[Critique] L’Île aux chiens : humaniste et poétique

Présenté en ouverture de la Berlinale, L’Île aux chiens voit le retour de Wes Anderson au cinéma 4 ans après The Grand Budapest Hotel, et son retour à l’animation 8 ans après Fantastic Mr Fox ! Au casting, Bryan Cranston, Edward Norton, Bill Murray, Jeff Goldblum, Scarlett Johansson, Greta Gerwig, Frances McDormand ou Tilda Swinton. En français (et choisi par Anderson lui-même), Vincent Lindon, Romain Duris, Yvan Attal, Mathieu Amalric, Louis Garrel ou Léa Seydoux. Rien que ça ! 

Au Japon, une forte épidémie canine force le maire de Megasaki à expédier tous les chiens sur une île abandonnée au large de la ville, où les déchets ménagers sont stockés. Quelques mois plus tard, un jeune enfant – le pupille du maire – débarque avec comme volonté de retrouver son chien qui lui a été arraché. Aidé par une troupe de héros canins, Atari part donc à la recherche de Spots.

Une mise en scène qui a du chien

Dès le premier plan du film, Wes Anderson annonce le ton. Un panneau de texte nous prévient que les aboiements des chiens seront traduits en anglais, tandis que les paroles de la population locale resteront en japonais. Encore une fois, Anderson nous déstabilise avec grâce, dans ce qui est l’une de ces meilleurs œuvres. S’il fallait décrire le style Anderson, on parlerait d’une mise en scène très précise et détaillée, au cadre toujours très géométrique. Et quoi de mieux que l’animation pour maîtriser pleinement chaque tenant et aboutissant de l’image ? En usant de la même technique que dans Fantastic Mr Fox, la stop-motion (c’est-à-dire en prenant en photo image par image une scène immobile, animée grâce aux 24 images par seconde du cinéma), Anderson magnifie chaque personnage, chaque décor. Sa mise en scène n’en devient que plus époustouflante, le nombre de possibilité (en travaillant image par image) s’en trouvant décuplé. Le design des personnages est aussi une vraie réussite, des chiens adorables aux humains.

Pour autant, Wes Anderson est cinéphile, et cela se ressent. Très maniériste, le cinéaste cite ouvertement de grandes œuvres, cinématographiques comme Citizen Kane ou l’oeuvre de Kubrick, littéraires comme Le Petit Prince, ou picturales comme La Grande Vague de Kanagawa. Plus généralement d’ailleurs, le film rend hommage à la culture japonaise dans son ensemble par le biais d’une mise en scène visuelle grandiose ; mais le son n’est pas en reste. Pour la quatrième fois, Alexandre Desplat compose la musique d’un film d’Anderson. La bande originale est une réussite surprenante, usant – entre autres – de beaucoup de percussions.

Une pique à notre société

Cependant, Wes Anderson, s’il est un cinéaste formaliste, n’en est pas moins un conteur. Il livre ici un récit aux multiples niveaux de lecture : la quête du héros du jeune Atari, la question de la rédemption, la corruption omniprésente dans nos sociétés, la différence… Mais on préfère l’évolution des personnages chiens du film, et plus particulièrement Chief (inteprété en VO par Bryan Cranston, Vincent Lindon en français). S’il faut un long moment avant que celui-ci ne sorte du lot, sa trajectoire touche et bouleverse et nous rappelle le talent qu’a Wes Anderson pour écrire la psychologie de ses personnages.

Enfin, L’Île aux chiens est évidemment une satire de notre société. Il y a ici aussi, comme toujours chez Anderson, un rapport à la violence très particulier et désarçonnant : elle apparaît au moment où on l’attend le moins et elle surprend par sa force. Mais si cette violence et l’obscurité qui agite certains personnages font état du pessimiste de son auteur vis à vis de la société, l’optimisme vient toujours pointer le bout de sa truffe. Car en définitive, L’Île aux chiens est un grand film humaniste, sur la différence et l’amour. Très poétique et tendre, comme le laissait entendre son titre original, Isle of Dogs (I love Dogs lu très vite).

Conclusion : Wes Anderson est l’un des plus grands. S’il sait bien s’entourer, avec un casting (Bryan Cranston, Edward Norton, Bill Muray, Jeff Goldblum, Scarlett Johansson…) et une équipe technique extrêmement talentueuse, il s’impose comme un metteur en scène extraordinaire avec un film humaniste et magnifiquement écrit. L’Île aux chiens est bouleversant et on vous met au défi d’en ressortir intact. 


L’Île aux Chiens
Un film de Wes Anderson
Sortie le 11 avril 2018


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