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[Critique] Mortal Engines : quand la splendeur visuelle fait oublier le script

S’il n’était pas vendu comme la nouvelle production signée Peter Jackson, Mortal Engines aurait bien plus de mal à se faire connaître. À l’instar des sagas comme Le Seigneur des anneaux ou Le Hobbit qui ont fait le succès du producteur et de Weta, son studio d’effets spéciaux basé en Nouvelle-Zélande, Mortal Engines est une adaptation d’une série de romans à succès. Celle-ci a été créée par Philip Reeve et compte déjà quatre tomes, mais a-t-elle le même potentiel que les œuvres de Tolkien ?

Sur le papier, Mortal Engines, nous plonge dans un univers dystopique et cyberpunk intriguant, où toutes les grandes villes sont devenues des machines voguant sur les terres, cherchant à absorber les plus petites pour subvenir à leurs besoins de plus en plus nombreux. La jeune Hester Shaw (Hera Hilmar) cherche à embarquer sur Londres pour accomplir une vengeance personnelle. Sur son chemin, elle rencontrera Tom Natsworthy (Robert Sheehan) qui n’a jamais connu autre territoire que la ville. Ces êtres que tout oppose devront pourtant s’entraider pour survivre et participer à un combat bien plus important qu’il n’y paraît…

Mad Cities : Fury Road

Durant les dix premières minutes de Mortal Engines, on assiste une introduction tambours battants, au sens propre comme au sens figuré : la musique frappadingue de Tom Holkenborg (ou Junkie XL pour les intimes) marque la course-poursuite entre Londres, devenue une colossale machine, et une infime bourgade décidée à maintenir son indépendance et ses ressources. Une séquence qui n’était pas sans rappeler la folie de Mad Max : Fury Road de George Miller, et son action intempestive – et d’ailleurs, les deux films partagent le même compositeur ! Pour réaliser le film, Peter Jackson a fait appel à Christian Rivers, l’un de ses plus fidèles collaborateurs puisqu’il a contribué aux effets spéciaux de tous ses films depuis Braindead en 1992. Plus de quinze ans plus tard, il s’agit d’un juste retour d’ascenseur pour Rivers qui signe aujourd’hui son premier long métrage.

Cette séquence suffisait déjà à illustrer le talent visuel des équipes de Weta Digital, le studio d’effets numérique supervisé par Peter Jackson. Car s’il y a bien une chose qu’on ne peut nier, c’est que Mortal Engines est d’une beauté visuelle à couper le souffle, malgré un budget (cent millions de dollars) réduit de moitié par rapport au Hobbit. Les différents paysages traversés par Hester et Tom sont tous réussis, passant de plateaux de cinéma construits à des décors intégralement numériques : les incrustations sur fonds verts sont ici des plus vraisemblables. Les jeux sur les échelles sont aussi particulièrement pertinents, tant les proportions de Londres en imposent face à ses cités rivales : la petitesse de ces hommes et femmes qui font face à sa domination ne sera en rien représentative de leur pouvoir…

Un spectacle visuel au scénario (ultra) convenu

La splendeur visuelle ne fait cependant pas tout. Mortal Engines pêche malheureusement en raison de son scénario bien trop classique et prévisible, qui emprunte autant à Star Wars qu’à Tolkien autant dans les retournements de situations que dans la construction même des personnages. Hester comme Tom ont tous deux été dupés, d’une manière ou d’une autre, par Thadeus Valentine (Hugo Weaving), qui tente de prendre le contrôle de Londres et de s’assurer de sa domination sur le reste du monde. Tous gravitent autour de lui comme un autre personnage secondaire, la propre fille de Valentine (Leila George), Katherine, qui devra elle-aussi faire face aux agissements de son père.

Mortal Engines comportera donc son lot de révélations (quasiment toutes cousues de fil blanc), de deus ex machina – une rébellion qui tombe toujours à point nommé, menée par Anna Fang (Jifae) – et d’histoires familiales. La saga aurait pourtant bien plus à gagner en explorant son sous-texte politique et environnementaliste : mais s’agirait-il déjà d’un manque du roman original de Philip Reeve, cantonné au rayon jeunesse dans nos librairies françaises ? La véritable cible de Mortal Engines serait-elle plutôt le jeune public ? Reste à voir quel sera le résultat de ce film au box-office pour découvrir si Esther et Tom mériteront de revenir sur le grand écran…

Conclusion : malgré un scénario de facture ultra-classique et prévisible, Mortal Engines mérite d’être vu pour sa splendeur esthétique.

Mortal Engines
Un film de Christian Rivers
Sortie le 12 décembre 2018

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Comments (1)

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