[Critique] Jusqu’à la Garde : violence conjugale, où placer le débat ?

Le couple Besson divorce. Pour protéger son fils d’un père qu’elle accuse de violences, Miriam en demande la garde exclusive. La juge en charge du dossier accorde une garde partagée au père qu’elle considère bafoué. Pris en otage entre ses parents, Julien va tout faire pour empêcher que le pire n’arrive. Mais le pire, c’est quoi ?

En guise d’introduction, il suffit de délier tout le sens du titre de ce premier long-métrage de Xavier Legrand. La garde, c’est la bataille des deux parents pour Julien et sa sœur, mais c’est aussi la garde à vue, qui pend au nez des parents qui ne la respectent pas. Enfin, la garde c’est aussi la gorge, celle autour de laquelle il est si facile de serrer ses mains, ou vulgairement y enfoncer quelque chose (d’après les propos du réalisateur). Toute la violence du film est donc signifiée dans son titre, mais quelle violence ?

La loi du silence

Le film s’ouvre sur un magnifique champ/contre-champ : nous sommes dans une salle d’audience, les plans se répondent – le juge, la mère, Léa Drucker, le père, Denis Menochet, et les avocats. Xavier Legrand montre dès le point d’entrée du film la difficulté de faire cohabiter dans le même espace, le même plan, ces deux personnages. Mais on ne sait pas tout de suite pourquoi, est-ce de la tristesse ou de la haine qui déchire ce couple ?

On ne met pas longtemps à comprendre qu’il s’agit de violence. Mais le spectateur familier du premier court-métrage de Xavier Legrand, Avant que de tout perdre, connait déjà les enjeux. Comme dans cet « avant-propos » de trente minutes, la violence s’apparente au silence. La violence conjugale dans le décor aseptisé d’une ville et sa campagne qui ne seront jamais assez grandes pour protéger une femme de son mari violent. Les confrontations sont mises en scène avec une maîtrise étonnante, au plus près de la peur et sans une once de complaisance. Aucune scène n’est ouvertement violente, mais l’angoisse monte, de minute en minute, autour d’une Léa Drucker magnifique en femme battue, déterminée à fuir avec ses enfants.

Le silence, c’est aussi celui des enfants, qui ne sont pas présents dans la salle d’audience. Ce sont tous les rouages d’une justice qui ne donne pas toujours la parole à qui la veut ou la mérite, qui sont mis à mal dans Jusqu’à la Garde. Xavier Legrand tire la sonnette d’alarme sur les conditions des femmes encore trop souvent réduites au silence.

Un thriller d’une grande maturité 

Jusqu’à la Garde n’a rien d’un premier film. Il a déjà toute la force, la maturité et la profondeur d’un troisième, voire quatrième long-métrage. Toute sa maestria opère, lorsqu’il arrive à placer au cœur d’un film dont l’enjeu principal est le silence un des débats les plus sensibles de la place publique. Xavier Legrand est déjà un prodige. Avant que de tout perdre, nommé aux César et aux Oscars, jouait déjà dans la cour des grands. Après ce court-métrage, on se demandait à quand le premier long. Et bien ça y est, et on va en entendre parler pour un moment. La jusqu’à présent discrète mais pas moins talentueuse Léa Drucker explose à l’écran, grâce à une sobriété de jeu, et une simplicité de l’action qui permet à toute la tension de d’envahir l’écran.  Plus le film avance, plus il se dessine sous les traits d’un thriller haletant, jusqu’à exploser dans une scène finale infernale. Mais dans cette scène finale, encore, on sent toute la pudeur dont fait preuve Xavier Legrand.  Il sait toujours où poser sa caméra avec bienveillance.

Conclusion : jamais une telle justesse des émotions n’avait été atteinte dans un thriller social. Avec Jusqu’à la garde, Xavier Legrand signe un magnifique premier film.


Jusqu’à la Garde
Un film de Xavier Legrand
Sortie le 7 février 2018


Au cinéma également le 7 février 2018 :


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