[Critique] Ma : une amie qui vous veut du bien ?

Ils n’avaient pas tourné ensemble depuis maintenant huit ans. Le réalisateur Tate Taylor retrouve enfin Octavia Spencer, qu’il a dirigée dans La Couleur des sentiments, film pour lequel l’actrice a remporté l’Oscar du meilleur second rôle. On l’a retrouvée dans Les Figures de l’ombre et le multi-oscarisé La Forme de l’eaumais encore bien trop peu dans de véritables premiers rôles. Après La Fille du Train, Tate Taylor reste dans le registre du thriller et offre à son ancienne actrice la tête d’affiche. Une expression tout à fait valable, puisque Octavia Spencer mène véritablement Ma à elle toute seule !

Dans Ma, Octavia Spencer incarne Sue-Ann, une femme solitaire qui se prend d’amitié pour un groupe d’adolescents à qui elle propose à plusieurs reprises de faire la fête dans son sous-sol. Surnommée « Ma » par ses nouveaux compagnons, Sue-Ann cache pourtant de lourds secrets et son comportement, virant à l’obsession, ne fait que semer le trouble…

La couleur du châtiment

Octavia Spencer n’est pas là pour enfiler des perles. À chacune de ses apparitions, l’actrice prend les devants et attire tous les regards. Autant celui du spectateur que celui de ses nouveaux amis. Qui est cette femme sortie de nulle part ? Pourquoi tant de gentillesse ? Pourquoi cette gentillesse laisse-t-elle de plus en plus place au malaise lorsque Sue-Ann, nouvellement nommée « Ma », envahit la vie d’adolescents ? Elle est parfois plantée là, le regard errant longuement dans le vide. Et tout retour à la réalité n’est que douleur ou mépris. On sent bien que Sue-Ann n’est pas à l’aise dans le monde qui l’entoure… mais qu’elle cache surtout quelque chose.

Le jeu de l’actrice est bien la principale qualité du film, dont la structure reste bien trop classique et ampoulée. Une série de flashback – dont le nombre plombe bien vite le rythme du film – révèle une sous-intrigue qui aurait pourtant pu être bien plus intéressante. Lorsque Tate Taylor a présenté le scénario du film à Octavia Spencer, celui-ci ne savait pas encore pourquoi son héroïne agissait telle qu’elle le faisait dans le film. Résultat : cette justification semble ajoutée comme un cheveu sur la soupe, survolant des thématiques sociétales toujours autant d’actualité aux États-Unis, et que l’on retrouve aussi dans bien d’autres séries et films américains dernièrement (le racisme, le harcèlement…).

Big, ma « ma » !

Production Blumhouse oblige (au même titre que les films Happy Birthdead et American Nightmare) on aurait presque l’impression que Ma remplit les cases d’un « bingo Jason Blum » : groupes d’adolescents un peu nunuches qui aiment – évidemment – boire et fumer à gogo, romance à l’eau de rose entre l’adolescente principale et le premier garçon qu’elle croise, garçons bodybuildés… Tate Taylor récupère même un transfuge de son précédent film, La Fille du Train, en collaborant à nouveau avec Luke Evans. Mais c’est plutôt la prestation de Juliette Lewis que l’on retiendra, ainsi que les petites apparitions d’Allison Janney en patronne acariâtre.

On s’ennuie donc un peu jusqu’à un dernier tiers complètement barré, à l’image du dénouement de La Fille du Train et son histoire de tire-bouchon (certains s’en souviennent encore !). C’est là que Ma assume clairement son virage du thriller au film de torture, puisque le personnage d’Octavia Spencer se lance dans une folie morbide… dans des scènes étonnamment très graphiques. Heureusement, une fois encore, que le personnage de Sue-Ann parvient à instaurer cette tension qui va crescendo pour pallier l’ennui. Et au moins – sauf preuve du contraire – il s’agit enfin d’un film Blumhouse à l’intrigue close, qui ne semble pas annoncer une nouvelle franchise. Et d’un côté, tant mieux !

Conclusion : on ne retiendra Ma que pour le talent d’interprète de son actrice principale, Octavia Spencer, et le virage complètement foldingue du film dans sa dernière partie !

Ma
Un film de Tate Taylor
Sortie le 5 juin 2019
Durée : 1h40

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *