[Critique] Lux Æterna : et la lumière (stroboscopique) fut

Après le phénomène Climax, Gaspar Noé, le réalisateur le plus sulfureux du cinéma français, était de retour sur la Croisette en mai dernier avec un moyen métrage, Lux Aeterna. Si on ne sait pas très exactement s’il sera visible un jour par tous, et si oui sur quel support, on espère avoir l’occasion de le revoir sur l’écran le plus grand possible.

En attendant de tourner des séquences de leur film, Béatrice Dalle et Charlotte Gainsbourg se racontent des histoires de sorcières dans les coulisses d’un studio. Béatrice Dalle joue dans ce film, le réalise, et commence à se disputer avec son équipe technique alors qu’une confusion générale s’installe.

Exercice de style

Il nous avait prévenu : après avoir été dans une mouvance façon Kubrick (Enter The Void), Gaspar Noé est désormais sous influence fasbinderienne. Tout comme le cinéaste post-moderne allemand, il tourne sans arrêt et rapidement. Rappelez-vous : Climax avait été tourné en quelques semaines en février 2018, avec pour scénario une seule page de texte, et avait été monté pour Cannes trois mois plus tard. Un an plus tard, il a eu le temps de convoquer Béatrice Dalle et Charlotte Gainsbourg pour tourner ce film de 50 minutes présenté en séance de minuit au Festival de Cannes.

On retrouve plusieurs similarités entre Climax et Lux Aeterna : la caméra, déjà, indépendante et flottante qui se permet des plans séquences hallucinants. Mais aussi cette ambiance électrique, comme si l’on était dans l’œil d’un cyclone, sentant les ravages tout autour et comprenant que tout ça va nous atteindre. Il règne dans cette grande œuvre un sentiment d’urgence de filmer, de montrer. Comme toujours chez Noé, il y a cette volonté de raconter le récit d’humains perdus, de violence inhérente à notre espèce.

Les curseurs dépassés

Pour incarner ses deux actrices et représenter les deux facettes d’un certain stéréotype de l’actrice française, Noé a choisi Charlotte Gainsbourg et Béatrice Dalle : pour l’effacement et la timidité chez la première, le côté grande gueule et écervelée pour la seconde. Chez ces deux artistes, à première vue totalement opposées, on trouve finalement la même vision du monde, cette même manière d’appréhender les difficultés. Et des obstacles, elles vont en avoir sur leur chemin…

Lux Aeterna est découpé en deux parties (comme l’était Climax). La première est un plan séquence fixe où on assiste à une discussion assez crue entre Dalle et Gainsbourg. La deuxième partie se veut plus extrême tandis qu’on arpente les coulisses de ce studio de tournage et que la pression et la colère gagnent tous les personnages. La caméra semble alors inhiber cette violence et la recrache par flashs stroboscopiques si intenses qu’ils pourraient déclencher des crises d’épilepsies. Effectivement, si on peut discuter des qualités dramaturgiques de Gaspar Noé, nul doute qu’il sait manier une caméra. Lux Aeterna est l’objet formel le plus intéressant de l’année, tant on est happé et plongé dans l’univers diégétique du film. On en ressort traumatisé et secoué !

Conclusion : Si on ne sait pas encore si Lux Aeterna sera visible sur grand écran – même si une rumeur annonce que Noé pourrait filmer une troisième partie permettant de passer d’une durée de cinquante minutes à celle d’un long métrage – on vous souhaite de pouvoir le découvrir sur ce format. L’expérience sensorielle de l’année, entre objet plastique fou (lumière stroboscopique et kaléidoscopique, couleurs ultra saturées, gestion du cadre) et un duo Béatrice Dalle / Charlotte Gainsbourg au sommet. 

Lux Aeterna
Un film de Gaspar Noé
Sortie prochainement
Durée : 0h50

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