[Critique] Lady Bird : s’envoler loin du nid

Figure incontestable du cinéma indépendant américain, Greta Gerwig s’apparente toujours à travers les personnages qu’elle incarne à la bonne copine qu’on aimerait tous avoir. Sa personnalité décalée, fun et parfois maladroite fait sa particularité et imprègne avec brio sa première réalisation, Lady Bird, déjà doublement récompensée lors de la précédente cérémonie des Golden Globes.

Christine « Lady Bird » McPherson se bat désespérément pour ne pas ressembler à sa mère, aimante mais butée et au fort caractère, qui travaille sans relâche en tant qu’infirmière pour garder sa famille à flot après que le père de Lady Bird a perdu son emploi.

Teen-movie sans chichi

Les émois adolescents, en nette évolution depuis les dernières décennies (pour le meilleur et pour le pire), demeurent une large source d’inspiration pour les cinéastes. Ils sont cependant souvent réduits aux mêmes enchainements de codes scénaristiques qui, en maquillant leurs complexes ficelles, réduisent leur intérêt ou les rendent peu crédibles. C’est là où certains tirent nettement leur épingles du jeu : citons Noah Baumbach (compagnon de Greta Gerwig, qu’il a notamment dirigée dans Mistress America), Jason Reitman (Juno), Richard Linklater (Everybody wants some) ou encore dans un registre plus extrême, Gregg Araki (Kaboom) et Larry Clark (The Smell of us). Lady Bird rejoint la bande, affirmée et indépendante, en optant pour une crédibilité plus acérée, un désir de coller plus sensiblement au quotidien des jeunes gens d’aujourd’hui, quitte à ne pas laisser le spectateur se faire d’illusion. Et sa réussite réside dans son aspect divertissant, certainement pas laissé de côté, où l’on reconnaît l’esprit taquin et éclairé de Gerwig, également scénariste.

La réalisatrice s’amuse des codes du teen movie, les préservant tout en les déjouant. Un petit-ami tant adoré qui s’avère préférer les hommes, un prof de sport qui remplace l’homme d’église à la tête de la classe de théâtre… Dans son lycée catholique, Lady Bird mange des hosties comme on grignote des chips. Pour l’incarner, l’excellente Saoirse Ronan qui s’éloigne de la poupée de Brooklyn ou de The Grand Budapest Hotel pour s’emparer du caractère vif et bougon de son personnage. A ses côtés, un casting tout aussi réussi, Laurie Metcalf en tête dans le rôle de la mère de la jeune fille, qui fait de leur relation complexe et houleuse l’intérêt majeur du récit.

Une gentille émancipation

C’est en entendant la réaction d’une dame, sûre d’elle en fin de séance – “c’est daté, ça s’passe dans les années 70 !” – que l’évidence apparaît : c’est vrai qu’il y a un côté vieillot… Comme il le fait pourtant bien savoir, le film se déroule au début des années 2000 à Sacramento, Californie, bourgade restée dans son jus que Lady Bird rêve de laisser loin derrière elle pour être acceptée, en dépit de ses résultats très moyens, dans une université très lointaine et si possible très branchée. La jeune fille, imprégnée d’un ardent désir d’indépendance, ne lésine pas sur les contradictions propres à son âge et – impulsant ainsi une bonne dose de charme au récit – ne va pas toujours là où le spectateur l’attend.

Cela dit, alors qu’il dessine nettement de belles réflexions sur la famille (du point de vue des géniteurs comme de leur fille) et l’émancipation, le film ne les déploie pas autant qu’il semblait pouvoir se le permettre. Un regret qui n’enlève rien à l’efficacité du divertissement : Lady Bird ne se démarque pas tant d’autres très bonnes comédies dramatiques dont les indépendants ont le secret. Une belle entrée dans la réalisation cependant pour Greta Gerwig qui s’y épanouira, on l’espère comme elle l’a fait dans la comédie. Et pourquoi pas une suite pour conter les futures préoccupations de l’esprit volatile de Christine quelques années plus tard ?

Conclusion : traduire son titre dans notre langue donne déjà un indice : plus que celui d’une femme oiseau, Lady Bird dépeint plutôt l’envol d’une coccinelle, une image qui colle à la première réalisation de Greta Gerwig dont on a hâte de voir les ailes se déployer à ce poste, en parsemant plus largement le grain de folie qu’on lui connaît. Un petit et charmant envol donc, mais un vol réussi.

Lady Bird
Un film de Greta Gerwig
Sortie le 28 février 2018

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