[Critique] L’Ombre d’Emily : Blake Lively joue au chat et à la souris

Deux ans après son remake de SOS Fantômes, Paul Feig revient en catimini. Conspué par une armée de trolls en raison de sa veine féministe dès ses premières images (et assez mal reçu tout court), le film n’a pas rempli les objectifs attendus au box-office, avortant tout projet de suite. Pourtant, comme dans tous ses autres films, Paul Feig continue de projeter sur le devant de la scène des personnages féminins : après avoir contribué à révéler au grand public Kristen Wiig, Melissa McCarthy ou encore Kate McKinnon, le réalisateur fait désormais appel à deux comédiennes déjà bien en vogue à Hollywood. Remarquée dans Gossip Girl pour l’une, Twilight et Pitch Perfect pour l’autre, Blake Lively et Anna Kendrick s’opposent dans un jeu où tout (ou presque) n’est qu’apparence. Avec L’Ombre d’Emily, Paul Feig nous fait découvrir son côté sombre dans un long métrage qui, en apparence, a tout d’un thriller des plus sérieux.

Après la disparition de sa meilleure amie Emily (Blake Lively), Stephanie (Anna Kendrick) décide de mener l’enquête et découvre que la jeune femme ne menait pas une vie aussi parfaite qu’elle en avait l’air… Mais chassez le naturel, il revient au galop : un film de Paul Feig ne serait pas un film de Paul Feig sans comédie. Et c’est là que repose le grand talent du réalisateur, qui manie avec excellence ses changements de tonalité.

Les nouvelles meilleures amies

Stephanie est une femme au foyer célibataire. Veuve, pour être exact. Elle passe son temps à filmer des tutoriels culinaires qu’elle publie sur le net et à s’investir autant qu’elle le peut dans l’école de son fils. Lorsqu’elle rencontre Emily, femme fortunée en couple avec un écrivain renommé (mais en panne sèche d’inspiration), leurs deux mondes semblent s’opposer totalement. Emily est extravagante, pas mal crue, contrairement à Stephanie, plus introvertie. Leurs premières rencontres sont ponctuées de nombreux moments gênants (mais affreusement drôles) ; pourtant les deux femmes se rapprochent jusqu’à devenir meilleures amies. Jusqu’à se confier leurs secrets les plus inavouables.

L’Ombre d’Emily, traduction française du titre original A Simple Favor, dépeint cette manière dont le film de Paul Feig (et son scénario, adapté du roman Disparue de Darcy Bell) questionne la manière dont chacune de ces deux mères se donnent à voir, se mettent en scène au quotidien. Cette nouvelle et étonnante relation éprouve les autres parents de l’école, dont les cancans détendent l’atmosphère. C’est un peu comme s’il était arrivé une étrange rencontre entre Gone Girl et… Mes meilleures amies, en fait. Si le mélange des tons, tantôt sérieux, tantôt comique, ne plaira pas à tout le monde, celui-ci n’a de cesse d’être poussé de plus en plus loin jusqu’à une dernière partie ouvertement grotesque, autant pour les spectateurs que pour les personnages.

Elle s’appelle Emily jolie… 

Sur le fond comme sur la forme, Paul Feig adopte avec brio les codes du thriller en construisant toute sa tension autour de cette relation, tantôt ambiguë, tantôt malsaine, entre les deux femmes. Et bien heureusement, le film conserve une grande part de mystère grâce à sa bande-annonce, qui n’en dévoile que très peu sur l’intrigue. Celle-ci concentre la même élégance que le film, dont le générique se donne des allures hitchcockiennes (que Feig donne comme référence avec joie). L’Ombre d’Emily use (et abuse peut-être un peu trop) des twists à gogo, jusqu’à en faire perdre la tête à Stephanie… ou même au spectateur.

Cette élégance, c’est aussi le personnage de Blake Lively qui la transmet : elle revêt des costumes éblouissants, composés d’autant de pièces que les détails qui constituent l’image qu’elle laisse transparaître d’elle-même. La musique de Théodore Shapiro, fidèle collaborateur du metteur en scène, orne l’ensemble avec parcimonie, et son thème principal reste en tête. À l’image des chansons choisies pour le film, majoritairement françaises, qu’Emily écoute la plupart du temps dans son salon !

Conclusion : avec L’Ombre d’Emily, Paul Feig semble délivrer son film le plus personnel. S’il ne perd pas son amour de la comédie, il prouve qu’il a aussi quelque chose à faire dans les autres genres ! Il doit énormément à l’alchimie entre ses deux actrices principales, Anna Kendrick et Blake Lively. Un thriller réussi, aux rebondissements nombreux et bien menés !


L’Ombre d’Emily
Un film de Paul Feig
Sortie le 26 septembre 2018

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