[Critique] Les Animaux fantastiques 2 : Grindelwald, le nouveau Voldemort ?

Deuxième opus sur cinq de la nouvelle franchise issue du monde d’Harry Potter, Les Animaux fantastiques : les crimes de Grindelwald arrive sur nos écrans à point nommé. De par ses thématiques politiques et son aspect divertissant, le film défriche un univers bien connu de tous, tout en devant régler les maladresses du premier film. Un pari tendu que relèvent avec brio la scénariste et productrice J.K. Rowling et le cinéaste David Yates.

Se déroulant six mois après la fin du premier film, Les crimes de Grindelwald suit l’évasion du terrible mage noir, interprété par Johnny Depp, et son retour en Europe. Pour le contrer, Albus Dumbledore, interprété par Jude Law, envoie Norbert Dragonneau (Eddie Reydmane) à Paris où tous semblent converger : Grindelwald, Croyance (le jeune homme perturbé du premier opus) et les deux sœurs new-yorkaises Goldstein.

Un nouveau départ ?

Le défi était grand : tenter de réanimer la flamme après un premier opus qui avait largement divisé. Si ce deuxième épisode brille par de nombreux aspects, il garde les défauts du film de 2016 – à savoir principalement une intrigue extrêmement brouillonne et éparse. Outre le fait qu’il y a un nombre assez conséquent de personnages, J.K. Rowling leur rajoute à chacun d’entre eux plusieurs enjeux, d’ordre émotionnels, physiques ou moraux. Bref, un gloubi-boulga assez complexe qui peut perdre les non-aficionados du monde des sorciers.

Pour le reste, la leçon a été retenue : adieu l’humour graveleux pour signifier le passage à l’âge adulte de la saga, ici le sérieux ne laisse que très rarement la place à la comédie. David Yates, qui livre tout de même son sixième film de la saga (à l’oeuvre depuis L’ordre du Phénix) semble avoir pris conscience des reproches qui lui sont fait : la palette de couleur terne et grisonnante laisse sa place à des couleurs plus saturées. Du rouge feu au bleu glacial en passant par le vert sapin, nos yeux s’émerveillent à nouveau en découvrant de nouveaux décors magiques, et ici Paris. Le film se déroule d’ailleurs dans sa quasi-intégralité dans la capitale française, donnant à l’écran un côté assez mystérieux et fantastique, loin des tours froides et métalliques de New York du premier opus.

Choisir son camp  

Mais ce qui fait la grande force des Crimes de Grindelwald, ce sont les thèmes qu’il aborde très frontalement : le fascisme et la montée des extrêmes dans les années 30, et donc par ricochet dans notre société contemporaine. J.K. Rowling donne un aspect politique mondialisé inédit dans sa saga, et prend parti en assonant plusieurs fois (par le biais de ses personnages) « choisissez votre camp ». Soit vous êtes avec eux, soit vous êtes contre eux. La subtilité ici est de ne pas diaboliser le mal : Grindelwald, interprété avec brio par Johnny Depp (très loin de ses mimiques habituelles) est un mal sournois, qui parle avec démagogie comme le font certains politiques populistes. On est loin d’un Voldemort manichéen. Au contraire, Grindelwald se sert avant tout de la parole comme arme, pour conquérir ses fidèles.

Enfin, il est assez passionnant d’observer à quel point ce film résonne avec les questionnements que se posent la plupart des grandes sagas cinématographiques. Dans un cas récent, Les crimes de Grindelwald nous rappelle Star Wars 8, sur son rapport qu’entretient un protagoniste (Croyance/Rey) avec ses parents. Dans les deux cas, son obsession pour savoir qui il est, d’où il vient, revient pour lui à essayer de trouver sa place dans l’échiquier de l’intrigue et de l’univers de la saga. La construction d’une identité, le rapport au monde, la peur du rejet, sont des thématiques qui traversent ces deux œuvres, et qui bouleversent par leur justesse et leur subtilité.

Conclusion : avec son second scénario, J.K. Rowling se familiarise davantage avec l’écriture cinématographique et, si l’intrigue reste toujours autant éparpillée, fait des Crimes de Grindelwald un film spectaculaire qui sait divertir tout en nous mettant en garde contre les dérives de notre monde contemporain. Une prolongation de l’univers d’Harry Potter nécessaire, qui nous permet de nous replonger dans cet univers que l’on chérit tous.


Les animaux fantastiques : les crimes de Grindelwald
Un film de David Yates
Sortie le 14 novembre 2018

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