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[Critique] Le Roi Lion : le recyclage éternel

Après Dumbo et Aladdin, il est temps de (re)découvrir un troisième grand classique Disney dans les salles : Le Roi Lion, signé Jon Favreau. Vingt-cinq ans séparent cette nouvelle adaptation du dessin animé original, multi-récompensé par les Oscars et les Golden Globes pour ses chansons et sa musique, composées par Elton John et Hans Zimmer.

Comme pour les précédents films cités – et comme cela sera prochainement le cas pour Mulan et La Petite Sirène – le questionnement demeure le même. Au-delà de l’apport mercantile, qu’apportent ces remakes à ces histoires qui ont transporté des générations entières ? Là où Tim Burton se réappropriait l’histoire de Dumbo de manière plus personnelle, Jon Favreau n’a quant à lui pas pris un seul risque… et crée un fort sentiment de frustration.

Une longue vidéo de chatons mignons

S’il y a bien une chose qui impressionne dès les premières minutes du film de Jon Favreau, c’est la modélisation des animaux. Dès lors que résonnent les premières notes de « L’Histoire de la Vie », le choc visuel est impressionnant. À poils, à plumes, à cornes, les animaux de la savane se dévoilent… Et l’on aurait presque l’impression de se retrouver devant un film Disney Nature. Une approche « naturaliste » défendue par le réalisateur, qui s’inscrit dans la continuité logique du Livre de la Jungle sorti il y a maintenant trois ans.

L’idée s’avère formellement intriguante, mais force est de constater que tout se gâte à partir du moment où les animaux… ouvrent la gueule. Contrairement à un Andy Serkis dont le Mowgli restituait les performances de ses acteurs via la capture de mouvements, Jon Favreau a seulement fait enregistrer les lignes de dialogue à ses comédiens. Ce qui donne parfois l’impression que le texte énoncé ne colle pas aux mouvements des animaux. Oui, c’est étrange, dit comme ça.

Copié/collé et c’est gagné !

À l’annonce du casting original, il y avait de quoi s’enthousiasmer un minimum, surtout côté chansons. Donald Glover (ou Childish Gambino pour les intimes) et Beyoncé Knowles-Carter, deux artistes ultra-plébiscités à l’international pour leur musique et leurs engagements forts, pour incarner Simba et Nala : ça avait de la gueule. Le tout en assurant la production des chansons par Pharrell Williams et Hans Zimmer : on était alors en droit d’attendre un renouveau des musiques qui ont bercé notre enfance…

Spoiler alert : Jon Favreau n’a pris aucune liberté et s’est contenté de ressortir l’intrigue originale quasiment mot pour mot – y compris pour les chansons – et parfois même plan pour plan ! Or le parti pris ultra-réaliste du film peine à coïncider avec l’ambiance du film, lui enlevant ainsi toute magie. Voir côte à cote les deux versions de « Hakuna Matata » fait presque grincer des dents tant la mise en scène devient plate et sans saveur. La prestation des deux acteurs principaux est quasiment éclipsée par le duo Billy Eichner et Seth Rogen, irrésistibles en Timon et Pumbaa, seuls personnages à apporter un peu de fraîcheur.

Couplée à un montage qui se réduit à un enchaînement de scènes balourd, la paresse de la mise en scène rend le film incroyablement mou. Le dernier tiers, dans lequel Simba assume sa destinée, est un des pires anti-climax, tant son retour et la révélation de Scar sont expédiés à la va-vite. À l’image de « Spirit », la nouvelle chanson du film interprétée par Beyoncé, qui semble avoir été casée là où il restait de la place dans un banal fond sonore, pendant à peine une minute. Tout cela avant que n’arrivent les compositions de Hans Zimmer, bien trop envahissantes : lorsque le jeune Simba écoute Mufasa lui parler du haut d’une colline, les tambours se déploient comme s’il s’agissait d’une scène d’action… et que dire de « L’amour brille sous les étoiles » chantée en plein après-midi !

Conclusion : malgré un rendu photo-réaliste époustouflant, Le Roi Lion perd tout ce qui faisait la magie du dessin animé original. Autant ressortir sa cassette !

Le Roi Lion
Un film de Jon Favreau
Durée : 1h58
Sortie le 17 juillet 2019

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