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[Critique] Late Night : et c’est parti pour le (late) show

C’est la comédie surprise de l’été. Avec Late Night, Emma Thompson et Mindy Kaling étrillent le monde de la télévision et – bien entendu –   Hollywood sous le prisme des late shows, les émissions de Jimmy Fallon, Jimmy Kimmel, John Oliver… qui revisitent l’actualité avec humour. Figurant parmi les formats les plus populaires (et même à l’international), les late shows sont pourtant principalement animés par… des hommes. Et dans Late Night, tout change… ou presque. Comment penser la télévision et le cinéma dans une ère post #MeToo ? Les deux femmes et la réalisatrice Nisha Ganatra vous donnent la réponse !

Elle est l’une des figures de la télévision américaine depuis plus de trente ans. Pourtant, Katherine Newbury (Emma Thompson) est sur le déclin : les audiences de son émission sont en baisse, elle n’est pas en phase avec son public et… elle est acariâtre avec son équipe. Lorsqu’on lui annonce que son show sera annulé, Katherine fera tout en son pouvoir pour prouver sa valeur et recrute Molly Patel (Mindy Kaling), une jeune femme d’origine indienne. Si tout oppose les deux femmes, leur collaboration forcée provoquera de (belles) étincelles…

Mieux vaut tard que jamais

À se retrouver comme ça dans les coulisses d’une émission de télévision, à découvrir ses auteurs dans ce que les américains appellent la writers room, on aurait presque l’impression de se retrouver dans la série 30 Rock de Tina Fey. Une armée d’hommes blancs qui, entre deux ou trois vannes vaseuses échangées l’un contre l’autre et beaucoup de temps passer à faire n’importe quoi dans leur bureau, prend quand même le temps d’écrire le contenu de l’émission. Ces auteurs sont aussi stéréotypés les uns que les autres : on y retrouve un dragueur, un compétiteur, un blasé par ses problèmes de couple… bref, plus personne ne semble trop concerné par ce qu’il se passe. Et le déclin de l’émission de Newbury en est la preuve. Malgré son charisme hors norme et sa désinvolture, le personnage d’Emma Thompson est au bord du gouffre et dépassée.

Pour tenter de se sauver, elle et son équipe (et sans grande conviction), elle cède ouvertement à la discrimination positive, renvoyant indéniablement à l’image des femmes dans la société. Si le personnage de Mindy Kaling est d’abord recruté, c’est uniquement parce qu’elle est une femme. Son talent, ses performances ? Qu’importe. À l’image de la nomination de Tamika Ward (Susan Heyward) à la tête du pénitencier de Litchfield dans la dernière saison de Orange Is The New Black, Molly Patel traverse les mêmes obstacles. Regards de travers, bizutages et remarques discriminatoires. La seule femme dans un monde d’hommes… ou presque, mais Newbury, aucunement en phase avec son époque, n’est pas non plus d’une grande aide envers la jeune femme.

C’est à travers ce postulat que Late Night redéfinit la manière dont il faut penser l’humour et le divertissement aujourd’hui, autant aux États-Unis que dans le monde. Oser le renouveau, faire se confronter des regards et des voix différents, tout en veillant à ce que chacun reste à sa place. Il en résulte notamment une hilarante scène où Newbury, jugée « trop vieille et trop blanche » par sa nouvelle employée, se retrouve dans les rues à jouer le white saviour, ce cliché représentant une personne blanche persuadée de mieux connaître les difficultés des diverses communautés et – surtout – d’être la personne la plus légitime pour en parler ! Porté par deux femmes exceptionnellement drôles, Late Night a aussi été écrit par Mindy Kaling, qui avait déjà longtemps œuvre dans les coulisses de The Office en plus d’être devant la caméra. On notera aussi le choix quasi-visionnaire d’avoir institué Amy Ryan dans le rôle de la patronne d’une grande chaîne de télévision américaine, à l’heure où d’autres studios tels que Warner ou DreamWorks sont désormais dirigés par des femmes. Les choses changent, et c’est tant mieux !

Conclusion : Late Night est la comédie surprise de la fin de l’été, portée avec brio par le duo Emma Thompson/Mindy Kaling, bien décidé à chambouler le patriarcat !

Late Night
Un film de Nisha Ganatra
Durée : 1h43
En salles le 21 août 2019

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