[Critique] Line of Fire : « Tu tombes, on tombe »

Le papa des films de science-fiction Oblivion et de Tron l’héritage change sa caméra d’épaule. Avec Line of Fire, Joseph Kosinski conçoit un drame aux allures de « petit film » malgré ses 32 millions d’euros de budget et son casting bien hollywoodien (on retrouve Josh Brolin, Miles Teller, Jeff Bridges, ou encore Jennifer Connelly).

De son nom original Only the brave, Line of Fire suit une équipe de pompiers basée dans l’Arizona, État de l’Ouest des États-Unis réputé pour être rongé par les flammes aux moindres chaleurs. Eric Marsh, le chef de la caserne, recrute un petit nouveau, Brendan (Miles Teller) avant d’entamer cette nouvelle saison de feu. Ensemble, et avec le reste de l’équipe composée d’une vingtaine d’hommes, ils vont affronter la force de la nature. Le film est inspiré d’une histoire vraie.

Pompiers et grosses ficelles

Gros rock, muscles et vannes graveleuses. Bienvenue dans Line of Fire. Le monde des pompiers est, c’est un fait, majoritairement masculin. Et ce n’est pas Joseph Kosinski qui nous le fait oublier. Le réalisateur n’hésite pas à multiplier les clichés. Ainsi, Eric Marsh, chef de caserne aussi doux qu’autoritaire avec ses pompiers, prend sous son aile un jeune pommé. Bingo ! Celui-ci a décidé de s’engager après avoir appris qu’une jeune femme, décrite comme ayant « de beaux yeux » par un personnage qui fait des ronds autour de sa poitrine, était enceinte.

Le jeune, nommé Brendan, s’engage donc et Line of Fire n’essaie même pas d’être original pour traiter son intégration au sein de l’équipe : le nouveau de la classe est quelque temps malmené par ses collègues. Côté travail, Brendan est comme un footballeur débutant, assis sur le banc des remplaçant de l’équipe C. Du temps s’écoulera avant que des tâches lui soient confiées. Le film, basé sur la trame scénaristique du lassant « Je suis en situation d’échec, je vais me prouver à moi et aux autres que je suis capable de réussir » est long à véritablement démarrer. En plus de l’arrivée de Brendan dans la caserne, Line of Fire déroule plusieurs histoires annexes, toutes introduites avec maladresse. En effet, les idées sont lancées, mais la plupart sont soit anecdotiques, soit mal exploitées, comme par exemple l’analogie très vite présentée aux spectateurs entre le chef Marsh et Brendan. Elle tend à créer une part de suspense mais malheureusement, cela rend les trois premiers quarts d’heure du film davantage brouillon.

Avec ces grosses ficelles, difficile de prendre Line of Fire totalement au sérieux, tout du moins, pendant la première partie du film. La promesse d’un drame en hommage au métier se transforme vite en un film récréatif, un « buddy movie » (littéralement, « film de copains ») devant lequel le spectateur se surprend à sourire à plusieurs reprises. Par ailleurs, la photographie du film et la manière dont il est filmé rappelle l’univers très réussi de la série The Walking Dead. Beaucoup d’images ont un aspect terne, en échos à la couleur de la cendre et d’une nature morte. Le réalisateur joue également avec les lignes et propose des plans symétriques qui donnent une esthétique agréable à l’œil.

Un travail honnête sur la famille et la peur

Le groupe de pompiers apparait effectivement comme une « bande de potes ». Mais au fur et à mesure, les liens se resserrent et une famille se créée sous les yeux du public. Le chef Marsh tient le rôle du père. Ces hommes du feu sont obligés de se faire confiance, de se serrer les coudes et se soutenir face aux flammes. Le thème de la famille est un des grands axes, sinon le grand axe de Line of Fire. Ces soldats sont unis par leur vocation et le réalisateur s’applique à souligner cette fraternisation en plaçant sa caméra au plus près des hommes lorsqu’ils se chamaillent, qu’ils se confient les uns aux autres, ou encore lorsqu’ils deviennent mécaniquement solidaires en cas de difficultés physiques dues à leur métier. Mais individuellement, en dehors de leur travail, ces hommes ont des femmes, des épouses, des copines, des mères, des sœurs. Oui, m’omettons pas qu’avec Joseph Kosinski, les femmes pleurent leurs maris en les attendant à la maison. En faisant l’impasse et en pardonnant cette grossièreté maladroite (et peut-être reflet de la réalité en Arizona), la structure de la famille est joliment dépeinte dans Line of Fire. Elle prend l’angle de la peur.

Comment s’organise une vie à plusieurs quand l’un de piliers du foyer peut s’effondrer à tout moment ? Avoir un enfant et prendre le risque quasi-quotidien que son papa ne revienne jamais de mission n’est évidemment pas une mince affaire. Ce dilemme se voit notamment avec les personnages d’Eric March (Josh Brolin) et de sa femme, Amanda, jouée par Jennifer Connelly. Ils forment une entité brûlante portée par la capacité du réalisateur à rentrer dans les problèmes intimes du couple. La peur se lit dans les yeux d’Amanda, pourtant exposée comme une femme inflexible et solitaire. Sans en faire trop avec les émotions, elle laisse les spectateurs imaginer l’enfer que peut représenter ce métier de passion, dans une famille. Cette peur, surmontée malgré les innombrables disputes, ne peut que susciter chez les spectateurs un profond respect pour ce majestueux métier et pour les héros, les soldats du feu et leur famille, qui le composent. Au travail comme en amour, quand on est pompier, le soutien de son entourage est essentiel. « Tu tombes, on tombe » est un des crédos du métier.

Conclusion : Line of Fire met en lumière les principales valeur d’un pompier. Courage, dévouement, solidarité, altruisme portés à l’écran rendent un bel hommage aux soldats du feu. Mais uniquement dans la seconde partie du film, la première étant trop occupée à construire une trame narrative maladroite et pleine de clichés. Miles Teller (War Dogs, Les 4 Fantastiques, Whiplash) ne déçoit toujours pas. 

Line of Fire
Un film de Joseph Kosinski 
Sortie en e-cinéma le 13 septembre 2018

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