[Critique] On l’appelle Jeeg Robot : nul besoin de cape pour être un héros !

Fort de son succès dans de nombreux festivals et dans son propre pays, où il fut récompensé par l’équivalent de sept Césars, On l’appelle Jeeg Robot se fraye enfin un chemin vers les salles françaises, huit mois après avoir été projeté à l’Étrange Festival, où il a remporté le Prix Nouveau Genre. Pied-de-nez total aux ténors du genre super-héroïque (Marvel et DC Comics), qui monopolisent les salles à plusieurs reprises chaque année, le premier long métrage de Gabriele Mainetti crée la surprise ! Tous les héros ne portent pas des capes… ils peuvent aussi être un homme des plus banals. Et vous, que feriez-vous si vous vous retrouviez avec des super-pouvoirs ?

Dans Jeeg Robot, le héros, c’est Enzo (Claudio Santamaria), une petite frappe romaine qui passe son temps à manger des Danette à la vanille et à collectionner des DVD pornographiques. Alors qu’il tente d’échapper à une course-poursuite après un vol, il plonge dans le Tibre et entre en contact avec une substance radioactive qui le contamine et lui confrère des capacités surhumaines. Il décide alors de mettre à contribution sa force nouvellement acquise au profit de ses crimes, mais s’agit-il réellement de la meilleure chose à faire ? Lorsqu’il rencontre Alessia (Ilenia Pastorelli), une jeune femme perturbée qui voit en lui la réincarnation d’un cyborg japonais, Enzo doit reconsidérer ses actions… et protéger la ville de ses plus grands malfrats.

Des pouvoirs au service de la violence ?

Point de manichéisme chez Gabriele Mainetti, qui prend le temps de définir chacun de ses personnages, sans pour autant préciser lequel d’entre eux est forcément le plus juste. Le réalisateur brosse le portrait d’une banlieue romaine dont le quotidien est frappé par le crime et les affrontements entre bandes rivales. Enzo passe d’un petit travail à un autre, peu importe ce qu’il doit faire : récupérer de la drogue venant de mules arrivées de l’aéroport, réaliser un braquage, dissimuler un décès… Il fait ce qu’il a à faire pour survivre. Solitaire et acariâtre, il vit dans un appartement à l’image de son chemin de vie : médiocre. Pourtant, il s’en contente. Le jeu de Claudio Santamaria, qui a pris vingt kilos spécifiquement pour le rôle, rend son personnage détestable, à première vue. Mais n’a-t-il vraiment pas d’autre choix ?

L’intrigue de Jeeg Robot prend ainsi à revers celle de tous les films de super-héros auxquels nous sommes désormais habitués. Enzo donne davantage l’impression de voir un personnage pour qui les pouvoirs deviennent rapidement un poids : sa réputation nuit à Fabio, dit « le Gitan » (Luca Marinelli), aka le patron de la pègre locale. L’acteur campe un antagoniste aussi attachant qu’inquiétant, tant sa violence est imprévisible. Son côté androgyne et rock rappellent inévitablement David Bowie, tandis que son visage angélique tranche radicalement avec son caractère. Entre les deux hommes, la guerre est déclarée.

Super héros, super baston !

On l’appelle Jeeg Robot surprend par sa violence décomplexée, qui n’est pas sans faire référence à d’autres héros comme Kick-Ass ou nos amis Colin Firth et Taron Edgerton dans KingsmanMainetti a beau ne pas avoir le même budget que ses semblables hollywoodiens, cela ne l’empêche pas pour autant de produire des scènes d’actions exubérantes, où le sang coule à flots. Grave avait dégoûté certains spectateurs avec son doigt coupé, Jeeg Robot vous sort la même recette avec… des orteils ! Préparez-vous. Le film emprunte également les codes visuels du manga dont il s’inspire (et dont vient le nom donné à Enzo) dans un combat final dantesque au stade olympique de Rome.

Mainetti n’en oublie pas pourtant l’émotion : si le personnage de Claudio Santamaria apparaît à première vue comme un être sans cœur, ses divers contacts avec Alessia l’attendrissent. Coupée du monde suite à de profonds traumatismes, la jeune femme voit en lui la réincarnation de l’armure japonaise, vouée à sauver Rome de ses criminels. Et si Enzo devenait le héros que la ville attendait ? Jeeg Robot se termine comme il a commencé, par un long plan en hélicoptère sur la capitale italienne animée. La ferveur populaire, les médias, la réputation : qu’est-ce qui fait un héros, après tout ? Est-ce un choix réel ou une nécessité ?

On l’appelle Jeeg Robot
Un film de Gabriele Mainetti
Sortie le 3 mai 2017

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