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[Critique] Le Roi : au royaume de Netflix, les Anglais sont rois

Deux ans après War Machine (2017), l’australien David Michôd réitère l’expérience Netflix avec Le Roi, une plongée au cœur de l’Angleterre du XVe siècle et des louvoiements de son roi, adaptation de la place homonyme de William Shakespeare. 

En pleine guerre de Cent Ans, Le Roi relate le parcours du roi d’Angleterre Henri V (interprété par Timothée Chalamet), de son accession au trône jusqu’à la célèbre bataille d’Azincourt qui opposa ses troupes à celles du dauphin français Louis de Guyenne (Robert Pattinson).

Il était une fois Henri V

Autant l’indiquer d’emblée : on ne trouve pas dans Le Roi une représentation fidèle et scientifique de la période qu’il dépeint. Le récit se permet de nombreuses infidélités historiques qui lui ont valu quantité de critiques acerbes. C’est oublier que le cinéma n’a pas forcément vocation à être une leçon d’histoire. Il permet au contraire de s’affranchir de toute scientificité pour offrir des visions fantasmées du temps qui s’est écoulé. En ce sens, David Michôd exclut toute vision d’ensemble de la période pour ne s’intéresser qu’à de la petite politique faite de coups bas, de trahisons de décisions tragiques. Il en ressort une sorte de fable dans laquelle le jeune héros, devenu roi d’Angleterre malgré lui, s’en va-t-en guerre contre le méchant dauphin français. Or, cette fable s’avère plutôt jouissive, pour peu que l’on accepte sa lenteur et sa noirceur, cette dernière se manifestant autant dans les scènes froidement violentes du film que dans ses instants introspectifs.

Car Le Roi, comme son nom l’indique, propose avant tout une réflexion sur le statut de souverain à travers le personnage de ce jeune homme qui, à la mort de son père Henri IV, se voit couronné roi d’Angleterre malgré ses réticences à l’idée d’occuper ce poste qui le conduira mécaniquement à accomplir ce qu’il abhorre : tuer. Henri V, au cours des 140 minutes qui composent le film, est constamment en proie aux doutes. Son esprit est tiraillé par des événements externes qui viennent d’ailleurs interroger la notion de virilité dans un univers où la capacité à combattre et le courage représentent les conditions sine qua non pour que l’adolescent devienne homme. Le choix de Timothée Chalamet pour incarner ce personnage psychologiquement malmené est ici bien senti, lui qui est habitué aux rôles de jeunes garçons en quête d’identité. Sans exceller, il prouve une fois de plus le potentiel de sa palette.

Micmacs en terre shakespearienne

Adapté de la pièce Henri V de William Shakespeare, Le Roi rend hommage par bien des aspects au dramaturge anglais. Ambiances lourdes, meurtres, et introspections sont au rendez-vous. La mise en scène pesante du réalisateur australien ne fait que rendre service à l’intrigue en enchaînant les plans fixes baignés dans une lumière figée, presque atone. Mais on en vient presque à regretter que David Michôd n’aille pas plus loin dans son intention de retranscrire à l’écran les dérèglements propres à des personnages shakespeariens, à l’instar du Macbeth (2015) de Justin Kurzel. Ainsi, l’étonnante et exagérée interprétation du dauphin de France par Robert Pattinson, qui retrouve ici le réalisateur qui l’avait dirigé cinq ans plus tôt dans The Rover (2014), semble être en décalage avec le reste des personnages, plus ou moins campés par des acteurs en quête de réalisme.

Notons enfin la qualité de la mise en scène des combats. Si ceux-ci se font finalement très rares malgré la longueur du film, ce n’est que pour en exacerber l’impact et la tension. Ils ont d’original le fait d’être à la fois terrifiants et ridicules. Terrifiants parce qu’ils sont froids, sanglants et sans issues. Ridicules parce qu’en dehors d’un long et spectaculaire plan-séquence, ils sont lents et amorphes. Les soldats se battent dans des armures lourdes et étouffantes qui limitent leurs mouvements tout en s’enfonçant dans une boue meurtrière. C’est sale. C’est violent. C’est beau. Surtout, c’est filmé de façon claire avec un montage qui ne passe pas par une succession frénétique de plans pour camoufler une quelconque incapacité à filmer la violence des chocs.

Conclusion : sans éblouir, Le Roi représente tout de même une œuvre intéressante dans laquelle ceux qui n’ont pas peur des temps morts trouveront plaisir à se plonger dans un univers médiéval fait de violences et de questionnements. Une lueur d’espoir dans les productions Netflix.

Le Roi
Un film de David Michôd
Durée : 2h20
Disponible sur Netflix depuis le 1er novembre 2019 

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