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[Critique] Klaus : la légende de Noël revisitée selon Netflix

Les films de Noël, c’est chaque année une institution : avec leurs scénarios plus redondants les uns que les autres, ils sont produits à la pelle, puis regardés… et critiqués par de nombreux spectateurs. Depuis deux ans, la plateforme de streaming Netflix produit ses propres films de Noël : en 2018, quatre films (The Holiday Calendar, Les Chroniques de Noël, la suite de A Christmas Prince et La Princesse de Chicago) avaient pu divertir les fans du genre sans pour autant s’éloigner des chemins battus. Cette année, c’est six nouveaux films faits maison que les abonnés de la plateforme pourront découvrir. Parmi eux, Klaus est également le tout premier film d’animation signé Netflix…

Dès l’introduction de Klaus, le narrateur nous fait une promesse : il va nous expliquer comment la légende de Noël est née, et surtout quand et pourquoi les enfants ont commencé un jour à envoyer des lettres à un certain Santa Klaus. Et son origine est pour le moins étrange : elle se situe à Smeerensburg, une île hideuse du grand nord, où les habitants s’adonnent à une guerre de clan sans fin et ultra-violente. C’est là aussi qu’est envoyé Jesper, un jeune postier égoïste et faignant, à qui l’on donne une mission : poster 6000 lettres en un an, dans un village où personne n’écrit jamais de courrier…

Univers sombre et anti-héros…

De prime abord, difficile de deviner comment la légende du Père Noël a bien pu naître dans un monde si sombre ! Et c’est justement le premier atout du film : exit les fins heureuses que l’on devine dès les premières minutes, les personnages mielleux à la complexité tout juste feinte. Ici, la curiosité du spectateur est authentiquement piquée. Le voici rapidement jeté dans l’univers noir de Smeerensburg, où altruisme et bienveillance sont des mots inconnus. Les habitants, sadiques, s’amusent à trouver toutes les techniques possibles pour faire du mal à leurs voisins, tandis que dans son jardin, une petite fille digne d’un film d’horreur plante une carotte dans son bonhomme de neige comme un couteau dans sa victime… Ce décalage entre la magie de Noël attendue par le spectateur et l’atmosphère inquiétante et sombre donne naissance à un humour très divertissant.

Quant au protagoniste, le facteur Jesper, c’est un personnage complètement antipathique. Un peu comme le Grinch ? Pas vraiment. Ce dernier est lui aussi un anti-héros, mais avec son mauvais caractère et sa façon de ne pas supporter les mièvreries de Noël, le Grinch s’apparente davantage à un papy grincheux duquel on rit sans s’y reconnaître. Et surtout, le Grinch tire sa méchanceté d’une blessure du passé, qui l’excuse finalement pour ses mauvais agissements. Jesper, lui, se rapproche plutôt d’un Kuzco, du film Disney homonyme sorti en 2000 : il est sournois, menteur, manipulateur, fait semblant de vouloir rendre service et n’a aucune empathie pour les enfants qu’il utilise pour parvenir à ses fins, et ce sans aucune excuse. S’il fait le bien, c’est quasiment contre son gré. Et cela le rend, finalement, très humain ! Sans compter le nombre de scènes hilarantes qui en découlent, comme le papier pour écrire des lettres qu’il distribue aux enfants comme un dealer de drogues.

… illuminés par la magie de Noël

Détourner les codes de Noël comme la lettre à Santa Klaus : voilà la solution que le film trouve pour donner vie à la légende. Ceux-ci sont parsemés petit à petit au cours du film, sans que le spectateur ne puisse tout d’abord les rattacher à la célèbre histoire qu’il connait. Le traîneau volant se transforme en chariot accidenté, le passage par la cheminée pour déposer les cadeaux relève de la méthode de survie, et le Père Noël, lui, trouve sa place dans l’intrigue d’une manière extrêmement bien ficelée. Toutes les pistes se rejoignent impeccablement pour finalement construire une histoire émouvante. Et dans ce monde de noirceur, quand la véritable magie de Noël montre enfin le bout de son nez, elle est d’autant plus magique aux yeux du spectateur !

Ce scénario riche, à la fois drôle et touchant, n’aurait pas le même impact sans tout l’univers visuel qui lui donne vie à l’écran. L’animation en 2D était déjà un choix audacieux alors que la plupart des films d’animation sont aujourd’hui en 3D. Mais ce qui marque davantage, c’est toute la palette de couleurs utilisées pour animer un décor qui reste enneigé et gelé (et donc blanc !) tout au long du film. Les paysages de Smeerensburg prennent des teintes bleues et vertes à l’aube, puis rose orangées au coucher du soleil, sont parfois dissimulés par un épais brouillard ou éclairés par un soleil perçant : le spectateur réussit à ressentir le froid, le chaud, mais aussi l’angoisse, l’espoir ou la reconnaissance grâce à des couleurs et des lumières très nuancées. Quant aux dessins qui mettent en scène la fameuse guerre des clans des habitants, l’opposition entre le bleu et le rouge n’est pas sans rappeler l’univers de Roméo et Juliette et des familles Capulet et Montaigu… Bref, c’est intelligent et beau à la fois !

Conclusion : oubliez tous les films de Noël aux scénarios redondants : Klaus les met au placard en présentant non seulement une histoire originale, qui plante un univers sombre et drôle et qui joue avec les codes de Noël pour mieux en révéler la magie, mais aussi un film d’animation visuellement magnifique !

Klaus
Un film de Sergio Pablos
Durée : 1h36
Disponible sur Netflix

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