[Critique] Le château de verre : un deuxième Captain Fantastic ?

Le 9 septembre dernier, le Festival de Deauville rendait hommage à Woody Harrelson et présentait son dernier film, Le château de verre. De Hunger Games à Insaisissables, en passant par La planète des singes, la carrière de l’acteur semble marquée par des rôles choisis avec soin pour leur complexité ou leur originalité. Cette année, il revient sous les traits d’un père de famille, qui semble aux premiers abords très inspiré du très bon Captain Fanstastic. Qu’en est-il vraiment ?

Réalisé par Destin Daniel Cretton, Le Château de verre est en réalité l’adaptation d’un livre signé Jeannette Walls. Dans cette autobiographie, l’auteure raconte son enfance particulière aux côtés de ses deux sœurs et de son frère, ainsi que deux parents excentriques qui les ont élevés hors des rails de la société. Déscolarisés, les enfants déménagent régulièrement et parcourent le pays avec leurs parents qui leur inculquent leurs valeurs et les obligent très tôt à être autonomes. Les maisons se succèdent et se ressemblent, et malgré les voyages et les aléas de la vie, reste un port d’attache : la famille, pour le meilleur… et pour le pire.

Rêves et désillusions

Impossible, en lisant le synopsis ou en visionnant la bande-annonce du film, de ne pas y voir l’ombre de Captain Fantastic, réalisé par Matt Ross et sélectionné du Festival de Deauville en 2016 – il y remporta d’ailleurs deux prix, celui du Jury et celui du Public. Un an plus tard, Woody Harrelson prend la place de Viggo Mortensen dans le rôle du père de famille pas comme les autres, leader d’une grande famille au mode de vie singulier.

Cependant, on s’aperçoit très vite que la comparaison s’arrête là et que la bande-annonce nous a peut-être menti en nous promettant un feel-good movie, un sorte road-trip optimiste. Le château de verre nous emmène dans un univers bien différent de celui de Matt Ross, et beaucoup plus sombre. Ici, si les parents de Jeannette veulent convaincre leurs enfants et les autres que leur mode de vie décalé est une façon emprunte de poésie de mieux profiter de la vie, il ne s’agit en réalité pas d’un choix, mais d’une décision guidée par la contrainte, la pauvreté et leurs démons intérieurs. Les enfants, eux, subissent plus qu’ils n’embrassent ce mode de vie. Le système de flash-back, opposant l’enfance de Jeannette au présent, montre d’ailleurs que la jeune femme s’est éloignée de ce type de vie en devenant adulte.

Devant l’incapacité de leurs parents à répondre à leurs besoins de sécurité et de stabilité, les enfants ont un espoir : celui d’une vie meilleure. Et cette vie meilleure, elle est incarnée par le fameux château de verre, promesse faite par le personnage de Woody Harrelson à ses enfants. Un château qu’ils construiraient ensemble, qui symbolise bien sûr la protection et la pérennité. Mais, paradoxalement, le verre dénote la fragilité de ce rêve. L’espoir est pourtant ce qui guidera Jeannette tout au long du film ; l’espoir de voir ses parents changer d’abord, et, en cas d’échec, celui de se construire une autre vie, seule.

Ma famille d’abord

Le château de verre est un portrait émouvant d’une famille imparfaite. La complexité du caractère de chaque personnage est bien rendue grâce à un jeu d’acteur convaincant, qu’il s’agisse de Woody Harrelson, de l’excellente Brie Larson et même de la jeune Ella Anderson qui incarne Jeannette adolescente. L’histoire et les personnages, d’une grand intensité, pardonnent et justifient presque une mise en scène assez classique, de laquelle on retient peu de choses.

La relation entre Jeannette et son père est particulièrement mise en avant et est à l’image du château de verre : paradoxale, à la fois fragile et indestructible, entre confiance et méfiance. Le lien familial apparaît comme un poids pour tous les membres de la famille, sans exception, d’une manière ou d’une autre. Et pourtant, malgré le fort sentiment d’abandon que son père inspire à Jeannette, celle-ci peine à se détacher de son influence.

Le jeu de flash-back, faisant coïncider deux temporalités, celle de Jeannette enfant et adulte, permet de montrer la construction de son caractère, d’enfant influençable à jeune femme forte, mais aussi l’évolution de sa relation avec son père. Avec le temps, les souvenirs se mélangent, et les moments passés avec son père se confrontent au présent. Reste à savoir : lesquels de ces souvenirs sont vraiment les plus importants?

Conclusion : Le château de verre est un drame sombre et touchant sur les liens indestructibles qui unissent une famille, sur les forces et les dangers qu’ils représentent. Malgré une mise en scène classique, le film tire son épingle du jeu grâce à un jeu d’acteur très bon, et laisse une empreinte sur le spectateur, à la fois glaciale et réconfortante.

Le Château de verre
Un film de Destin Daniel Cretton
Sortie le 27 septembre 2017

Retrouvez les autres films présentés au Festival de Deauville :


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