[Critique] Miss Sloane : Jessica Chastain vs. The World

Dans un monde bien réel, le Président des États-Unis annule une loi apportant des restrictions à la vente d’armes, particulièrement envers certains individus atteints de maladie mentale. Nous sommes en mars 2017, mois de sortie en France de Miss Sloane, un thriller politique fictif dans laquelle une femme d’influence (fictive), incarnée par la gracieuse (et réelle) Jessica Chastain, s’attaque aux lobbys favorables au port d’armes. Il semblerait donc que seule la fiction aille dans le bon sens : production européenne (EuropaCorp et France 2 sont aux manettes, notamment) réalisée par un cinéaste britannique, Miss Sloane n’hésite pas à prendre l’un des travers de la société américaine à bras le corps, tout en égratignant le monde politique dans sa globalité. Pour quel résultat ? Verdict.

Elizabeth Sloane est une femme d’influence brillante et sans scrupules qui opère dans les coulisses de Washington. Face au plus grand défi de sa carrière, elle va redoubler de manigances et manipulations pour atteindre une victoire qui pourrait s’avérer éclatante. Mais les méthodes dont elle use pour parvenir à ses fins menacent à la fois sa carrière et ses proches. Miss Sloane pourrait bien avoir enfin trouvé un adversaire à sa taille.

House of Scandal ?

Un thriller politico-judiciaire tel que Miss Sloane peut surprendre aujourd’hui, à l’heure où le genre a davantage investi le petit écran : Scandal et House of Cards font les beaux jours de ABC et Netflix depuis plus de cinq ans, tandis que la mastodonte The Good Wife vient tout juste de faire place à son spin-off, The Good Fight. Comment un film de plus de deux heures peut-il tenir en haleine le type d’intrigue qu’un spectateur a désormais l’habitude de déguster en à peine quarante minutes ?

Dès ses premières scènes, Miss Sloane a de quoi déconcerter en ciselant sa structure narrative de flashbacks. Les dialogues entre Elizabeth Sloane et ses équipes fusent, ne s’arrêtent jamais, et les mots sont débités à un rythme effréné. D’un projet de « loi Nutella » à propos de l’huile de palme aux cadeaux et voyages offerts à des hommes politiques, les sujets – bien souvent d’actualité malgré la sortie tardive du film en France, quatre mois après les États-Unis – s’accumulent les uns aux autres et créent une pagaille générale. Rien de tel pour nous plonger d’une manière radicale au cœur de la guerre des lobbys, que Sloane s’éprend à éclaircir auprès de ses collègues et, par conséquent, des spectateurs. Si l’afflux d’informations s’avère déconcertant, tout se délie au fur et à mesure de l’intrigue et dévoile un scénario finement écrit et engagé.

Surprendre sans se laisser surprendre

La première règle que se fixe Elizabeth Sloane est d’anticiper chaque coup de son ennemi afin toujours le surprendre. C’est exactement l’effet que produit l’histoire en ménageant ses multiples rebondissements : en s’engageant dans une lutte contre les lobbys pro-armements aux côtés de Rodolfo Schmidt (l’irréprochable Mark Strong), Sloane doit faire face à son ancien employeur, George Dupont, incarné par Sam Waterston. La lutte idéologique devient par conséquent personnelle et de plus en plus acharnée des deux côtés : c’est bel et bien là que Miss Sloane s’inspire le plus de ses aînés télévisuels, surtout à travers la figure de son personnage principal, qui rappelle autant Olivia Pope que Frank Underwood.

Nommée aux Golden Globes mais snobée aux Oscars, Jessica Chastain incarne pourtant avec brio ce personnage froid et calculateur – en apparence – et prêt à tout pour la gagne. Une figure indépendante et sans attache. L’actrice s’offre d’audacieux moments de gloire lorsque son personnage décide de s’affranchir de tout ordre donné : Elizabeth Sloane est la seule à décider ce qu’elle fait (à l’image des premier et dernier plans, elle finit seule), et son naturel revient bien souvent au galop. Ses nombreux monologues lui confèrent une efficacité sans égal, dans un monde où la moindre parole devient un os à ronger pour les médias. Miss Sloane joue avec aisance de ce spectacle sans fin qu’est devenue la politique.

Conclusion : Malgré son aspect bavard et exigeant, Miss Sloane épate par la finesse de son écriture et son scénario engagé, particulièrement en phase avec l’actualité politique (autant américaine que française). Jessica Chastain détient l’un de ses meilleurs rôles !

Miss Sloane
Un film de John Madden
Sortie le 8 mars 2017

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