisant et émouvant, bien que son intrigue ne soit trop facilement décelable.

One Kiss… ou plusieurs ?

Il est nécessaire de replacer One Kiss dans son contexte : l’homophobie n’est toujours pas condamnée par une quelconque loi en Italie encore aujourd’hui, et alors que le mariage pour les couples de même sexe a été reconnu il y a déjà quatre ans en France, celui-ci n’est possible que depuis 2016 chez nos voisins. Et encore, il n’est même pas appelé un mariage mais une « formation sociale spécifique ». Pour l’égalité réelle, on repassera.

Ivan Cotroneo le sait, certains spectateurs de son film n’appréciaient pas le côté exhubérant de Lorenzo, qui affiche ouvertement sa sexualité : les insultes fusent lorsqu’il s’habille différemment des autres ou porte du vernis… mais qu’importe ? Lorsque le mal est fait, celui-ci s’installe peu à peu. Même si Lorenzo fait tout pour dépasser ce climat de tension et de haine dont il est victime, le jeune garçon a tout de même ses moments de faiblesse.

Le film revêt des allures de film musical, lors de parenthèses quasi-clipesques mettant en avant des chansons de Mika ou Lady Gaga, qui prônent tous deux l’égalité des droits en faveur de la communauté homosexuelle.

« Il fallait que ça finisse autrement. Il fallait avoir moins peur. »

One Kiss aborde l’âge de tous les possibles. L’âge de la découverte de soi : que faire lorsque l’on a des sentiments pour quelqu’un sans être sûr qu’ils soient partagés ? Que faire de son avenir ? Antonio, brisé par la perte de son frère, est le plus fragile des trois ados. Blu devient la porte-parole de leur histoire, comme une nécessité. Car ce qu’évoque aussi le film d’Ivan Cotroneo, c’est la nécessité de dire les choses, de ne pas avoir peur, et de ne pas se réfugier dans la haine.

One Kiss relève le courage de témoigner aussi, tout comme il aborde la question du harcèlement et du consentement, comme ont également pu le faire d’autres projets tels que 13 Reasons Why ou 1:54 récemment. Le film tire son intérêt de l’ambivalence de son titre. Le baiser, dans l’histoire, mène à la tragédie. Mais dans la vie, un baiser peut aussi suffire à mener vers des abus.

Alors peu importe si l’histoire n’est parfois pas traitée de manière subtile – aussi visuellement, le montage étant parfois un peu trop sec. One Kiss suffit à séduire par ses personnages attachants, autant les jeunes – Rimau Grillo Ritzberger, Valentina Romani, Leonardo Pazzagli, les trois ados signaient là leur premier rôle – que les parents, également attachés à leurs problèmes personnels.

One Kiss
Un film de Ivan Cotroneo
Sortie le 26 avril 2017

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