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[Critique] Le Chant du loup : l’insubmersible blockbuster français

Chaque année voit son lot de films français fort ambitieux techniquement ou artistiquement, aux moyens démesurés, tentant de casser l’image que se fait le spectateur français de la production hexagonale… Et si souvent, malheureusement, le public se fait rare dans les salles (que ce soit pour Dans la brume ou l’Empereur de Paris en 2018), certains trouvent tout de même le succès, tels que Grave ou Au revoir là-haut récemment. C’est dans ce contexte que débarque Le Chant du loup, l’un des plus gros premiers films de l’histoire du cinéma français qui, du haut de ses 20 millions d’euros de budget et son casting 5 étoiles, porte sur ses épaules les promesses d’un cinéma français différent.

Dans un futur proche, la Russie vient d’envahir un petit pays d’Europe de l’est, forçant le président de la république française à placer l’armée (et principalement la marine et les sous-mariniers) sur le qui-vive. C’est ainsi que l’on découvre Chanteraide (François Civil), oreille d’or (chargé d’étudier les sons dans les abîmes de l’océan), et ses collègues et supérieurs, incarnés par Reda Kateb, Omar Sy et Mathieu Kassovitz. Ensemble, ils ont la responsabilité de la sécurité de la France ; ils sont « l’assurance vie du pays » comme le souligne l’un des personnages.

Quand on parle du loup…

Si Le Chant du loup est un premier film, son réalisateur Antonin Baudry n’en est pas à son coup d’essai. Ancien diplomate français à New-York puis conseiller du ministre de l’intérieur dans le début des années 2000, il publie en 2010 la BD Quai d’Orsay, tortueuse et mordante plongée dans le monde de la diplomatie. Pour son premier long-métrage, il pousse le degré de réalisme au plus haut en s’attaquant à l’un des sujets les plus délicats possible : l’arme nucléaire, et plus précisément le concept de dissuasion nucléaire. Pour ce faire, il nous embarque au plus profond de l’océan dans la vie de sous-mariniers : tant dans la technique et le jargon militaire que dans les questions éthiques et morales, Baudry fait preuve d’un réalisme à toute épreuve… sans tomber dans un style trop documentaire.

Au contraire, la fiction prend toujours le pas et le film est une vraie plongée haletante : on retient son souffle des premières aux dernières secondes. Transformer ce qui sur le papier n’était rien d’autre qu’une description très détaillée du monde des sous-marins en thriller très impressionnant rélève du génie ! Pour une première œuvre, on tient là du grand cinéma…

Une immersion sensorielle

Pour puiser cette tension palpable, Baudry n’hésite pas à aller chercher le monteur israélien Saar Klein qui, s’il a magnifié les images de La Ligne rouge en 1999 (il gagne l’Oscar du meilleur montage), s’est aussi rendu célèbre pour son travail sur La Mémoire dans la peau, le premier Jason Bourne. Les deux œuvres possèdent d’ailleurs ce même rapport au rythme pour créer de la tension. Le Chant du loup est un film très cuté, c’est-à-dire avec beaucoup de plans différents, durant peu de temps chacun. Mais ce n’est pas ici une question de facilité (enchaîner un maximum de plans sans réfléchir à leur sens comme dans Taken 3 ou Bohemian Rhapsody) mais de rythme. S’il existe un rythme sonore, pourquoi n’en existerait-il pas un visuel ? Le film de Baudry puise donc sa tension dans son tempo visuel dingue et haletant, mais aussi de sa photographie remplie de gros plans sur ses acteurs et de plans fixes, parfaitement dosés.

Cette tension est aussi rendue possible par une immersion totale : le spectateur est avec les personnages dans cet espace clos et exigu qu’est un sous-marin. Chaque acteur incarne véritablement son personnage, avec une mention toute spéciale pour François Civil, encore une fois extraordinaire. L’acteur qui fait ses preuves depuis ses 5 dernières années décroche ici un premier rôle à la hauteur de son talent, communiquant principalement par ses yeux et son regard, très expressif.

Enfin, le dernier personnage invisible à l’image et pourtant bien présent avec et autour nos quatre acteurs, c’est le son. Il tient un importance primordiale ici, dans la mesure où le film se passe sous l’eau (lieu où les ondes sonores se propagent différemment que sur terre) et dans un sous-marin (qui utilise l’acoustique pour se repérer). Dans son mixage ou sa création de différents sons, Le Chant du loup rappelle les meilleurs films de guerre américain ou, plus récemment, Dunkerque de Christopher Nolan, techniquement impeccable. Preuve en est que nous avons, en France, des auteurs capables de penser non seulement leur mise en scène par l’image et le montage (et c’est rare !) mais aussi par le son, jouant constamment avec le champ et le hors-champ du cadre et la spatialisation du son (le son étant en 3D dans une salle de cinéma, les enceintes étant réparties en 360° autour de nous). 

Conclusion : Le Chant du loup tient toutes ses promesses, et réussit à avoir un propos politique très intelligent et malheureusement d’actualité, tout en étant un grand divertissement populaire à suspens. Retenez votre souffle, car la plongée ne nous offre aucun répit ! 


Le Chant du loup
Un film d’Antonin Baud
Sortie le 20 février 2019

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Comments (1)

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