[Critique] L’Odyssée : Cousteau père et fils

Dans la case biopic français, nous avons récemment eu droit à la purge Cézanne et moi, festival de la perruque et de la fausse moustache animé d’une main de maître par l’accent du sud à peine caricatural de Guillaume Gallienne. Faute d’une date de sortie un peu trop tardive, L’Odyssée n’est pas parvenu à intégrer la shortlist des films qui représenteront la France aux prochains Oscars, contrairement à Cézanne et moi. Heureusement, c’est Elle de Paul Verhoeven qui a été choisi et sauve l’honneur. En tout cas, chez Silence Moteur Action, on pense que le réalisateur Jérôme Salle a toutes les cartes en main pour rafler la mise lors de la Cérémonie des Césars !

L’Odyssée, c’est celle de la famille Cousteau. Pas uniquement le périple de Jacques-Yves, le célèbre capitaine au bonnet rouge, incarné par Lambert Wilson, mais aussi celui de ses deux fils – et surtout Philippe (Pierre Niney). Tous deux rêvaient d’aventure et de découvertes. Le premier a perfectionné le scaphandre autonome, et s’est lancé à la découverte des fonds marins. Le second, alors enfant, voulait à tout prix marcher dans les traces de son père. Jusqu’au tragique décès de Philippe à 38 ans, le père et le fils Cousteau se sont aimés, détestés, réconciliés. Tout comme entre mari et femme : la relation entre Jacques-Yves Cousteau et sa femme Simone (Audrey Tautou) n’était non plus toute rose…

Devenir Cousteau

Dit comme ça, on pourrait s’attendre à ce que L’Odyssée berce dans le mélodrame lorsqu’il s’agit de montrer les disputes et les points de ruptures de la famille Cousteau. À ce que les violons pleuvent et les larmes d’Audrey Tautou dégoulinent lorsque Simone apprend les multiples tromperies de son mari. Mais non, Jérôme Salle et son co-scénariste Laurent Turner parviennent à passer outre les travers largement redoutés dans un biopic. Ils déconstruisent tous deux l’image mythique que l’on pourrait avoir du capitaine Cousteau, et font en sorte que Lambert Wilson en soit l’incarnation la plus complète. C’est pour cette raison qu’aucune image d’archives n’est présente dans le film (ce même dans le générique de fin, contrairement à ce qui est habituellement fait). Tout plan d’un film de Cousteau ou toute photo présente à travers L’Odyssée ont ainsi été retravaillés et repris par l’équipe du film. Il n’y a donc pas de rupture entre la fiction et la réalité : Lambert Wilson doit être Jacques-Yves Cousteau, et non pas juste un acteur qui joue son rôle. 

Jérôme Salle nous emmène à travers trente années d’histoire, au plus près de l’intimité de cette famille qui ne vit que pour découvrir les richesses d’un monde encore inexploré, et pourtant en péril à cause des activités humaines. L’Odyssée n’est pas pour autant un film militant, puisque le message écologique n’est pas martelé jusqu’à saturation. Non, il est juste suggéré, posé là comme une évidence, un enjeu d’ores et déjà connu de tous. La sensibilisation est fine, mais l’écologie n’est pas l’objet premier du film, bien qu’elle soit à l’origine de cette confrontation d’idéaux entre Jacques-Yves Cousteau et son fils Philippe. Le père était prêt à tout pour rendre ses films époustouflants, incroyables, quitte à nier la réalité d’un monde menacé. L’Odyssée, c’est avant tout l’histoire d’une confrontation entre deux générations et de leurs propres idéaux. Quoi de mieux pour l’illustrer que de mettre face à face ces deux noms du cinéma français que sont Lambert Wilson et Pierre Niney ? Les deux acteurs excellent une fois de plus, tout comme Audrey Tautou, dont le personnage n’est pas simple à appréhender. Amoureuse et dévouée envers son mari, aimante auprès de ses deux enfants, Simone perd peu à peu sa bonne humeur et devient presque acariâtre, dépassée par ce projet fou de toute une vie et par les traitrises.

Un projet titanesque

Personne ne pourra le contester : L’Odyssée est le film français le plus ambitieux de cette année ! Avec trente-cinq millions d’euros de budget, il est également l’un des plus coûteux (et par conséquent, compliqué à financer !). Le projet de Jérôme Salle était, lui aussi, assez fou : cela faisait plus de cinq ans qu’il y pensait, avant même d’avoir tourné Zulu. D’abord envisagé comme un film en langue anglaise, avec Adrian Brody dans la peau du capitaine Cousteau, puis Romain Duris, L’Odyssée a connu une production mouvementée. Jérôme Salle ne voulait pas s’embarrasser avec des fonds verts, ou une myriade d’effets spéciaux. Non, il fallait tourner le plus possible dans des décors naturels et apporter au film un réalisme qui rendrait ainsi honneur au travail documentaire de Cousteau. L’équipe a parcouru le monde, des Bahamas à l’Afrique du Sud jusqu’en Antarctique, faisant de L’Odyssée le premier film de fiction à être tourné sur ce territoire.

Le travail apporté sur la photographie (signée Matias Boucard) est absolument saisissant, et ce bien que l’équipe ait finalement décidé d’abandonner l’idée de réaliser le film en 3D. L’Odyssée vous laissera ébahis, à n’en pas douter (ou alors, vous n’avez pas de cœur pardon, Rose Bosch a essayé de s’immiscer dans notre article). Les scènes sous-marines sont tout simplement époustouflantes, et soulignent avec beauté la petitesse de l’homme face au monde aquatique… Et pourtant, même le quotidien le plus banal de la famille Cousteau peut donner lieu à un très beau moment de cinéma, comme cette scène où le père et ses fils admirent un ciel étoilé près de leur maison méditerranéenne, l’une des scènes les plus belles et les plus fortes du film.

Conclusion : L’Odyssée est un pari fou, mais son résultat est tout simplement incroyable. L’intimité des Cousteau et leurs découvertes se mêlent avec justesse, dans un biopic qui parvient à tirer son épingle du jeu et à s’imposer comme l’un des plus beaux films de l’année.

L’Odyssée, un film de Jérôme Salle
Avec Lambert Wilson, Pierre Niney et Audrey Tautou

En salles le 12 octobre 2016

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

1 Partages
Partagez1
Tweetez