[Critique] Moka : Emmanuelle Devos en sublime vengeresse

Un an après BoomerangMoka est le troisième roman de Tatiana de Rosnay à se voir adapté en long métrage. Une auteure qui continue d’inspirer vivement les cinéastes, puisque ce film sera suivi par la mise en chantier progressive de deux autres adaptations : Spirales (dont les droits d’adaptation ont été achetés par Bruno Solo) et Le Voisin (réalisé par Laurent Boutonnat) ! À l’occasion de sa sortie en DVD et Blu-Ray, Silence Moteur Action revient sur le film de Frédéric Mermoud.

« J’ai pensé : Pourquoi nous ? Pourquoi ça nous arrive, à nous ? Qui décide de tout ça ? Qui décide qu’un jour, c’est telle personne, telle famille ? » Moka, c’est l’histoire d’un drame : la mort accidentelle d’un jeune garçon, renversé par une voiture. L’histoire de Diane, une mère ravagée et en quête de vérité, incarnée par Emmanuelle Devos, pour qui la vengeance devient la seule possibilité de faire son deuil. Or, lorsqu’elle retrouve la conductrice, Marlene (Nathalie Baye), Diane n’est plus certaine de ses intentions… Une volonté peut-être perverse d’en savoir plus sur cette dame blonde s’empare de Diane, de s’immiscer dans sa vie, de la surprendre. Un jeu du chat et de la souris, qui n’est pas sans rappeler le face à face entre Marina Foïs et Joséphine Japy dans Irréprochable, sorti dans les salles le mois dernier. Que fait Marlene dans la vie ? Est-elle également mère de famille ? Comment continue-t-elle à vivre malgré l’accident ? Diane est toujours là, tout près… Jusqu’à vouloir choisir le meilleur moment pour en découdre.

Vengeance sous tension

Le vide laissé par la disparition de l’être aimé fait partie intégrante de la mise en scène de Moka, où les silences sont récurrents. Où Luc, cet enfant disparu, réapparaît pour quelques secondes à l’image pour réaliser le seul et unique souhait de sa mère. S’attacher encore un peu plus aux souvenirs, et à la musique, quand quelques notes de piano font renaître les bons moments. Moka est un film à mi-chemin entre la France et la Suisse, dans lequel l’immensité du Lac Léman devient l’espace séparant Diane de la vérité. Frédéric Mermoud a été réalisateur sur la série Les Revenants, et l’influence s’y ressent par cette photographie aux couleurs froides, blafardes, et par son obscurité. Il se détache de Moka un grand sentiment de solitude : Diane est une femme seule, pas même soutenue par son ex-époux. Seuls quelques rares autres personnages que Marlene et sa famille proche gravitent autour d’elle : sa fille Élodie, incarnée par Diane Rouxel et son mari Michel (David Clavel). Une famille dont chaque membre a ses propres secrets…

Dans Moka, la tension est de mise du début jusqu’à la fin. Le côté lugubre du film se mêle à la prestation épatante d’Emmanuelle Devos en mère endeuillée, décidée à agir plutôt qu’à observer et attendre que les autorités fassent leur travail. Son face-à-face avec Nathalie Baye est d’autant plus perturbant, puisque Diane prend finalement plaisir à rencontrer ses bourreaux, observant la moindre de leurs faiblesses. Baye est ici un personnage fragile, toujours plongée dans un entre-deux : elle est à la fois ravie de se faire une amie, et méfiante de se trouver face à cette complète inconnue, sortie de nulle part, qui s’intéresse subitement à ses moindres faits et gestes. La victime devient prédateur, et les mains de Diane se referment peu à peu sur Marlene… mais jusqu’où sera-t-elle capable d’aller pour obtenir ses aveux ? Frédéric Mermoud s’est à coup sûr réapproprié (avec son co-scénariste Antonin Martin-Hilbert) l’œuvre de Tatiana de Rosnay, se focalisant ainsi sur cette relation étrange et ambigüe, et n’hésitant pas à basculer dans une histoire un peu plus noire que le récit d’origine.

Conclusion : Emmanuelle Devos et Nathalie Baye se font face dans un drame à la tension millimétrée. Une adaptation noire et efficace.

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