[Critique] Mother! : devenir fou au cinéma, la méthode Aronofsky

Les quelques avant-premières parisiennes de Mother! et sa projection au Festival de Deauville ont créé l’échos. Puis, ce film-bizarrerie est arrivé dans les salles mercredi 13 septembre 2017 et les spectateurs en ressortent tous chamboulés, dans le bon comme dans le mauvais sens du terme. Cette critique n’a pas vocation à théoriser le message que Darren Afonofksy a voulu faire passer dans son nouveau long métrage, Mother!. Elle ne s’appuiera sur aucun élément du récit puisque celui-ci est en réalité éloigné de ce qu’exposent les bandes-annonces et le synopsis. Sans trop en dire, Mother! n’est pas un film d’horreur comme il était présenté et attendu. Quoi que cet OVNI soit, son réalisateur manie son public comme un pantin et l’emmène tout droit vers le tourment.

Après Noé, le réalisateur de Requiem for a Dream, Black Swan ou encore de The Wrestler revient avec Mother!, dans lequel Jennifer Lawrence donne la réplique à Javier Bardem. Ensemble, ils forment un couple dont les beaux jours défilent dans une maison remise sur pied par la jeune femme. Mais un jour, quelqu’un frappe à la porte de leur demeure et ce quotidien idyllique va être bouleversé.

Filmer pour mieux stresser

Maître de l’angoisse, de l’arrachage de peau des doigts, de la boule au ventre et du malaise post-visionnage, Darren Aronofsky revient sans décevoir sur ce point. Dans Mother!, il maîtrise l’ambiance comme peu de cinéastes américains ont su le faire ces vingt dernières années. Les techniques utilisées par le cinéaste peuvent décevoir puisqu’elles ne sont guère surprenantes. Mais elles sont toujours aussi efficaces ! En effet, le père de Pi et The Fountain reste fidèle à lui-même et utilise des procédés similaires à ceux de plusieurs autres de ses réalisations.

Mother! se constitue grâce à des plans capturés de trois manières différentes. La première est frontale est rappelle très fortement les moments de trip ou d’anxiété des personnages dans Requiem for a Dream : la caméra filme alors de très près le visage de l’actrice principale et elle la suit dans ses déplacements. La seconde façon est la caméra qui, toujours très près de Jennifer Lawrence, filme juste derrière l’épaule de l’actrice. Une partie de son visage et ses cheveux sont alors visibles. Cette technique est utilisée notamment lorsque le spectateur suit la protagoniste dans des instants de doutes, lorsqu’elle déambule dans les pièces de sa maison, les re-découvrant chaque fois, à tâtons. Le public prend alors de la distance avec le décor pour laisser le personnage s’immiscer et découvrir l’environnement dans lequel il évolue alors même qu’il s’agit en réalité de sa maison personnelle.

Cette mise à l’écart du public par rapport aux décors, pour mieux laisser Jennifer Lawrence s’imprégner du cadre ultra-angoissant, permet au spectateur d’autant mieux ressentir et observer les émotions de la jeune femme. Une troisième et dernière façon de filmer suffit à Aronofsky pour boucler Mother!. Il s’agit de plans exposant les éléments vus par l’actrice principale. A sa hauteur, la caméra devient alors les yeux du personnage. Cela permet d’apprécier d’une manière encore différente les obstacles auxquels la protagoniste est confrontée. Ce dernier procédé vient compléter les deux autres pour offrir un panel varié et entier de sensations pour le public qui, comme souvent chez Aronofsky, se mord les doigts durant la moitié du film.

Un crescendo sans musique

S’ajoute à la mise en scène très singulière du cinéaste une musique qui est ici complètement absente. Dans ce huis clos angoissant, le parti pris de n’utiliser que les voix des personnages ainsi que les sons d’objets de la maison rend l’atmosphère assourdissante et étourdissante. En effet, le moindre souffle est décuplé et la résistance du public est mise à rude épreuve lors de scènes plus pétaradantes. Cumulés à la manière de filmer, la sonorité et l’étonnant mixage son de Mother! joue avec les nerfs du spectateur.

Ce choix artistique sert d’ailleurs à Aronofsky pour faire grimper la tension, sans limite. Avec des débuts phoniquement assez calmes, Mother! termine sur des séquences très rudes pour l’ouïe. Mais cela ne fait qu’accompagner la montée en puissance de la terreur de la jeune femme jouée par Jennifer Lawrence. Elle devient de plus en plus apeurée, effrayée. Mais son anxiété est également sollicitée par des intervenants extérieurs qui, eux-aussi, sont de plus en plus nombreux. Sa souffrance morale devient physique ; son corps simplement fatigué devient meurtri. Darren Aronofsky n’a pas de limite, il ne met aucune barrière pour aller crescendo dans la douleur et le sadisme qu’il place face à la jeune femme mais également face au public qui s’en trouve également très perturbé.

Conclusion : après un Noé quasi-raté, Darren Aronofsky revient en forme pour mieux nous achever. Mother! est facilement détestable tant son objectif est flou. Mais pour cette même raison ainsi que pour le sens de la réflexion qu’il nous oblige à avoir et pour sa mise en scène toujours aussi singulière et plaisante, Mother! se dresse en un film tout aussi bouleversant que saisissant.

Mother !
De Darren Aronofsky
Sortie le 13 septembre 2017



 

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