[Critique] Le Jour de mon retour : capitaine abandonné

En 2015, James Marsh réalisait Une merveilleuse histoire du temps, qui retraçait la vie du scientifique Stephen Hawking, interprété par l’excellent Eddie Redmayne. C’est avec un nouveau biopic sous le bras que le réalisateur revient cette année, accompagné d’une nouvelle grande tête du cinéma britannique : Colin Firth. Le Jour de mon retour est-il aussi convaincant que son prédécesseur? Verdict. 

Le Jour de mon retour retrace l’histoire vraie de Donald Crowhurst, un anglais passionné de bateau qui décide de miser toutes ses économies pour participer à une course en solitaire, sans expérience ni matériel professionnel. Lorsqu’il se rend compte que le voyage ne se passe pas aussi bien qu’il le pensait, un choix s’impose à lui : abandonner et être ruiné, ou bien continuer, et faire semblant que tout va bien.

Un petit navire… qui n’avait jamais navigué

Si vous souhaitez voir un film d’action avec un héros bravant fièrement les tempêtes à travers l’immensité de l’océan, il vaudra mieux passer votre chemin, car il faut bien attendre de passer les trente premières minutes du film pour voir Colin Firth embarquer sur son bateau. Mais c’est un mal pour un bien, car cela permet à James Marsh d’aborder un thème indispensable pour comprendre l’histoire de Donald Crowhurst. Pour pouvoir financer son voyage et se faire connaître, l’Anglais fait appel à un agent qui va gérer son image publique. Ce dernier crée alors tout une logique de communication : il prévoit des publications dans les journaux, organise des interviews, et, plus important, il demande à Crowhurst de tenir un journal de bord afin, bien sûr, de les tenir au courant de son avancée. Très vite, et avant même de prendre la mer, le navigateur devient la victime de l’engouement qu’il a provoqué autour de sa personne, couplé à la dépendance financière dans laquelle il s’est enlisé. C’est cela qui le pousse à partir lorsqu’il voudrait abandonner, et qui le pousse à continuer la course coûte que coûte et à mentir pour que personne ne sache qu’il n’est pas en mesure de la gagner, voire de la terminer.

Ainsi, le film se construit sur une dualité omniprésente, à différents niveaux : tout s’oppose dans le film de James Marsh. Opposition entre le présent, sur le bateau, et les souvenirs du passé, heureux, insouciants. Opposition entre les plans de Donald Crowhurst, seul en mer, et ceux de sa femme (Rachel Weisz) et ses enfants qui l’attendent chez lui. Opposition entre l’intérieur de la cabine, minuscule, et l’extérieur, l’immensité de la mer. Et bien sûr, la plus grande dualité reste celle qui s’installe de plus en plus profondément entre la réalité et l’histoire qu’invente Donald, le mensonge que tout le monde, mis à part lui, pense être la vérité. Deux versions des faits que le navigateur doit savoir gérer indépendamment l’une de l’autre, et qui le rongent petit à petit, jusqu’à ce qu’il finisse par être en opposition avec lui-même.

En pleine mer, personne ne vous entend crier

Car c’est bien connu : la solitude rend fou, et on sait à quel point il est difficile pour les navigateurs solitaires de garder la raison après de longues semaines en mer. Colin Firth livre ici une performance convaincante et propose une évolution discrète mais intéressante d’un personnage qui peu à peu perd pied. Il faut dire que le spectateur peut facilement s’identifier et vivre ce que ressent le protagoniste tant son immersion est totale : la caméra de James Marsh tangue sans cesse, au rythme des vagues, ne nous apportant aucun répit pendant plus d’une heure trente, comme au personnage principal. S’ajoutent à cela les objets qui roulent, les voiles qui tapent sur le mat, et l’on aurait presque le mal de mer… Le tout mis en avant par une bande son très juste signée Jóhann Jóhannsson.

Tout comme le voyage est long, le rythme du film est lent, ce qui pourra à juste titre en ennuyer plus d’un. Mais étonnamment, on se surprend à rester concentré, tendu sur son siège. La tension commence avant même le départ du protagoniste, dont le manque de conviction qui s’affiche sur son visage n’augure rien de bon, et nous emporte jusqu’au dénouement final, pourtant attendu si l’on connait déjà l’histoire du navigateur. Le spectateur n’est pourtant pas tenu en haleine par des grandes scènes d’action, et certains reprocheront au film de rester très contemplatif, de manquer de force, mais ces « défauts » ont toutefois le mérite de transmettre au spectateur l’état d’esprit dans lequel se trouve le protagoniste, accablé par un découragement proche de la dépression. Car il n’y a pas d’héroïsme dans l’histoire de James Marsh, et si cela rend son film moins palpitant, il en devient en revanche bien plus sombre que ce à quoi on pouvait s’attendre.

Conclusion : Le Jour de mon retour est certes imparfait, mais propose des éléments intéressants : en choisissant la lenteur et la sobriété, James Marsh apporte un regard sombre sur l’histoire vraie de Donald Crowhurst, et laisse un gout amer et dérangeant, qui pourra diviser les opinions.


Le Jour de mon retour
Un film de James Marsh
Sortie le 7 mars 2018


Les autres sorties du 7 mars 2018 :


Vous avez aimé cet article? Abonnez-vous à notre newsletter et découvrez chaque mois le meilleur de Silence Moteur Action!

One thought on “[Critique] Le Jour de mon retour : capitaine abandonné

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *