[Critique] Lego Batman : retour à méta-Gotham City

« Nananananana nananananana… Batman ! » On vous le donne en mille : le film Lego Batman n’échappe pas à sa reprise du générique de l’étrange film de 1966 avec Adam West. Depuis presque quatre-vingt ans, le héros ténébreux de Bob Kane s’est fait sa place dans la pop culture en devenant l’une des égéries de DC Comics (après le succès de Superman, évidemment, la jalousie entre eux doit bien provenir de quelque part !). Que ce soit à travers les comics, cinéma, jeux vidéo, dessins animés, le personnage de Bruce Wayne n’a de cesse de fasciner à travers le monde… et de rapporter de l’argent.

C’est chez Warner que l’on retrouve à nouveau notre héros – de briques, cette fois-ci – trois ans après La Grande Aventure Lego, de Phil Lord et Chris Miller, dans lequel le vengeur masqué, doublé par Will Arnett, se métamorphosait en personnage dark-emo-trash-névrosé irrésistiblement drôle. Il a désormais son propre film, qu’il dirige d’une main de maître (et il en est fier). Ce délire narcissique, qui permet une réflexion sur les zones d’ombre et les faiblesses inavouées de son personnage, ne le rend que plus humain, malgré quelques faiblesses de rythme et d’écriture.

Batou boudeur, Batou ravageur

Batman mérite-t-il d’être le seul justicier de Gotham City ? C’est là toute la question de son propre spin-off. Toujours aussi désireux d’attirer sur lui les caméras et les remerciements des citoyens de la ville, la relation entre Wayne et la police est toute autre que ce que l’on connaît. Le commissaire Gordon laisse place à sa fille Barbara (Rosario Dawson en VO, qui jongle habilement entre les séries Marvel Netflix et DC), qui souhaite faire collaborer pleinement Batman, les policiers et les citoyens pour mettre fin à la criminalité dans Gotham. Reclus, égoïste et arrogant, le vengeur masqué vit toujours comme un ermite, casque continuellement vissé sur sa tête, même lorsqu’il porte son peignoir (laissant entrevoir les abdos qu’il chérit tant). Dans son manoir trop grand pour lui, il s’ennuie, regarde en boucle les mêmes films à l’eau de rose, et utiliserait presque Alfred (Ralph Fiennes) comme punching-ball (un peu comme Lara Croft avec Winston). De justicier mystérieux à adulescent, il n’y a qu’un pas : si Bruce Wayne, sous son aspect de briques, est si acariâtre, c’est par crainte de revivre son passé.

LEGO Batman s’attaque plutôt habilement à la grande histoire du vengeur masqué et nous épargne les scènes que nous avons déjà pu voir maintes fois : adieu la mort des parents Wayne, enfin évitée au profit d’une simple photographie (la famille Wayne devant l’Opéra de Gotham, proche de la « Dark Alley » – le sarcasme n’est jamais loin) que Batou admire quotidiennement, tout en s’adressant à ses parents. Le statut même du héros au sein de la société de Gotham City est questionné (à l’instar de celui de Superman dans Batman v. Superman) : Batman a beau affronter le Joker, Bane, Double-Face and co, ceux-ci parviennent toujours à revenir d’une manière ou d’une autre et à mettre de nouveau la ville en danger. Il faut voir là une habile démonstration de l’étendue du personnage, que l’on retrouve d’un medium à un autre, de film en film, de reboot en reboot, d’acteur en acteur.

Le casting original rassemble une fois encore des figures incontournables d’Hollywood, de Michael Cera (irrésistiblement adorable en Robin) à Zach Galifianakis en Joker. Si nous n’avons pas pu voir le film en version française, nous plaçons toute confiance envers Natoo (membre du Studio Bagel, qui a déjà participé au doublage de Bob l’Éponge, le film), Stéphane Bern (homme de télévision et de radio à la personnalité et à l’humour collant parfaitement au personnage d’Alfred) et Rayane Bensetti (comédien très apprécié de la jeune génération) pour doubler leurs personnages. La « people-isation » du doublage, bien qu’elle puisse attirer un certain public, n’est cependant pas à encourager : quel intérêt de faire doubler Superman ou Green Lantern par Griezmann et Matuidi ?

Une farandole d’action et de sarcasmes… un peu trop ?

Lord et Miller laissent place à Chris McKay (co-directeur de l’animation de La Grande Aventure) à la réalisation et à Seth Grahame-Smith (auteur de Orgueil et préjugés et zombies) au scénario. Si l’esprit du film se veut proche de l’original en enchaînant blagues et sarcasmes (le discours d’Alfred sur les opus cinématographiques de Batou est tordant), certains gags tombent parfois à vide. Batman développe un grand intérêt pour la musique, et si bien que l’intro chantée soit satisfaisante, la scène où lui et Robin s’essaient au beat-box, qui manque à la fois de rythme et d’humour, est tout juste ratée.

Une fois lancée, l’intrigue de LEGO Batman ne s’arrête plus : vexé de ne pas être son méchant préféré, le Joker fomente un complot pour mettre à mal Gotham et son justicier. L’action est incessante, ponctuée de dialogues parfois trop nombreux et criards (auxquels s’ajoute la musique de Lorne Balfe), et le résultat est parfois un peu assommant. L’esprit visuel, plus sombre que dans La Grande Aventure, est un peu plus désagréable à l’œil. Mais ressort toujours cette sidérante impression d’avoir devant nous de véritables LEGO s’animer, les effets de reflets faisant ressortir leur plastique, et l’animation – plus saccadée – donne davantage l’impression d’être devant un stop-motion que des images de synthèse.

Dans un souci de s’intégrer à l’univers étendu de La Grande Aventure, LEGO Batman laisse lui aussi des personnages venus d’autres franchises s’inviter dans le film. Si les clins d’œil et figures choisies sont plutôt plutôt bienvenus et amusants, ceux-ci constituent avant tout un catalogue des franchises de la Warner, y compris certaines des plus florissantes et sur lesquelles la firme mise pour son avenir, au détriment des personnages de la Justice League qui n’ont droit qu’à une seule scène alors qu’on les aurait davantage attendus – DC Cinematic Universe oblige. Une quasi-orgie de personnages, mêlés aux nombreux super-ennemis de l’homme chauve-souris, dont une bonne partie n’est finalement présente que de manière anecdotique.

Conclusion : Passée la surprise de La Grande Aventure LEGO, LEGO Batman ne parvient pas à faire mieux que son prédécesseur. Il demeure toutefois un divertissement efficace et drôle, avec une méta-réflexion plutôt pertinente sur l’histoire de la pop culture et la constitution de ses icônes.

Lego Batman – Le Film
Un film de Chris McKay
Sortie le 8 février 2017

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