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[Critique] La Reine des neiges 2 : un autre monde, vraiment ?

Que les cinémas français se préparent : la tempête Elsa, non seulement reine des neiges mais aussi du box-office, revient dans les salles dès le mercredi 20 novembre. Plus grand succès au monde pour un film d’animation, La Reine des neiges a dépassé la barre du milliard de dollars de recettes en 2015, et réalisé plus de cinq millions d’entrées dans l’Hexagone. Attendu comme le Messie par les enfants (peut-être moins pour les parents, qui devront probablement endurer les successeurs de « Libérée, délivrée » en boucle à la maison), La Reine des neiges 2 pointe enfin le bout de son nez rouge (à cause du froid, vous l’avez ?). 

Préservée le plus possible (la promotion du film ayant été peu avare en informations, notamment lors de la révélation des premières images du film lors du dernier Festival d’Annecy), l’intrigue de cette suite entraîne Elsa et Anna, les deux sœurs de la famille royale d’Arendelle, dans un voyage périlleux vers une forêt mystérieuse, recouverte d’un épais brouillard. Accompagnée de ses amis Kristoff, le renne Sven et Olaf, le bonhomme de neige, Elsa est bien décidée à en apprendre davantage sur l’origine de ses pouvoirs… quitte à mettre son propre royaume en danger.

Difficile de ne pas rester de glace…

En cinq ans, qu’est-ce qui a bien pu changer dans la vie de nos héros ? Pour l’instant, rien, et Anna le dit même dans l’une des premières chansons du film : « pour moi, rien ne change, c’est toujours ta main dans la mienne ». Anna et Elsa sont réunies, elles et leurs amis ne se quittent presque jamais, ils jouent même au Time’s Up le soir comme si de rien n’était. Car à Arendelle, tout va bien dans le meilleur des mondes : et c’est bien là le danger. Qu’adviendrait-il si cette bulle idyllique venait à éclater ? Plusieurs raisons pourraient fragiliser la situation : Kristoff est bien décidé à demander la main dAnna, tandis qu’Elsa se met à entendre une voix qui l’appelle, vers l’inconnu. Olaf, quant à lui, a un comportement de plus en plus humain, et se voit donc confronté à des dilemmes moraux impensables pour un petit bonhomme de neige. Il nous rappelle que le temps passe et que, malgré toute la bonne volonté du monde, il nous est impossible de figer un instant parfait.

Il est pourtant tellement réjouissant de retrouver ces personnages en plein bonheur, bien qu’il soit de courte durée. Cette voix qu’Elsa entend la pousse à aller vers l’inconnu : la ville d’Arendelle, ses montagnes et les décors enneigés du premier volet laissent place à une forêt où dominent les couleurs de l’automne, les feuilles mortes et les arbres nus. Ce qui a changé, en revanche, c’est bien l’aspect technique : l’animation fait des miracles, les décors sont parfois hyper-réalistes et contribuent largement à conférer une identité visuelle plus sombre à cette suite. Si dans la forêt, on trouve parfois des ennemis, Elsa et ses amis se confronteront à la fois aux forces de la nature, mais aussi à eux-mêmes. Si bien que, comme le dit Olaf, on pense que « tout le monde sortira de cet endroit transformé ».

… mais la surprise, elle, fond quelque peu

Le problème, c’est qu’une fois dans la forêt, les choses se gâtent un peu. Puisque chaque personnage évolue dans son coin, en quelque sorte, le rythme du film en pâtit. Si Elsa est toujours au cœur de l’histoire, décidée à découvrir la vérité sur ses pouvoirs, Jennifer Lee et Chris Buck multiplient les digressions comiques entre Olaf et Kristoff. Alors oui, la chanson de Kristoff (qui a enfin droit à son propre moment !) est hilarante et nous replonge au cœur des années boys band, reprenant tous les clichés et codes des clips visuels de l’époque. Olaf, lui, tourne en dérision l’histoire du premier volet (et peut-être même plus si vous restez au cours du générique de fin) avec beaucoup d’efficacité. Mais ces digressions, si elles feront évidemment beaucoup rire les plus jeunes, sont juste un moyen pour parer à la maigreur de l’intrigue initiale, dont on voit aisément se dessiner les tenants et les aboutissants dès les premiers instants du film. Bien que ce second volet tente également de développer l’histoire d’Arendelle, le scénario est ici aussi ronflant que Maléfique : Le Pouvoir du mal et accumule les flashback trop évocateurs.

La Reine des Neiges 2 tente pourtant d’évoquer des sujets actuels (et si ce brouillard qui recouvrait la forêt était le fameux mur promis par Donald Trump ?) et attache beaucoup d’importance au fait de sortir ses personnages féminins des stéréotypes (l’indépendance d’Elsa, la romance entre Anna et Kristoff). Mais Chris Buck et Jennifer Lee ne vont pas assez loin. Il y a comme un goût d’inachevé quand on découvre ce « nouveau monde » et ses habitants, assez peu développés, tout comme les autres formes de la nature (le vent, le feu et la terre) puisque c’est finalement la glace et les pouvoirs d’Elsa qui priment sur le reste. Un goût d’inachevé, aussi, quand on en arrive presque au dénouement du film, et où on se rend compte que la transformation promise des personnages n’est pas si étincelante que ça (excepté une nouvelle coiffure pour Elsa). Et une petite déception face aux chansons, qui ne parviendront peut-être pas à dépasser le phénomène qu’a été « Libérée, délivrée ». D’autant plus qu’après comparaison, celles-ci sont tout de même un cran plus réussies en version originale qu’en VF. Malgré une traduction des paroles honorable, Charlotte Hervieux, la nouvelle voix d’Elsa, n’arrive pas à égaler celle d’Idina Menzel en VO.

Conclusion : si les enfants devraient bien évidemment trouver leur compte (ou conte ?) devant La Reine des neiges 2, on ne peut s’empêcher d’être déçu par une suite qui privilégie les belles images et le divertissement au fond, plus brouillon.

La Reine des neiges 2
Un film de Jennifer Lee et Chris Buck
Durée : 1h44
En salles le 20 novembre 2019

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