[Critique] Jean-Christophe et Winnie : s’autoriser à rêver à nouveau

La fin d’année 2018 est chargée chez Disney. En novembre, nous découvrirons Casse-Noisette et les Quatre Royaumes tandis que Le Retour de Mary Poppins marquera les vacances de Noël. Un autre personnage mythique de Walt Disney Studios fait pourtant son retour dans les salles, mais en décalé, puisque nous l’attendions normalement cet été : Winnie l’ourson. À l’instar du Livre de la Jungle ou La Belle et la Bête (et bientôt Aladdin ou Dumbo…), la peluche arrive sur les écrans non pas dans un dessin animé mais en prises de vue réelles !

Il n’est pas question ici de faire un remake et de copier une intrigue déjà connue mais de tisser le lien entre Winnie et son meilleur ami Jean-Christophe, qui a désormais bien grandi. Campé par Ewan McGregor, ce petit garçon devenu homme a laissé derrière lui la Forêt des Rêves bleus pour la grisaille londonienne et un travail qui l’éloigne peu à peu de sa femme Evelyn (Hayley Atwell) et sa fille Madeleine (Bronte Carmichael). Film-doudou, Jean-Christophe et Winnie s’adresse donc à la fois aux enfants et aux parents, qui ont grandi avec ces personnages, et les invite à partager un moment en famille. Pari réussi pour le réalisateur Marc Forster ? La réponse est oui.

Un retour en enfance

Marc Forster. Oui, vous avez bien lu. Vu comme ça, on imagine mal le réalisateur de World War Z ou Quantum of Solace s’attaquer à Winnie l’Ourson. Mais si l’on regarde un peu plus loin, Forster a aussi mis en scène Neverland, un biopic sur l’écrivain J. M. Barrie à qui l’on doit les aventures de… Peter Pan ! D’un personnage emblématique des dessins animés Disney à un autre (les films Winnie l’ourson sont eux-mêmes adaptés de l’œuvre d’Alan Alexander Milne), il n’y a qu’un pas à franchir. Jean-Christophe et Winnie joue inévitablement sur la nostalgie pour légitimer son existence. On prend un très grand plaisir à retrouver Winnie, Tigrou, Porcinet, Bourriquet, Maître Hibou, Maman et Petit Gourou, ainsi que certains de leurs doubleurs historiques : Jim Cummings pour la voix originale de Winnie et Jean-Claude Donda (qui remplace l’inoubliable Roger Carel depuis 2011) pour sa voix française, accompagné de Patrick Préjean en Tigrou, Hervé Rey en Porcinet ou encore Michel Mella en Coco Lapin.

Cet esprit nostalgique transparaît inévitablement à l’écran à travers la modélisation de ces personnages qui ont marqué l’enfance de générations entières. Si ces petites peluches n’ont rien perdu de leur charme et de leur caractère, leurs couleurs se sont cependant un peu ternies, leurs coutures sont un peu plus visibles… et pourtant elles reprennent peu à peu vie sous nos yeux. Tout l’enjeu du film est là : se prêter à rêver à nouveau, et rendre à la Forêt des Rêves bleus toute sa fantaisie alors qu’elle est envahie par le brouillard et l’obscurité, qui ne sont que le miroir du quotidien d’un Jean-Christophe devenu adulte…

Les adultes, ces grands enfants…

Si tous les fans de Star Wars l’attendent de pied ferme dans un éventuel spin-off consacré à Obi-Wan, Ewan McGregor a plutôt décidé de replonger en enfance et incarne avec brio ce Jean-Christophe qui a vu s’écouler le poids des années. « Un peu ridé, peut-être » lui dira Winnie avec un peu d’émotion lors de leurs retrouvailles. Le film développe rapidement, mais habilement, son obsession maladive pour son emploi dans une fabrique de bagages, où patron et actionnaires dictent la cadence au détriment du bien-être de leurs employés. C’est assez vite cousu de fil blanc, peu subtil, et déjà vu, mais Jean-Christophe et Winnie invite à ce que l’on appellerait aujourd’hui le droit à la déconnexion, tout en s’inscrivant dans les problématiques sociales de son époque (l’émergence des classes populaires, la naissance des congés payés…).

En allant voir Jean-Christophe et Winnie, on sait donc déjà à quoi s’attendre : le film de Marc Forster s’impose comme un divertissement parfaitement calibré qui cherchera à réveiller la part d’enfance qui sommeille encore en chaque adulte. Tout comme Winnie et ses amis chercheront à aider Jean-Christophe à retrouver sa rêverie et – surtout – sa famille, le film invite tout parent à partager un moment privilégié avec son enfant et à s’autoriser, ne serait-ce que pour un instant, à rêver à nouveau. Car comme le dit Winnie, « ne rien faire » revient à « faire bien »…

Conclusion : Jean-Christophe et Winnie rassemble tous les ingrédients pour devenir l’un des divertissements familiaux marquants de cette fin d’année. Il est irrésistible de retrouver Winnie l’ourson et ses amis dans une folle aventure à travers Londres qui rappellera une chose : il ne faut pas s’interdire de rêver, même devenu adulte…


Jean-Christophe et Winnie

Un film de Marc Forster
Sortie le 24 octobre 2018


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