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[Critique] Midsommar : cauchemar en pleine lumière

Un an après son premier film Hérédité (2018), petite pépite du cinéma d’horreur, le jeune réalisateur Ari Aster revient à la charge avec un projet encore plus ambitieux (d’une durée de 2h20 !), Midsommar. Mais sous tant d’ambition, une question se pose : ce deuxième film sera-t-il la consécration d’un réalisateur extrêmement talentueux ou la preuve que Hérédité n’était qu’un coup de chance et qu’Aster doit encore prendre ses marques ? Dès l’apparition du générique de fin, la réponse nous semble claire : Ari Aster est grand, très grand.

Midsommar raconte l’histoire de Dani qui, après un drame familial, décide de partir en Suède avec son copain et ses amis pour assister à des festivités locales, lui permettant ainsi de faire un point sur sa vie et son couple. Mais dès leur arrivée, entre psychotropes et omniprésence de lumière, des évènements étranges commencent à se produire. 

Une mise en scène virtuose

La première chose qui frappe devant Midsommar, c’est sa maîtrise formelle et la cohérence de l’ensemble. L’esthétique est marquée, travaillée jusque dans ses moindres détails, reconstituant dans son intégralité un folklore imaginaire, d’inspiration réaliste (iconographie moyenâgeuse, traditions nordiques et suédoises…), permettant d’inclure les personnages et les spectateurs dans un univers aussi angoissant que fascinant. Il y a également un vrai travail de lumière, cette dernière étant omniprésente, à l’opposé de la pénombre d’Hérédité, le film se passant dans une période où le soleil ne se couche jamais. Et ce caractère, à première vue, plastiquement mélioratif, rend paradoxalement le film très anxiogène. Tout semble anormalement beau, coloré, généreux, faux. Mais cette démarche d’esthète n’est pas uniquement plastique. 

La maîtrise d’Aster quant à sa mise en scène est hallucinante et n’est jamais vaine. Malgré la générosité et l’ampleur du film quant à son nombre conséquent de personnages, de lieux et d’actions, Ari Aster réussi à tenir avec une main de maître son film et nous livre des cadres extrêmement vivants où chorégraphie, symétrie, composition et mouvements perpétuels nous rappelle le rôle premier d’un metteur en scène: filmer le vivant. Il n’est pas question de travellings très démonstratifs ou de mouvements de caméra très signifiants, ici Ari Aster travaille le signifié, le cadre et nous offre un vrai plaisir de spectateur par cette abondance de matière filmique qui nous plonge dans un cauchemar éveillé, une lente transe qui ne s’arrête jamais.

Avec ce rythme bâtard, Midsommar inverse même les principes dramatiques classiques du cinéma horrifique concernant la menace. Ici, le monstre n’est pas caché dans la pénombre (celle d’Hérédité) et il n’y a pas de gradation de tension. Ari Aster prend le parti pris de le placer en pleine lumière, instaurant un rythme très lent où suspense et escalade de tension laissent place à une inquiétante étrangeté et à un profond malaise. Cette démarche permet d’ailleurs d’entrer beaucoup plus profondément dans la tête des personnages, de les voir réellement évoluer, induisant un travail d’acteur incroyable où Florence Pugh et Jack Reynor s’épuisent au fil des séquences, livrant ainsi une prestation éblouissante.

L’horreur relationnelle 

Mais ce n’est d’ailleurs pas le seul lien qu’entretient Midsommar avec Hérédité. En effet, Aster a depuis son premier film une manière très spécifique d’aborder la narration. Il use à de nombreux moments d’effets d’annonces discrets, témoignage d’un certain fatalisme, soulevant le caractère immuable des choses et donc ici des relations sociales, thématique et questionnement déjà présent dans Hérédité. Il n’est pas question ici d’horreur politique à la Get Out – même si, le film étant très dense, un angle et une critique politique peuvent totalement être envisagés – mais plus d’horreur sociale, relationnelle qui vient questionner le fondement de nos affects familiaux et donc amoureux avec Midsommar.

Et cette approche est assez rare surtout pour ces thématiques généralement réservées à d’autres genres (romance, comédie, drame…). Les personnages n’agissent donc pas contre une menace allégorique mais possèdent intrinsèquement cette menace. Il ne s’agit pas ici d’explorer la société mais l’humain. Et ce principe est encore une fois assez antinomique au genre horrifique puisque la frontière entre victime et menace devient floue, les spectateurs allant même jusqu’à ressentir un profond dégoût pour le groupe de jeunes, les « victimes » et de la compassion pour les membres de la communauté, la « menace ». Finalement, le seul monstre de Midsommar, c’est son groupe de nouveaux arrivants.

Conclusion : Midsommar est donc un film très singulier, complexe et riche, déjouant toutes les attentes malgré un fatalisme appuyé, plongeant dans les problématiques humaines par le recours à des scènes dérangeantes et malsaines. Ce film va diviser, comme toutes les œuvres cinématographiques radicales. Laissez donc vos désirs de frissons et sursauts de côté pour embarquer dans ce trip cauchemardesque dont vous ne sortirez pas indemne.

Midsommar
Un film d’Ari Aster
Durée : 2h20
Sortie le 31 Juillet 2019

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Comments (2)

  1. […] baignant dans une horreur atmosphérique très particulière, démarche proche de celle du récent Midsommar d’Ari Aster, tout en étant radicalement opposé formellement à celui ci. Mais malgré cette opposition […]

  2. […] série d’horreur produite en France par Netflix : Marianne. Cet été, Wedding Nightmare et Midsommar se sont succedés, preuve de plus que les spectateurs sont passionnés du genre. Mais après toutes […]

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