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[Critique] Knives and Skin : il n’y a pas que le style qui compte

Fan de David Lynch (Twin Peaks, Elephant Man, Sailor & Lula) et féministe engagée, la cinéaste Jennifer Reeder était au Festival du cinéma américain de Deauville en septembre dernier pour présenter son deuxième long métrage, Knives and Skin, sélectionné en compétition officielle. Tandis que son premier film, Signature Move, n’avait pas atteint nos cinémas français, Knives and Skin a conquis le distributeur UFO qui lui offre une sortie en salles (au même titre que Swallow, lui aussi en compétition, qui sortira en janvier 2020). Pourtant, le film fut véritablement une des grandes déceptions de ce cru 2019… 

Un soir, Carolyn, une adolescente, est agressée et laissée pour morte par un garçon dont elle a refusé les avances. Tandis que la jeune fille est recherchée par la police, le film se concentre sur la façon dont son absence marque (ou non !) son entourage : sa mère, en premier lieu, mais aussi ses camarades de classes ou ses professeurs, dont Knives and Skin propose des portraits déroutants… et ce n’est pas vraiment un compliment.

Quand l’esthétique tue l’histoire

Les premières minutes de Knives and Skin étaient pourtant prometteuses : une jeune fille disparue et blessée, peut-être morte de ses blessures, un potentiel coupable connu du spectateur que celui-ci va tenter de suivre pendant le film, et tout un lot de personnages secondaires qui vont être plus ou moins personnellement touchés par l’événement. À ce scénario de base, Jennifer Reeder apporte également diverses hypothèses pouvant faire chavirer le film vers des genres différents, notamment le fantastique, avec quelques éléments laissant penser qu’une force surnaturelle pourrait être à l’œuvre. Jusque là, on accroche.

À ce synopsis entre drame, thriller et fantastique vient s’ajouter un style bien particulier : avec ses musiques de chorales à l’aspect quasi-angélique, sa lumière magenta parsemée discrètement dans de nombreuses scènes, ses personnages étranges, voire dérangeants (on pense notamment à la mère de Carolyn, impossible à cerner…), et son atmosphère lourde, hypnotisante, Knives and Skin intrigue. Le spectateur se laisse alors prendre au jeu un certain temps, pensant que ce côté mystique, sombre, à la limite du malaisant, va aboutir à la résolution du mystère de la disparition de la jeune fille.

Cette forme et ce style hybrides auraient donc pu totalement fonctionner si Jennifer Reeder avait pris le soin de leur apporter une valeur scénaristique, de les relier au contexte, finalement assez réaliste et terre à terre, de son histoire. Oui mais voilà : la majorité des pistes lancées ne trouvent pas de réponses et les effets de style, qui finissent par sembler bien trop forcés, ne trouvent jamais vraiment de justification aux yeux du spectateur. Ce dernier se retrouve alors plus perdu et mal à l’aise qu’autre chose face à une intrigue finalement bien plus creuse qu’il ne le pensait, se demandant pourquoi Knives and Skin fait autant de bruit pour rien…

Conclusion : sur le papier, Knives and Skin avait les cartes en main pour être un bon film de genre. Dommage que Jennifer Reeder ait tout misé sur la création d’un style singulier, intéressant bien que trop ampoulé : celui-ci ne réussit malheureusement pas à masquer l’intrigue creuse et bien mal ficelée du film.

Knives and Skin
Un film de Jennifer Reeder
Durée : 1h52
Sortie le 20 novembre 2019

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