[Critique] Kong : Skull Island : Ape-ocalypse Now !

Oubliez tous les films King Kong que vous avez pu voir jusqu’à maintenant. Skull Island balaie les origines vues et revues de l’immense gorille et s’impose comme un reboot, destiné à s’imbriquer dans le MonsterVerse initié par le Godzilla de Gareth Edwards, en 2014. Au revoir les années trente et la Grande Dépression, faites place à la Guerre du Vietnam : d’une période choc à une autre de l’histoire des États-Unis, Kong reste tranquillement sur son île… Ce glissement temporel anime le ton du film, bien plus direct et violent que ses aînés. Face à l’homme et sa cruauté, Kong doit se défendre… mais s’agit-il du véritable ennemi ?

Un groupe d’explorateurs plus différents les uns que les autres s’aventurent au cœur d’une île inconnue du Pacifique, aussi belle que dangereuse. Ils ne savent pas encore qu’ils viennent de pénétrer sur le territoire de Kong…

De l’exploration à la fuite

Skull Island signe le retour de MONARCH (ou plutôt sa première apparition chronologique), sous les traits de William Randa (John Goodman) et son assistant Houston Brooks (Corey Hawkins), qui sont à l’origine de cette expédition au beau milieu du Pacifique. L’île, définie comme un lieu où « mythes et science se rencontrent », accueille des visiteurs tout autant éclectiques : la caution scientifique en quête de découverte, une photojournaliste de guerre (Brie Larson) et un régiment de soldats américains, sonnés par « l’abandon » de la guerre. Le commandement de cette troupe se partage (puis se dispute) entre James Conrad (Tom Hiddleston) et le Colonel Packard (Samuel L. Jackson).

Si les affrontements ont cessé, la guerre du Vietnam n’est quant à elle toujours pas terminée. Cette exploration, quelques heures à peine avant la démobilisation de ce groupe de soldats, est un honneur de plus pour Packard, un désespoir pour ses soldats, éventail de cette jeunesse sacrifiée, et pour les survivants, à bout de souffle. Le conflit devient un sous-texte indéniable, tout comme l’époque inspire cruellement l’esthétique du film, autant visuelle que sonore. Les chansons des Stooges ou de David Bowie crépitent à travers les enceintes et mégaphones, tandis que l’image irradie le spectateur de ses tons flashy et pétaradants.

Les premières minutes sur l’île frôlent le catalogue touristique (les panoramas aériens à travers l’archipel, à l’image légèrement arrondie, sont d’une beauté sidérante), mais le tout vire très rapidement au grand spectacle. Ces premiers affrontements entre Kong et les hélicoptères sont bien les moments les plus époustouflants du film : mention spéciale au montage son du film ainsi qu’au compositeur Henry Jackman, qui utilisent avec brio le bruit des pales d’hélicoptère comme initiateur de tension dans cette introduction. Dommage que le reste tombe dans le divertissement convenu – efficace, certes, mais convenu.

Action brutale au détriment de la finesse d’écriture ?

Malgré quelques fulgurances visuelles, Skull Island ne brille pas non plus par son inventivité scénaristique : bien que le film offre une relecture du mythe King Kong, seule la période historique justifie ce « reboot ». Le reste est essentiellement connu du grand public, d’autant plus grâce au film de Peter Jackson, sorti en 2005 : l’île abrite de grosses bestioles inquiétantes, davantage étalées scène par scène comme un vulgaire bestiaire, et une population locale dont on ne saura pas grand chose, puisque les indigènes « ne sont pas très causants », comme le dit le personnage de John C. Reilly. Ils sont là, vénèrent Kong, sont en sécurité grâce à lui, et c’est à peu près tout.

Le film s’inscrit dans une logique de franchise, qui annule donc une fois encore toute tension dramatique : on sait pertinemment que Kong ne peut périr sur son île, puisque le personnage devra affronter Godzilla en 2020. Idem pour la majeure partie des personnages, souvent réduits à des traits caricaturaux. Le personnage de Samuel L. Jackson, animé par un désir de violence sans limite, libère les mêmes gimmicks déjà vus et revus dans le jeu de l’acteur. Les militaires apparaissent ainsi comme un groupe ultra-violent et prêt à tout pour abattre la bête, face à la rationalité des scientifiques et des personnages de Brie Larson et Tom Hiddleston, les seuls à même de comprendre que les événements dont ils sont témoins sur l’île les dépassent.

Ce qui ressort du film de Jordan Vogt-Roberts, nouveau yes man parachuté à la tête d’un blockbuster comme beaucoup d’autres ces dernières années (ou dans les mois à venir comme pour Spider-man : Homecoming et Jon Watts), c’est cette manière qu’il a de jongler avec les codes et clichés du blockbuster. Le film doit convenir au plus grand nombre (le rôle de Jing Tian, vue dans La Grande Muraille, est réduit à quelques répliques et ressort surtout de la coproduction américano-asiatique) et se compose ainsi de scènes d’action à grand spectacle, de moneyshots extravagants (et bien souvent très réussis) mais aussi de pointes d’humour… qui posent ici question.

Par rapport à ses aînés, Skull Island perd en finesse ce qu’il gagne en brutalité. Les scènes ouvertement clichés se multiplient, comme la lettre d’un soldat à son enfant ou le sacrifice d’un homme dépassé par les événements et prêt à tout pour sauver ses camarades… Or, le film se plaît à contourner ces codes et ces stéréotypes, voire à les parodier, comme s’il était parfaitement conscient de ce qu’il faisait : ce morceau de bravoure qu’aurait dû être ce sacrifice est, par exemple, complètement désacralisé au dernier instant et provoque le rire. Idem quand un personnage lambda dit à un autre de rouler sur le côté pour éviter d’être tué : on pense irrémédiablement à la mort ridicule de Charlize Theron dans Prometheus. L’homme clé de cet humour permanent, c’est bien le personnage de John C. Reilly qui, après tout, vole quasiment la vedette à Kong…

Conclusion : Dans Kong – Skull Island, l’homme découvre qu’il n’est pas roi, mais aussi que les êtres surnaturels se montrent plus intelligents que lui, face à son désir ardent de violence. Le film de Jason Vogt-Roberts remplit avec honneur tous les objectifs d’un blockbuster : toucher le plus grand nombre avec une esthétique seventies léchée et des scènes d’action incroyablement saisissantes !

Kong : Skull Island
Un film de Jason Vogt-Roberts
Sortie le 8 mars 2017

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