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[Critique] Matthias & Maxime : copains d’abord ?

Deux films de Xavier Dolan en une seule année ? Ça n’était pas arrivé depuis 2014, où nous découvrions Tom à la ferme et Mommy à quelques moins d’intervalle. Matthias & Maxime passe après Ma vie avec John F. Donovan, premier long métrage anglophone du réalisateur, marqué par un montage difficile et une réception mitigée lors de sa présentation au Festival international du film de Toronto (TIFF). Pour Dolan, c’est un retour au bercail : un film plus intimiste, dans lequel on le retrouve des deux côtés de la caméra.

Le Québec (accent et sous-titres inévitables), une bande de potes, un départ annoncé. Matthias & Maxime, c’est l’histoire d’un baiser entre deux amis, pour les besoins d’un film, qui change toute une vie. Un baiser qui bouscule les certitudes que l’on pensait acquises, qui sème le trouble et éloigne ces deux êtres que l’on imaginait pourtant si proches.

Baiser(s) caché(s)

À l’image de toute leur bande d’amis, Matthias (Gabriel d’Almeida Freitas) et Maxime (Xavier Dolan) se connaissent depuis qu’ils sont tout petits. Ils sont comme une deuxième famille, celle que l’on se choisit pour oublier les troubles du quotidien. Jamais les personnages principaux d’un film de Dolan n’ont été autant entourés. Pourtant, le réalisateur filme tous ces moments de réunion avec la frénésie qu’on lui connaît déjà, notamment mise en œuvre dans Mommy à travers l’hyperactivité de Diane (Anne Dorval) et Steve (Antoine-Olivier Pilon) Després. La caméra virevolte, zoome frénétiquement, le montage est lui aussi plus saccadé, alors que les répliques fusent, tout le monde se chambrant constamment. Le temps d’une soirée, on découvre une bande que les années ne sont pas parvenues à séparer. Il y a Rivette (comme le réalisateur – Jacques de son prénom – tiens donc…), sa sœur Erika, Brass, Frank, Shariff… Des amis, des visages, des repères, les uns pour les autres…

Cette illusion perdure jusqu’à ce qu’Erika insiste pour tourner une scène de baiser pour les besoins de son court-métrage, tâche à laquelle se collent les deux personnages principaux. Un baiser qu’on ne verra pas, bien qu’immortalisé par une caméra, tout simplement car il est censé ne rien signifier pour Matthias comme pour Maxime. Or la coupe brutale de la scène correspond tout autant à la rupture de cette relation et l’attente, tout le long du film, d’une réunion entre les deux personnages, d’une explication, sans cesse repoussée. Xavier Dolan retrouve ici ses thèmes de prédilection : le secret, l’impossibilité de dire, de mettre les mots sur ce que l’on ressent. On retrouve cette même impossibilité de formuler un dialogue que dans Juste la fin du monde, où toute une famille se voit incapable de s’adresser la parole avec sincérité. Pourtant Dolan impose une temporalité réduite, en raison du départ annoncé de son personnage pour un autre continent : malgré toutes les tentatives pour repousser ces retrouvailles, ce moment arrivera quoi qu’il arrive…

L’âge de la maturité

Le film s’attarde tour à tour sur Matthias et Maxime qui, à défaut d’être réunis dans le même cadre, font face à leur quotidien et leurs propres problèmes… mais tout devient vite secondaire, les deux personnages demeurant perturbés par cette expérience qui, radicalement, bouleverse toutes leurs certitudes. Les silences sont nombreux, les regards perdus aussi. C’est pourtant dans ces moments de silence que se dévoile la vérité, où les émotions peuvent se lire sur le visage des personnages ; il n’y a alors plus besoin de mots. Xavier Dolan sait toujours aussi bien filmer l’intime et le questionnement, autant concernant son personnage que celui de Matthias, incarné avec énormément de justesse par Gabriel d’Almeida Freitas. Et si la musique est toujours autant présente que dans ses précédents films, Dolan perd certains tics de mise en scène et propose une image plus brute, accélère certaines séquences au lieu de les ralentir comme il le faisait souvent… Il conserve cependant ses teintes automnales, fruit de sa collaboration avec le directeur de la photographie André Turpin, derrière la caméra depuis Tom à la ferme.

Xavier Dolan avait à peine vingt ans au début de sa carrière de réalisateur. Avec huit films en dix ans, il a mûri, devant comme derrière la caméra. Si J’ai tué ma mère montrait un adolescent qui questionne son identité, ses problèmes familiaux, ses premières amours, Matthias & Maxime met en lumière deux adultes en fin de vingtaine, début de trentaine, qui pensaient déjà leur vie toute tracée – et se pensaient tous deux hétérosexuels. Comme en témoigne la présence d’Erika et de son ami Matisse, qui sont beaucoup plus à l’aise avec toutes les questions de genre, d’orientation sexuelle (on parle notamment de non-binarité, très rapidement), le rapport à toutes ces thématiques n’est absolument pas le même d’une génération à l’autre. D’autant plus que Matthias et Maxime baignent tous deux dans une société où l’hétérosexualité s’impose comme une norme, parfois empreinte d’une certaine masculinité toxique : avocat, Matthias se retrouve dans une boîte de strip-tease avec McAfee (Harris Dickinson), un confrère d’une autre ville, et endure les saillies machistes de son interlocuteur à propos des femmes et la fidélité. La coïncidence est belle, Dickinson incarnant le stéréotype du prince charmant dans Maléfique : Le Pouvoir du Mal, en salles le même jour que Matthias & Maxime !

Conclusion : Entouré d’un casting brillant (Gabriel d’Almeida Freitas est une vraie révélation !), Xavier Dolan délivre une fois encore un film d’une grande justesse autour de l’amour et du questionnement de soi avec Matthias & Maxime.

Matthias & Maxime
Un film de Xavier Dolan
Durée : 1h59
En salles le 16 octobre 2019

Comments (1)

  1. […] [Critique] Matthias & Maxime : copains d’abord ? 14 octobre 2019 […]

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