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[Critique] Le Mans 66 : sur les chapeaux de roues

En dehors des Fast and Furious et d’autres films peu subtiles (tels que Need for speed, réalisé par Scott Waugh en 2014), rares sont les films à explorer le monde automobile. Les clichés ont la vie dure : « les films de voiture » seraient des films forcément manichéens, sans enjeux et pas très intelligents… Heureusement, de temps à autre, des auteurs s’y risquent et livrent des grands films, à l’instar de Rush (Ron Howard, 2013). Alors, quid de Le Mans 66

Après avoir westernisé le cinéma super-héroïque avec l’immense Logan, le cinéaste James Mangold revient en forme avec Le Mans 66, basé sur une histoire vraie et complètement folle. Le titre américain, Ford vs Ferrari, résume mieux l’intrigue : le film suit le pilote marginal de Formule 1 Ken Miles (Christian Bale, impérial) qui, dans les années 60, est recruté par l’ex-pilote reconverti en constructeur de voiture, Carroll Shelby (Matt Damon). Ensemble, ils sont missionnés par Ford pour créer une voiture de course qui battrait celle de l’écurie Ferrari aux 24 heures du Mans…

La checklist du biopic

Sur le papier, tout est là pour remplir le cahier des charges du biopic terriblement efficace mais académique. Et le film semble suivre cette ligne : Mangold filme des personnages empêtrés dans une rivalité puérile entre leurs deux patrons, alors qu’ils essayent juste de faire avancer leur sport. La force du jeu de Christian Bale dévaste tout sur son passage : la subtilité de sa prestation, ces emportées de violence autant que ses éclairs d’intelligence font passer ce qui aurait pu être un biopic ronflant comme une oeuvre plus intéressante.

Pour autant, Le Mans 66 souffre de sa durée trop conséquente (2h35) qui nous perd dans son milieu, un peu creux. On sent l’envie du cinéaste de raconter le plus honnêtement cette histoire vraie sans tricher ou la truquer. Mais il aurait fallu accepter de faire des coupes, quitte à être plus radical et moins classique, pour éviter de perdre quelques spectateurs en route.

Mets la gomme Mangold !

Mais Mangold semble comprendre ce qu’on attend de son film : une représentation juste de ces personnages, complexés et habités, et des courses de voiture grandioses. Le film possède donc une belle ribambelle de séquences de courses rondement bien menées. La mise en scène nous embarque dans le cockpit, aux côtés des personnages, pour mieux les lâcher en pleine campagne ou dans les virages. On prend alors de la hauteur, on observe de loin ces voitures roulant à toute allure et devenant des formes de lumières : sous le soleil, sous la pluie, de jour, de nuit… Puis on revient autour de nos personnages, centraux dans le récit.

C’est donc là qu’est tout le cœur du film, dans sa multitude de points de vue. Loin des biopics poussiéreux présentant un point de vue unique et manichéen tendant à idolâtrer ses personnages, Le Mans 66 ne nous cache rien, que cela soit le patron revanchard de Ford à l’ego touché, l’ancien pilote qui semble revivre sa carrière à travers les courses de son poulain, le pilote marginal qui cache en lui l’envie de réussir, coûte que coûte. En résumé, Le Mans 66 est brillamment écrit, et ne tronque pas ses personnages pour les lisser. Ils sont virulents, énergiques, perdus, jaloux, généreux, optimistes ou pessimistes.

Conclusion : James Mangold dépasse le biopic classique et franchit la ligne d’arrivée haut la main ! Le Mans 66 est un film intelligent, qui fait la part belle à ses personnages sans les idolâtrer, mais aussi à ses courses de voiture virtuoses !

Le Mans 66
Un film de James Mangold
Durée : 2h33
Sortie le 13 novembre 2019

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