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[Critique] Maléfique – Le Pouvoir du mal : au-delà du conte, le néant

Dans la catégorie « film que personne n’attendait vraiment », Maléfique : Le Pouvoir du mal pourrait être très bien placé cette année. Cinq ans après le film original de Robert Stromberg (chargé d’effets visuels et de décors propulsé au rang de réalisateur pour Maléfique, il n’a d’ailleurs jamais rien réalisé d’autre depuis), Disney a fait appel à Joachim Rønning (à qui l’on doit Pirates des Caraïbes 5 avec son compère Espen Sandberg) pour réaliser cette suite qui s’émancipe du conte original de Charles Perrault. Si bien que le film n’aura de cesse de nous le rabâcher en long, en large et en travers : « ceci n’est pas un conte de fée » et la princesse Aurore (Elle Fanning) « n’est plus la belle au bois dormant ».

Cinq ans après avoir compris pourquoi Maléfique (Angelina Jolie) avait un cœur si dur, Maléfique : Le Pouvoir du mal signe les retrouvailles entre la sorcière et Aurore, à l’heure du mariage de cette dernière avec le Prince Philippe (qui n’est plus incarné par Brenton Thwaites mais par Harris Dickinson). Mais l’union annoncée de ces deux êtres ne se déroule pas comme prévu, Maléfique n’étant pas prête à laisser sa fille de cœur s’émanciper… ou à supporter sa belle-mère, la reine Ingrith (Michelle Pfeiffer).

Ne vous mariez pas, ça sera plus simple pour tout le monde

Il paraît que les histoires d’amour finissent mal en général. Celle d’Aurore et du Prince Philippe se s’annonçait pas sous les meilleures auspices : ce n’est pas le baiser du Prince qui a réveillé Aurore mais bien celui de la sorcière Maléfique, qui se refusait d’aimer celle qu’elle considérera tout de même comme sa propre enfant. Ce qui n’a pourtant pas empêché le jeune homme de tourner autour de la princesse pendant ces cinq années, pour enfin lui faire sa proposition. L’enjeu de leur union est double : assurer la pérennité du royaume détenu par la famille de Philippe, mais aussi rétablir une certaine harmonie entre la population féerique des Landes, les terres défendues par Maléfique. Mais c’était sans compter sur la reine Ingrith, dont les desseins sont bien plus sombres et égocentriques.

Les troubles relationnels sont donc une fois encore au cœur de l’intrigue, qui se rapproche presque parfois d’une pièce de théâtre de boulevard tant les rebondissements sont connus d’avance, et l’écriture aussi subtile que l’arrivée d’un T-Rex dans un magasin de porcelaine. Qui est la plus maléfique entre Angelina Jolie et Michelle Pfeiffer ? Si les deux actrices sauvent les apparences par leur jeu, la manière dont se dessine cette figure d’evil queen (reine maléfique) est bien trop caricaturale et prête plus à rire qu’à la compassion (notamment quand Ingrith tord avec violence la tête d’un mannequin pour… accéder à son repaire secret), quand bien même le film tente d’aborder des sujets tels que les mariages forcés.

Une suite plus longue… mais justement trop longue

L’intrigue du film s’inscrit par conséquent dans le positivisme constant qui anime les films en prise de vue réelles de Walt Disney Studios depuis quelques années. À l’image des princesses dans Ralph 2.0 ou bien de la nouvelle chanson de Jasmine dans Aladdin, on a notamment pu remarquer à quel point le studio souhaite faire en sorte que ses personnages féminins sortent (enfin) des rôles stéréotypés qu’on leur impose et en premier lieu : celui de la demoiselle en détresse. La tentative est louable (la fameuse réplique où l’on indique qu’Aurore n’est plus la belle au bois dormant est l’une des premières du film) mais complètement loupée dans Maléfique : Le Pouvoir du Mal qui enferme malgré tout ses personnages dans des caricatures.

C’est aussi une suite extrêmement bavarde, qui se sent obligée de tout expliquer constamment, qu’il s’agisse des retournements narratifs expliqués par des flashback, au cas où nous n’avions pas déjà très bien compris ce qui a pu se passer tant l’intrigue est évidente, ou bien d’approfondissements des personnages. Si le premier Maléfique racontait surtout l’histoire d’Aurore, Le Pouvoir du Mal nous en dit plus sur les origines de la fée noire campée par Angelina Jolie, qui retrouve ici ses semblables. Une parenthèse plutôt balourde, qui dévoile de nouveaux personnages oubliables (Ed Skrein et Chiwetel Ejiofor) et très manichéens : les fées noires doivent-elles cohabiter avec les humains ou les attaquer pour imposer leur puissance ? Les deux personnages s’affrontent sur ces notions de manière bien trop classique, Ed Skrein étant cantonné à ses muscles et ses grognements bestiaux, et Chiwetel Ejiofor à sa grande sagesse.

Comme s’il fallait à tout prix que Maléfique : Le Pouvoir du mal corresponde aux calibres habituels des blockbusters d’aujourd’hui, la durée du film approche les deux heures, soit trente minutes de plus que son aîné… et les longueurs se font parfois cruellement ressentir. Les scènes d’action sont plus nombreuses, certes, mais elles sont elles aussi baignées dans des effets spéciaux d’une qualité parfois discutable, noyées dans un montage qui ne les rend pas des plus lisibles. Il y a tout de même un aspect jubilatoire au dernier tiers du film, où l’affrontement devient central entre Maléfique, Aurore et la Reine Ingrith. Mais tout se désamorce en raison du déroulement cousu de fil blanc qui, quoi qu’on en dise, fait en sorte que le film ressemble malgré tout à un conte de fées…. Malgré tous les efforts déployés pour nous en convaincre du contraire.

Conclusion : malgré sa volonté d’aller au-delà du conte de La Belle au Bois dormantMaléfique : Le Pouvoir du mal est une suite ratée, en raison de ses personnages caricaturaux et son intrigue cousue de fil blanc. Heureusement, le trio Angelina Jolie, Michelle Pfeiffer et Elle Fanning sauve le tout !

Maléfique : Le Pouvoir du Mal
Un film de Joachim Rønning
Durée : 1h59
Sortie le 16 octobre 2019

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