[Critique] My Friend Dahmer : origines d’un serial killer

Qu’est-ce qui pousse un être humain à ôter la vie ? Pire encore : comment y prendre plaisir ? Les tueurs en série, qu’ils soient fictifs ou non, ont été nombreux à hanter toute forme de narration : difficile de passer à côté du personnage d’Hannibal Lecter, immortalisé à l’écran par Anthony Hopkins et, plus récemment, Mads Mikkelsen au format télévisuel. Pour la seconde saison de sa série American Crime Story, Ryan Murphy s’est quant à lui attelé à l’histoire d’Andrew Cunanan, assassin de Gianni Versace.

Avec My Friend Dahmer, le réalisateur Marc Meyers s’attache à la même optique : montrer les origines d’un autre tueur en série, Jeffrey Dahmer, en adaptant le roman graphique de l’un de ses anciens camarades d’école, John Backderf. Sélectionné au Festival de Tribeca, puis en compétition au Festival du film américain de Deauville en septembre dernier, le film est désormais disponible sur tous les écrans français via la plateforme e-cinema.com : il s’agit d’une plongée glaçante auprès du quotidien de ce tueur en devenir.

Se fondre parmi la masse

Pour camper le rôle de Jeffrey DahmerMarc Myers a choisi un acteur quasi-inconnu du grand public : Ross Lynch. Le jeune homme (d’à peine vingt-deux ans) change complètement de registre en passant des séries Disney Channel à ce rôle de ce tueur en puissance. Parfaitement grimé dans la peau de DahmerLynch est suivi au plus près par la caméra du metteur en scène qui parvient à créer une tension palpable tout au long de son long métrage, tant on peine à cerner ses réelles intentions. Le film n’oublie pas pour autant l’humanité de ce personnage qui tente malgré tout de s’intégrer dans le monde qui l’entoure et surtout au lycée. Le film propose ainsi de suivre la dernière année de scolarité de Jeffrey Dahmer, déterminante dans son passage à l’acte, puisque c’est à la fin de celle-ci qu’il fera sa première victime.

Dahmer tente de se faire accepter au sein de sa classe ; c’est ici qu’il rencontre John Backderf, à l’origine du roman graphique qu’adapte le film. La relation qu’a Dahmer avec son camarade, interprété par Alex Wolff (récemment aperçu dans Jumanji : Bienvenue dans la jungle – on vous le donne en mille : son avatar dans le film, c’était Dwayne Johnson !), relève d’une très grande ambiguïté. Si Dahmer pense trouver en Backderf un véritable ami, lui et sa bande ont plutôt tendance à se moquer de lui dans son dos en raison de sa bizarrerie. La manière dont Marc Myers joue avec son cadre pour tenter d’intégrer son personnage au groupe, puis de le mettre à l’écart, que ce soit par la distance, un changement de focale, s’avère assez astucieuse. Il y a malgré tout en Dahmer une réelle volonté de paraître à tout prix comme les autres, mais aussi, par moment, de faire plaisir à ses camarades. C’est dans cette manière dont le film parvient à repousser constamment son basculement dans la folie qu’il est le plus intéressant.

La cruauté sans la montrer

Contrairement à Dahmer le cannibale (sorti en 2002 avec Jeremy Renner dans la peau du tueur en série), My Friend Dahmer ne montre jamais son personnage principal en plein acte, quand bien même celui-ci a confié avoir fait dix-sept victimes. Il n’y a aucune démarche voyeuriste ou sensationnaliste dans le film de Marc Myers, qui préfère ainsi s’atteler aux possibles origines de cette folie. Les scènes qui exposent sa vie familiale apparaissent particulièrement troublantes, au sens où Jeffrey est – là aussi – complètement exclu du cadre lorsqu’il est avec ses parents et son petit frère, comme s’ils ne pouvaient absolument pas être tous ensemble au même endroit. Les fortes disputes entre les parents accentuent également la tension éprouvée par le jeune homme ; le cadre n’a de cesse de le souligner en nous rapprochant de plus en plus de lui, jusqu’à provoquer l’étouffement.

Nombreux sont les moments où Dahmer est montré en position de force, en tant que prédateur, prêt à se jeter sur sa proie. Tout comme avec ses camarades, Dahmer cherche à se connaître et à explorer ses envies – aussi répugnantes soient-elles. Après les victimes animales, le garçon ressent l’envie d’aller plus loin : mais sur qui va se jeter son dévolu ? Ce doute constant fait la force du film : Dahmer est-il vraiment capable de passer à l’acte ? L’histoire répond inévitablement à cette question, mais force est de constater que le film n’a pas pour but de diaboliser son personnage. Cette introspection, ponctuée de quelques moments hallucinatoires, est ainsi des plus réussies, et des plus dérangeantes.

Conclusion : prenant et perturbant, My Friend Dahmer surprend pourtant par sa volonté de montrer l’humanité de Jeffrey Dahmer et les éventuelles raisons de son basculement dans l’atroce. Adapté d’une histoire vraie, racontée par l’un de ses proches amis, le film de Marc Meyers est l’une des belles surprises de ce début d’année.


My Friend Dahmer
Un film de Marc Meyers
Disponible depuis le 2 mars 2018 sur E-Cinéma.com

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