[Critique] Logan : dire adieu à ses héros

Les films Marvel se suivent et se ressemblent, trop même. Au point que l’effet de saturation se fait sentir autant chez les spectateurs que chez les acteurs. Après l’effet première découverte, X-Men était une franchise dans laquelle la plupart des gens avaient perdu espoir. Notamment à la sortie du dernier volet, qui portait si bien son nom : Apocalypse. Mais la trilogie qui isolait le héros le plus dur de la saga a toujours été à part. Wolverine, potentiellement immortel, est, malgré les efforts de son ami et père d’adoption Charles Xavier, un solitaire. Il peine à se fondre dans le groupe, ne faisant confiance qu’à lui-même et à ses forces surhumaines, dévastatrices et brutales.

Deux films avaient déjà raconté l’histoire de Wolverine (successivement X-Men Origins: Wolverine puis Wolverine : Le Combat de l’Immortel) pour aboutir à Logan, qui vient clore cette trilogie. Pour une fois, nous ne revenons pas sur le passé ou la provenance du personnage, mais dans un futur proche. Logan protège Charles Xavier dans un lieu secret, ce dernier étant devenu malade et dangereux pour l’humanité. Ensemble, ils accueillent la jeune Laura. Trois générations de X-men, trois passages de témoins pour cet ultime film.

Apprendre à aimer

La structure narrative en course poursuite permet au film de se construire comme un road movie, dans lequel chacun des personnages va abandonner le voyage pour laisser en tête à tête Logan et Laura, aboutissement vers lequel veut clairement aller le film. Chaque point de rencontre avec leurs adversaires est une étape dans la construction de leur relation, et de leur amour. C’est ici l’un des enjeux principaux du film :  permettre au personnage de connaître l’amour. L’altérité, éternel cheval de bataille des X-men movies, laisse ici sa place à un amour plus intime, plus douloureux et plus difficile à appréhender. S’il fallait faire attention à un instant du film, c’est au début, lorsque Logan découvre la véritable nature de Laura. Epiphanie ? En quelque sorte. Cette révélation va remettre en question tout ce qui a toujours constitué son personnage. Et c’est cet instant même qui va conduire le film vers ce road movie intime.

On connaissait Wolverine comme un espèce de loup-garou « bad boy » éprouvé par la vie et par la solitude, mais qui faisait de lui un personnage plus que populaire. C’est un cadeau que fait le réalisateur en permettant à son personnage de connaître autre chose que cela. Logan se place donc certes comme le point final de la trilogie, mais un dernier volet un peu décalé par rapport au reste.

Briller une dernière fois

Logan, c’est le temps d’une ultime commémoration entre le personnage et ses fans, et James Mangold a accordé à son héros le temps nécessaire pour lui permettre de leur dire au revoir. Deux heures seize, c’est la durée qu’il faut à Hugh Jackman pour incarner une dernière fois ce mythique personnage, et en même temps s’en défaire. En effet, Logan est également le lieu des adieux entre le personnage et son acteur. Ce n’est pas un hasard si au début du film l’homme aux griffes ne répond pas à l’appellation de Wolverine mais volontiers à celui de Logan. Il annonce ainsi son refus de continuer à incarner le super héros, comme si les deux prochaines heures allaient servir à faire retomber la pression, à le faire descendre de son piédestal pour qu’il redevienne… lui-même. Le film montre qu’il ne pourra probablement pas exister d’autres Wolverine que Hugh Jackman, ou une imposture qui ne durera pas dans les mémoires. C’est en effet l’interprétation que l’on pourrait prêter au personnage de X24, qui se présente dans Logan comme tout ce dont le héros essaye de se détacher.

En guise d’adieu, James Mangold redonne un coup de crayon sur les traits du héros qui s’étaient effacés. Pour le dernier quart d’heure de gloire, il refait naitre l’homme aux rouflaquettes et aux griffes rétractiles pour lui permettre de vivre l’instant d’une dernière scène la gloire du temps passé. Lui redonner toute sa force, toute sa capacité, comme il avait été dessiné au début. Car ce n’est que ça Wolverine finalement, et le film n’a de cesse de le répéter : un personnage, la création de ces hommes dont les noms figurent en couverture des comics books.

Le réalisateur formule ici la parfaite réponse à toutes les franchises qui ne survivent pas aux boursouflures et perdent de la qualité au profit de la quantité. Il y a un moment où il faut savoir raccrocher le costume. Le héros lui-même en est la preuve dans le film. Il a été durant toute la saga sanglant, impulsif et fort. Mais aujourd’hui il ne peut plus y arriver. Ou uniquement par le biais de l’artifice. Mais Logan a bien compris que ce troisième film est le temps de partir, et de laisser son héritage prendre la place. Son héritage, c’est Laura. Et en Laura, il trouve une façon de faire perdurer son personnage. Le dernier geste de la jeune fille est de ces gestes qui ont deux temporalités. Celle d’un court instant, trois secondes à l’écran, et le temps qui va s’inscrire dans la durée de l’histoire du cinéma. Elle clôt ainsi la descente de Hugh Jackman du héros Marvel au retour à la réalité d’acteur. Ce geste est accompagné d’une charge émotionnelle qui ressort dans ces quelques ultimes secondes.

Conclusion : Même nos héros que l’on croyait immortels ne peuvent pas vaincre le temps. Ils ne sont pas plus forts que le poids des générations et des années qui passent. Finalement, un héros ne peut vivre éternellement que dans le cœur de ses fans.

Logan
Un film de James Mangold
Sortie le 1er mars 2017

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