[Critique] Le Redoutable : un biopic agréable

Après l’inaperçu The Search, le cinéaste français Michel Hazanavicius revient à son genre de prédilection : la comédie ! L’un des plus talentueux cinéastes français signe avec Le Redoutable un biopic agréable sur Jean-Luc Godard.

Lorsque que Michel Hazanavicius – le réalisateur de La Classe américaine, les OSS 117 ou The Artist ! – a annoncé qu’il allait adapter la vie de Godard en film, cela avait de quoi surprendre. Un pari osé qui, s’il manque de fougue, réussit à décrire le personnage dans sa complexité, son arrogance et son talent.

Une mise en scène soignée

Le film nous embarque à la fin des années 60 lorsque Jean-Luc Godard, alors réalisateur star, réalise La Chinoise et tombe amoureux de son héroïne, Anne Wiazemsky (elle est d’ailleurs l’auteure du livre dont est adapté le film). Le Redoutable pourrait être un biopic classique sur le cinéaste, mais il préfère s’articuler autour de son histoire d’amour tumultueuse. Un choix logique qui s’exprime par la complicité entre les deux acteurs qui crève l’écran. Louis Garrel est assez méconnaissable en Godard et signe une performance à la fois réaliste et pourtant assez drôle tandis que Stacy Martin est une révélation qui touche par sa justesse et son innocence !

De plus, on ressent dans Le Redoutable la présence de beaucoup de moyens – 11 millions d’euros de budget – qui permettent d’habiller le film : décors splendides, costumes d’époques, maquillages impressionnants. Comme d’habitude chez Hazanavicius, la photographie est magnifique et recherchée. L’astuce du film, d’ailleurs, tient dans l’usage des codes formalistes de Godard qui réapparaissent tous ici (les sous-titres différents des paroles prononcées, l’image en couleurs négatives…) et participent à l’aspect « gag » du film.

L’anti-héros détestable

Cependant, cela ne suffit pas à faire du Redoutable un grand film. Il souffre d’un récit éparpillé qui ne sait pas où il va. En fait, le vrai problème du film de Hazanavicius est d’être un film à sketch. On assiste à une succession de tableaux, qui n’ont pas de rapports entre eux, et si certains fonctionnent à merveille (la scène nue, le retour de Cannes dans la voiture), d’autres non (à Cannes). Le spectateur ne sent donc pas de véritable fil rouge, si ce n’est celui du personnage de Godard.

Or c’est là le plus échec du film : son (anti)héros : Godard. Il est impossible d’avoir de l’empathie pour le personnage, qui se comporte toujours comme un ingrat, de manière stupide et non élégante. Résultat, il n’y a pas d’identification possible avec le spectateur, on reste extérieur à l’intrigue même et à son développement. Il ne s’agit pas de ne pas l’aimer, mais de ne pas comprendre ses actions. Cela est très présent sur la fin du film, qui part alors dans un délire mélodramatique relativement ennuyeux et qui dessert le film dans la mesure où le personnage est mal écrit. Enfin, l’ombre de La Classe américaine plane sur le film, que ce soit le road-trip en voiture ou lorsque Godard prend la parole, ce qui peut gâcher l’originalité du film.

Conclusion: Le Redoutable est une pastiche sympathique des films de Godard à la sauce Hazanavicius. C’est globalement drôle, agréable, mais peu inspiré et ça ne dit pas grand chose. Le montage vient créer un gros problème de rythme pour un film gentil, mais pas plus. Légère déception. 

Le Redoutable
Un film de Michel Hazanavicius
Sortie le 13 septembre 2017

 Vous aimez les biopics ?


[wysija_form id= »2″]

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

14 Partages
Partagez14
Tweetez