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[Critique] Music of my Life : devenir le Boss

Music of My Life est le fruit d’une rencontre. D’un côté, on trouve Gurinder Chadha, réalisatrice anglaise d’origine indienne à qui l’on doit la comédie Joue-la comme Beckham (2002) ou Coup de foudre à Bollywood (2004). De l’autre, Sarfraz Manzoor, écrivain et journaliste pakistanais qui a grandi en Angleterre : en 2004, il écrit Greetings from Bury Park, un récit autobiographique dans lequel il parle de sa passion pour le chanteur Bruce Springsteen et de son adolescence difficile. Gurinder Chadha décide alors de réaliser une comédie inspirée de la vie de Manzoor et baignant dans les musiques du Boss. 

1987, Angleterre. Javed Khan, adolescent d’origine pakistanaise, rêve de quitter sa petite ville de Luton et de devenir écrivain. Mais la réalité de son quotidien – entre le racisme dont il est victime, le chômage de masse qui règne, et la sévérité, la pauvreté et les traditions de sa famille – le pousse petit à petit à perdre espoir. Jusqu’à ce qu’un beau jour, il écoute pour la première fois Bruce Springsteen, alias Le Boss, qui semble parfaitement le comprendre et dont les musiques pourraient bien être la réponse à tous ses problèmes…

Back to the eighties

Le film de Gurinder Chadha se passe en 1987, et il n’est guère possible de l’oublier : chaque musique, chaque costume, chaque élément de décor est imprégné de ce style des années 80, coloré, rythmé, exubérant, qui nous apparaît bien souvent comme décalé aujourd’hui. L’époque est d’ailleurs source d’humour à de nombreuses reprises dans le film, par le biais de références à des chansons désormais considérées comme démodées, ou à de légers détails, comme les premiers jours du téléphone portable, aussi volumineux que coûteux. Mais les années 1980 se reflètent aussi dans la mise en scène. On pense notamment aux passages les plus musicaux comme celui où Javed écoute Sprinsgteen pour la première fois : déconnectés de tout réalisme, ces scènes ressemblent à des clips vidéo de l’époque, avec tout leurs clichés, leurs jeux d’acteurs contestables ou leurs effets spéciaux qui laissent à désirer. Résultat : le spectateur se prend au jeu et accepte volontiers ces coupures narratives et stylistiques.

Quant aux musiques de Springsteen, elles sont réellement au cœur du long métrage : les paroles sont parfaitement reliées aux situations dans lesquelles se trouve le protagoniste : tandis que « The Promised Land » et « Thunder Road » font écho à son mal-être, « Prove It All Night » accompagne ses premiers émois amoureux. On comprend alors comment ces musiques américaines des années 70 ont pu toucher un jeune anglo-pakistinais des années 80, et continuent de parler à un large public de nos jours. Attention tout de même : il vaut mieux aimer le Boss, parce que la musique du film est 100% Springsteen, et qu’elle est très présente, voire répétitive. La réalisatrice, en voulant rendre hommage à l’artiste, prend ainsi le risque de lasser son spectateur.

Entre légèreté et gravité

Music of my life a tout du teenage movie comme du feel-good movie : c’est un film tout public, destiné plus particulièrement aux jeunes, et au message positif. Bien que le film se situe dans les années 80, on peut facilement s’identifier au personnage de Javed, car ses préoccupations sont les mêmes que n’importe quel adolescent d’hier comme d’aujourd’hui : se faire des amis, vivre ses premiers amours, se détacher de l’autorité de ses parents, prendre son envol et trouver sa place dans le monde. Javed ainsi trouve en Bruce Springsteen un modèle de liberté et un moyen de faire entendre sa voix, et c’est un plaisir de le voir s’épanouir tout au long du film, notamment grâce à la performance de Viveik Kalra (qui joue son premier rôle au cinéma), à la fois rayonnant et émouvant.

Mais la réalisatrice est allée plus loin et a souhaité ancrer son film dans un contexte historique, politique et social, en y représentant sans les embellir les problèmes de l’époque, comme l’élection de Margaret Thatcher et le fort chômage qui a ébranlé beaucoup de familles anglaises, ou le racisme envers la population pakistanaise. Contexte culturel également, puisqu’elle y parle, comme dans son film Joue-la comme Beckham, des traditions indiennes et comment celles-ci affectent les nouvelles générations. À la différence de son précédent film, qui mettait en scène une adolescente de religion hindoue, ici le protagoniste est un jeune homme musulman : un point de vue intéressant car plus rare.

Cet ancrage apporte de la profondeur au film et permet de mieux connaître l’Angleterre du passé, tout en faisant écho au présent, puisque que Gurinder Chadha a expliqué, lors de sa présence au festival de Deauville, que le projet était né parallèlement au Brexit et à la recrudescence des mouvements nationalistes racistes. Toutefois, Music of My Life aurait pu être plus marquant s’il n’était pas tombé dans certaines facilités scénaristiques et n’avait pas proposé une fin et un message assez classique : on classe finalement le film dans la catégorie des bons divertissements à regarder pour faire le plein de bonne humeur, tout simplement.

Conclusion : Music of My Life est un très bon feel-good movie qui plonge le spectateur dans l’univers des années 80 et lui fait découvrir ou se souvenir des musiques entraînantes de Bruce Springteen. Gurinder Chadha propose ici une ode à l’adolescence et la tolérance, peut-être un peu trop légère pour dépasser le stade de gentille comédie.

Music of My Life
Un film de Gurinder Chadha
Durée : 1h57
En salles le 11 septembre 2019

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