[Critique] It Comes At Night : les derniers d’entre nous

Paul (Joel Edgerton) et Sarah (Carmen Ejogo) vivent reclus avec leur fils Travis (Kelvin Harrison Jr.) dans une maison perdue au beau milieu des bois. Ils sont coupés du monde et avec raison : la société a été ravagée par un mal dont on ne connaît la nature. Lorsqu’ils accueillent une famille en détresse, leur maigre équilibre se voit peu à peu bouleversé…

Quand on voit It Comes At Night, il est très difficile de ne pas penser au jeu vidéo The Last of Us, avec lequel ce second film de Trey Edward Shults partage bien des similitudes. Si Joel Edgerton ressemble en tout point à… Joël, le héros du jeu, le monde dans lequel il évolue avec sa famille pourrait très bien être le même. Cette immense et oppressante forêt se renferme peu à peu sur ces personnages en proie à la paranoïa la plus totale. Que faire ? Que croire ? Qu’est-on prêt à faire pour survivre ? It Comes At Night nous embarque subtilement vers la folie : une expérience cinématographique dont on a bien du mal à se remettre !

Une affaire de famille

L’intrigue de It Comes At Night est avant tout très intimiste et resserre son cadre autour d’un très faible nombre de personnages. Son ouverture choc nous impose d’emblée un certain attachement à cette famille reculée face à ce qu’elle traverse. Trey Edward Shults choisit de nous faire vivre cette histoire à travers le regard du personnage le plus jeune, Travis, partagé entre l’envie d’en découvrir davantage sur le mal extérieur et le fait de suivre les règles dictées par ses parents.

Travis est parfois inquiétant. Obsédé par ce qui se passe autour de lui, le garçon épie les moindres faits et gestes de ses parents, mais aussi de la famille qui les rejoint. Ses réactions parfois imprévisibles feraient presque penser à une forme d’autisme : intrépide, le garçon met parfois sa vie en danger en dépit d’éventuelles remontrances. Une obsession semblable à celle de son père, qui tient par dessus tout à ce que la seule porte d’entrée de la maison, reconnaissable à sa couleur rouge, soit absolument fermée à tout instant. Malgré le très faible nombre de personnages, les règles de vie s’imposent et pas souvent pour le meilleur… mais qu’y a-t-il vraiment à craindre à l’extérieur ?

Non, It Comes At Night n’est pas un film d’horreur !

It Comes At Night fait partie de ces œuvres qui construisent leur tension autour de l’absence de réponse à un phénomène donné. Ce qui se passe à travers le monde revient constamment dans les discussions des personnages : « tu sais ce qui est arrivé dehors ? » demande le personnage de Joel Edgerton à son prisonnier. Pas un téléphone, pas un flash radio, pas une seule une de journal n’apparaîtra au cours du film. Si vous vous attendiez à savoir ce qui a forcé cette famille à se couper du monde, c’est quasi-râpé. Quasi, car la menace est présente, constamment, mais on ne saura jamais précisément ce dont il s’agit.

Le réalisateur sait jouer de son cadre pour rendre l’ambiance de son film encore plus oppressante : les bandes noires se resserrent dès lors que la tension s’installe. D’abord réservé aux cauchemars du fils, le procédé s’adapte bien vite à la réalité lorsque l’horreur prend inévitablement le pas sur la raison. Le dernier tiers du film embrasse la violence avec ferveur, dans un stress permanent. Une violence autant physique que psychologique, dont le dénouement renvoie, en miroir, à la toute première scène du film : malgré tous nos efforts, le mal finit toujours par s’immiscer et à gangréner le reste. Le mal est-il réellement à l’extérieur, ou cherche-t-on juste à se persuader qu’il n’est pas déjà en nous ?

Conclusion : malgré ce que le marketing du film tente de nous faire croire, It Comes At Night n’est pas un film d’horreur. Il s’agit du moins d’un thriller psychologique à la violence inouïe et à la tension menée tambours battants. Les studios A24 (Moonlight, How To Talk To Girls At Parties) s’entourent une fois encore d’une pépite !

It Comes At Night
Un film de Trey Edward Shults
Sortie le 21 juin 2017

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