[Critique] Le Secret des Marrowbone : un thriller psychologique tué dans l’œuf

Révélé il y a un peu plus de dix ans après avoir signé le script de L’Orphelinat, premier long métrage réalisé par J.A. Bayona, Sergio G. Sánchez change maintenant de casquette. En plus d’être scénariste sur Le Secret des Marrowbone, celui-ci fait ses premiers pas en tant que metteur en scène. Sélectionné lors de la dernière édition du Festival de Gérardmer, ce thriller horrifique permet à son réalisateur de renouer avec ses thèmes de prédilection : un huis clos tendu, autour d’un nombre resserré de personnages, et une maison qui cache bien des secrets… Ambitieux sur le papier, c’est avec une certaine amertume que l’on ressort du Secret des Marrowbone, qui grille presque instantanément son suspense.

Pour ne pas être séparés, Jack, 20 ans, et ses frères et sœurs plus jeunes décident de cacher à tout le monde le décès de leur mère qui les élevait seule. Ils se retrouvent livrés à eux-mêmes dans la ferme familiale isolée, mais bientôt, d’étranges phénomènes indiquent qu’une présence malveillante hante leur unique refuge…

(Don’t) Get Out

Chez les Marrowbone, interdiction de mettre le pied dehors. L’aîné de la famille, Jack, décide de prendre les choses en main à la suite de la mort de sa mère. À l’image de L’Orphelinat, l’intrigue du Secret des Marrowbone oblige ses personnages à vivre reclus dans leur maison familiale. En véritable despote, Jack dicte des règles strictes, oppressantes. Tout aurait pourtant dû se passer autrement. Le Secret des Marrowbone débute presque comme un conte : consignée dans un livre, l’histoire de cette famille en quête d’un nouveau départ est narrée (en voix off) par Jack. Bien rapidement, cette histoire se brouille. Le temps d’une scène, le film laisse présager un danger, une perturbation, qu’il évacue en un flashforward (saut en avant dans la narration, opposé au flashback). C’est déjà là que le bât blesse : le spectateur sait d’ores et déjà que la résolution de l’intrigue tiendra dans ce moment qu’il faudra obligatoirement expliciter.

Or, la résolution du Secret des Marrowbone se fait attendre. Oui, le film paraît long, trop long, d’autant plus qu’il ne parvient pas du tout à ménager son suspense. Le scénario colle tellement aux thèmes précédemment développés par Sergio G. Sánchez qu’il est assez facile d’en deviner les retournements de situation rapidement, voire au bout de trente minutes à peine : un très grand défaut sur un film dont la durée avoisine les deux heures. Le film s’égare dans des moments d’épouvante passables (des jumpscares à n’en plus finir, destinés à faire sursauter le spectateur mais employés sans subtilité aucune) et des sous-intrigues peu intéressantes (l’avocat de la famille, interprété par Kyle Soller, est souvent insupportable).

Le film rassemble pourtant un casting ravageur : George MacKay (étincelante révélation de 11.22.63 ou bien Captain Fantastic), l’éblouissante Anya Taylor-Joy (qui prouve une fois encore, après The Witch et Split, qu’elle correspond idéalement au film de genre) et Charlie Heaton (le fameux Jonathan Byers de Stranger Things) rattrapent le coup par leur fine interprétation, qui se mêle à la grande beauté plastique du film. Il n’y a autrement pas grand chose à sauver, et même la musique de Fernando Velasquez (compositeur attitré de J.A. Bayona) est parfois bien trop appuyée, à l’image de la subtilité du scénario, qui dissémine beaucoup trop d’indices sur son dénouement.

Conclusion : Le Secret des Marrowbone laisse un arrière-goût amer. Malgré un casting aux petits oignons et une esthétique très léchée, le film se perd dans son scénario tortueux, dont on devine bien trop aisément les ficelles.


Le Secret des Marrowbone

Un film de Sergio G. Sánchez
En salles le 7 mars 2018


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