[Critique] Nerve : Big Brother 2.0

Avec Nerve, on ne s’attendait pas à grand chose. Ariel Schulman et Henry Joost, ses réalisateurs, étaient aussi à la tête de Paranormal Activity 3 et 4. Passés nos souvenirs de casseroles qui bougent et de longues minutes d’attente, on avait encore un truc qui nous démangeait. Mince, encore un énième teen-movie où des acteurs avoisinant la trentaine passent pour des ados ? Emma Roberts a 25 ans, Dave Franco en a 31. Évidemment, ils ne les font pas (et tant mieux pour eux). Ils sont beaux, ils brillent, et pourtant, ils se lancent dans un jeu dangereux… À l’occasion de sa sortie en vidéo, Silence Moteur Action vous dévoile son avis sur le film.

Le jeu des likes

Oubliez « action ou vérité » : cette fois, ce ne sont que les actions qui comptent. Nerve est un film qui joue sur la mode du tout-connecté (aka la foire du live avec Periscope et Facebook Direct) que les jeunes s’approprient de plus en plus. On a pu entendre de Nerve qu’il n’avait qu’une vision erronée de cette jeunesse, honteusement remplie de clichés. Et pourtant, ce teen-movie estival est bien plus intelligent qu’il n’y paraît, et l’on ne pourra pas non plus nier son ancrage dans une certaine réalité.

Ariel Schulman et Henry Joost avaient aussi réalisé Catfish, documentaire acclamé sur les impostures en ligne (ensuite décliné sous la forme d’une émission sur MTV) : internet, c’est leur domaine, et ils le font savoir. Dans Nerve, tout est question des réseaux sociaux et de tout ce qui en découle : nombre de vues, de likes, d’abonnés, bref… la quête absolue d’une cyber-popularité. Venus, ou « Vee » pour les intimes (Emma Roberts) a l’extraordinaire chance d’être amie avec Sydney (Emily Meade), l’une des filles les plus populaires de son lycée. Cette dernière est cheerleader, admirée (ou reluquée) par les garçons, et veille au grain de ses notifs Instagram… mais surtout à son classement sur Nerve : gare à celui ou celle qui osera la détrôner. Et pour cela, rien ne vaut mieux que d’oser des défis de plus en plus impressionnants. Mais que se passe-t-il lorsque Vee devient sa principale concurrente ? Elle qui était si discrète et introvertie (tout le contraire d’Emma Roberts dans Scream Queens ou AHS : Coven, quoi !) se lance pourtant dans la partie et rencontre un autre joueur, Ian (Dave Franco).

Une société ultra-connectée contestée

Oui, dans Nerve, les gens rivalisent, se disputent, voire même se combattent pour un nombre de likes. Pourquoi aller dire que cette vision de la jeunesse est caricaturale, alors que les échanges de likes pullulent sur Instagram ? Rappelez-vous les boosters de visites sur Skyblog… c’était il y a longtemps, et pourtant toujours aussi pertinent. Tout berce dans l’exagération la plus complète et cette quête de visibilité à outrance contamine même l’image : notifications, nombre de visionnages s’affichent à l’écran, l’interface du jeu se télescopant à celle du film, où tout défile toujours à toute vitesse. Ian et Vee dévalent les rues de New York d’un bout à l’autre, prisonniers d’une application qui leur en demande toujours plus, enfermant le spectateur avec elle.

Nous sommes tout autant bloqués dans la même frénésie que nos personnages, sous une pluie de musique électro digne d’une playlist MTV et de néons aux couleurs ultra-flashy et un poil aveuglantes. Il y a toujours du monde pour regarder, que ce soit derrière leur écran ou dans les rues, dans des fêtes, et même autour de nos deux héros : ces « watchers » deviennent même de plus en plus envahissants… Les points de vue se superposent, des caméras classiques aux iPhones de ces spectateurs fantômes, mais aussi ceux des joueurs qui doivent absolument filmer leur défi pour prouver leur réussite. C’est un peu comme si les producteurs de Big BrotherDilemme et compagnie faisaient un enfant dans notre dos et nous balançaient Nerve, une appli dont on ne connaît jamais la véritable nature, ni les créateurs. Une appli dont on ne sait pas qui gère les dérives, sujet placé au cœur de l’intrigue du film. Qu’en est-il de nos données personnelles, lorsqu’une application se connecte à toutes les autres ? À qui profitent nos informations ? Autant de sujets habilement pointés du doigt par un teen-movie, ce n’est pas banal. Nerve est malgré lui très en phase avec l’actualité mouvementée de ces dernières semaines, au cours de laquelle le direct (aussi bien des chaînes de télévision que des utilisateurs de Periscope) a lourdement pu susciter la polémique : quelles sont les limites ? Que peut-on montrer ou ne pas montrer ? Le nombre de vues grandissant légitime-t-il la vue d’un drame ?

Alors oui, le scénario de Nerve est sans réelle surprise, mais le film demeure un divertissement rythmé et ultra-efficace, surtout grâce à son casting composé de têtes ultra-connues auprès du public cible (on peut dire qu’il y a eu quelques libérations conditionnelles à Litchfield entre Samira Wiley et Kimiko Glenn…), parmi lesquelles figure également l’irréprochable Juliette Lewis, mère du personnage d’Emma Roberts.

Conclusion : Nerve porte bien son nom ! Emma Roberts et Dave Franco partent pour une chasse aux vues frénétique au péril de leur vie, dans un teen-movie habilement en phase avec l’actualité !

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