[Critique] Mon garçon : essai manqué

Après le très bon En mai fais ce qu’il te plait, le cinéaste français Christian Carion revient avec un film plus intimiste, Mon Garçon. L’histoire d’un père divorcé, incarné par Guillaume Canet, qui reçoit un coup de téléphone : son fils a disparu. Il décide alors d’enquêter lui-même.

Toute la force de Mon Garçon tient dans son concept assez fou : l’acteur Guillaume Canet a joué… sans connaître le scénario ! La seule information qu’il avait, c’était que « son » fils avait disparu. Il progresse donc dans le film en découvrant au fur et à mesure l’intrigue (tout comme le spectateur) et c’est aux autres acteurs qui l’entourent (notamment Mélanie Laurent dans le rôle de son ex-femme) qui, eux, connaissent le scénario, de le ré-orienter dans la bonne direction. Il en ressort un film à la limite entre la fiction et le documentaire, où l’improvisation est maître.

Une mise en scène naturaliste

Dès la démarche artistique, Mon Garçon est un film très naturaliste. Il rappelle certaines réalisations de Pialat ou d’autres films de la Nouvelle Vague dans lesquels les acteurs étaient en totale improvisation. Le tout apporte un sentiment d’instantanéité, l’impression que tout peut arriver. De plus, cela force l’équipe du film à être à l’affût, à suivre l’acteur : c’est bien lui qui dirige le film et non pas l’inverse.

Visuellement, le film a un style très documentaire : caméra toujours en mouvement, centrée autour de Guillaume Canet. L’image n’est jamais fixe, la caméra sur épaule est omniprésente. Lors de la cession question/réponse avec l’équipe, Carion nous expliquait que, compte-tenu du concept, ils ne pouvaient faire qu’une seule prise, s’ils ne voulaient pas perdre la sensation de découverte de Canet. Ainsi, le film n’a pas de contre-champ, on a toujours un seul point de vue, celui de la caméra. La photographie a donc quelque chose de très naturel, dans l’instant. Très bleutée, froide et mouvementée, elle s’inscrit dans la lignée des thrillers montagneux esthétiques.

Les performances des acteurs en sont également complètement chamboulées : Canet impose son style très vif et piquant, il inonde de questions les autres protagonistes, s’énerve facilement et est toujours en mouvement. En bref, on y croit, on a l’impression que son vrai fils a été kidnappé. Pour ce qui est des autres, on sent souvent le moment où, dépassé par l’improvisation de Canet, ils tentent de le ramener au scénario qu’eux ont lu.

Finalement très classique

Cependant, au final, Mon Garçon reste un thriller classique. On assiste à une énième disparition d’enfant, à une énième peur d’un parent qui cherche à tout faire pour le retrouver. Mais le film n’évoque pas les pontes du genre et souffre au contraire de son intrigue simple. Deviner à l’avance où l’on va est bien trop facile, et le rythme du film rappelle plus certains téléfilms français.

Enfin, force est de constater que le grand public ignore le défi du film, en quoi ce concept est assez fou. Il n’y verra donc, lui, qu’un thriller très français, visuellement hésitant, à l’intrigue assez brouillonne.

Conclusion: Mon Garçon est un film au concept intéressant ! 6 jours pour le tourner, sans que son protagoniste principal en sache les tenants et aboutissants. Cependant, le résultat n’est qu’un énième thriller français peu ambitieux dans la forme et le fond. Dommage.

Mon garçon
Un film de Christian Carion
Sortie le 20 septembre 2017


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