[Critique] Love, Simon : les grands studios sortent du placard

On a tous droit à une grande histoire d’amour : tels sont les mots qui résument Love, Simon dans sa bande-annonce. Adaptée du roman de Becky Albertalli Moi, Simon, 16 ans, homo-sapiens, cette comédie romantique met en vedette Nick Robinson, que l’on a découvert au cinéma dans le premier Jurassic World puis d’autres films pour adolescents (La Cinquième Vague, Everything Everything). L’acteur déclarait pourtant en avoir fini avec les rôles de lycéens… Ce qui lui a fait changer d’avis ? Le script et la prise de risque de la 20th Century Fox, qui devient le premier grand studio à mettre en scène une comédie pour ados dont le personnage principal est… gay.

Derrière la caméra ? Greg Berlanti, que l’on connaît moins pour ses réalisations (Bébé mode d’emploi) que pour son rôle de producteur et de scénariste sur bon nombre de séries pour adolescents telles Riverdale ou toutes les séries DC Comics (Arrow, Flash, Supergirl…) qui mettent elles aussi en avant des personnages appartenant à des minorités.

Simon, seize ans, a une vie normale, dans une famille qu’il adore et est entouré d’amis extraordinaires, mais il garde pour lui un grand secret : personne ne sait qu’il est gay et il ne connait pas l’identité de son premier coup de cœur, avec qui il communique en ligne. Alors que son secret est menacé d’être révélé, la vie de Simon bascule dans une aventure aussi drôle que bouleversante… Ses amis prendront alors une place essentielle pour l’aider à changer sa vie et découvrir le premier amour.

Le grand Blue

Simon a un objectif : découvrir qui est « Blue », l’autre garçon gay de son école avec qui il est en contact, sans pour autant connaître son identité. Au fur et à mesure de leurs échanges, les deux adolescents se confient leurs secrets, leurs moments un peu gênants, ils se vannent… Pendant ce temps, Simon est aux aguets. Lorsqu’il rencontre un garçon qu’il soupçonne d’être Blue, son imagination s’active.

En lisant ses messages, Simon se figure Blue dans les traits du garçon auquel il peut penser, entend sa voix dans sa tête… Il s’agit de l’une des belles trouvailles de Greg Berlanti qui lui permet ainsi de dépasser en quelque sorte le roman, où les messages de Blue restaient figés sous leur forme écrite. Si l’intention est bien évidemment de transmettre le roman à l’image, de le rendre plus vivant, cette démarche retranscrit parfaitement ce à quoi l’on peut penser à notre adolescence, en fantasmant nos premières amours.

On ne vous dévoilera absolument pas l’identité de Blue, bien entendu, mais la quête du film est peut-être un peu trop didactique au sens où trois personnages se distinguent très vite, et peut-être même un peu trop. Love, Simon n’échappe pas pour autant à un scénario très balisé, à l’image d’autres comédies pour adolescents (rappelons que les producteurs du film sont aussi ceux de Nos étoiles contraires !).

Un sujet (enfin) traité avec bienveillance

Le côté un peu cliché du film pourrait également tenir du fait que l’on y retrouve beaucoup de visages familiers, à commencer bien sûr par Nick Robinson, qui était à l’affiche de la love story Everything Everything l’été dernier. Ce n’est pas tout : deux acteurs de la série 13 Reasons Why (dont la seconde saison est sortie il y a peu sur Netflix) s’incrustent dans le paysage et pas des moindres. Katherine Langford, qui incarnait Hannah Baker, héroïne malgré elle de la série, campe ici le rôle de Leah, la meilleure amie de Simon. Elle est rejointe par son camarade Miles Heizer (Alex Standall dans 13 Reasons Why) et deux autres acteurs qui se sont illustrés à la télévision américaine : Keiynan Lonsdale (The FlashLegends of Tomorrow) et Joey Pollari, découvert dans la seconde saison d’American Crime, qui traitait justement la question de l’homophobie à l’école.

La participation de ces trois acteurs au projet leur a par ailleurs eux-mêmes permis de s’assumer pleinement et de faire, comme Simon, leur coming-out, sujet pourtant encore tabou à Hollywood. Love, Simon traite ainsi très habilement du coming-out en lui-même, soit le fait de décider par soi-même du moment et à qui l’on s’apprête à dire que l’on est homosexuel. Simon va-t-il pouvoir maîtriser cet instant qu’il a longtemps redouté ? Se sachant menacé par un cyber-harceleur, Simon doit mettre en péril ses relations amicales pour ne pas voir son secret lui échapper.

Le sujet est de plus en plus traité au cinéma et dans les séries : les sœurs Wachowski l’ont notamment fait dans Sense8 à travers le personnage de Lito, acteur mexicain de grande renommée contraint de cacher son homosexualité en raison du poids de la religion dans son pays, et par crainte de perdre son travail dans des productions qui le confortent dans une image de tombeur de femmes. Ce que nous dit Love, Simon, c’est de nous accepter tel que l’on est, et d’apprendre à faire confiance à son entourage. Et puis, comme le dit son héros, pourquoi serait-ce uniquement aux personnes homosexuelles de faire leur coming-out ? La tendresse qui se dégage de l’entourage de Simon est irrésistiblement attachante, autant dans sa relation avec ses parents qu’avec ses amis.

Greg Berlanti a d’ailleurs mis à contribution la campagne promotionnelle de son film pour faire naître une nouvelle romance dans l’une de ses séries, Riverdale. Alors que tous les personnages vont voir Love, Simon au cinéma, le personnage de Cheryl prend conscience de son attirance pour les femmes, mais sa mère décide de l’envoyer en thérapie pour « guérir » de ce qu’elle juge être une déviance. De quoi contrebalancer le scénario un peu trop rose de Love, Simon, et rappeler que le coming-out ne se passe (malheureusement) pas toujours aussi bien qu’on l’espère…

Conclusion : Love, Simon traite avec tendresse et humour de l’adolescence et des premiers émois, que l’on soit gay, hétéro, bisexuel.le… Malgré un scénario balisé, qui renvoie aux habitudes des comédies pour adolescents (des acteurs plus âgés pour incarner des lycéens… malgré tout, ici, on y croit), le film de Greg Berlanti convainc par son émotion et ses personnages attachants.


Love, Simon
Un film de Greg Berlanti
Sortie le 27 juin 2018

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