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[Critique] How to Talk to Girls at Parties: romance punk édulcorée

Après le réjouissant et libéré Short Bus et le plus dramatique Rabbit Hole, on languissait le retour de John Cameron Mitchell à l’annonce de l’extravagant How to Talk to Girls at Parties. Atypique, fantaisiste… tout est bien là, mais la sauce ne prend pas…

1977 : trois jeunes Anglais croisent dans une soirée des créatures aussi sublimes qu’étranges. En pleine émergence punk, ils découvriront l’amour, cette planète inconnue et tenteront de résoudre ce mystère : comment parler aux filles en soirée…

Romance acidulée avec sucres ajoutés

Adaptation du roman graphique de Neil Gaiman (Coraline, American Gods), How to Talk to Girls at Parties traite de la romance entre un adolescent et une extraterrestre, dans l’Angleterre des années 70. Propice à un rendu visuel décalé et haut en couleur, la confrontation entre l’univers punk british de Enn (Alex Sharp) et celui fantaisiste venu d’une autre planète de Zan (Elle Fanning) engendre de nombreuses possibilités de mises en scène exploitées avec gourmandise par Mitchell. Pour ce qui est de l’environnement du jeune homme, ses virées entres amis dans Croydon (banlieue sud de Londres) sont marquées par des teintes sombres, un grain marqué et une cadence d’images réduite pour un rendu à la fois doux et saccadé. Du côté des colonies extraterrestres, implantées dans une grande villa, les couleurs sont vives et d’inspiration pop, l’image est nette et épurée, comme la peau immaculée des protagonistes. Les costumes imaginés par Sandy Powell renforcent ces paramètres d’un côté (vêtements punk bricolés à la maison) comme de l’autre (matières moulantes, coupes singulières et couleurs acidulées) et contribuent grandement à l’empreinte visuelle fantasque du film.

Seulement voilà, il ne suffit pas d’un univers visuel affirmé pour rendre crédible l’histoire qui s’y déroule ; il peut même la desservir et s’avérer quelque peu envahissant… L’alchimie peine à se faire entre les deux mondes, comme estompée par l’amplitude des effets mis en oeuvre, rendant ainsi la romance entre Enn et Zan difficilement accrocheuse, alors même qu’elle ne cesse de grandir. Les séquences d’animation tout droit venues des rêveries de Enn ont beau faire le lien avec une imagerie cosmique extraterrestre, elles s’avèrent superficielles et veines, là où la liberté d’imagination permise par la bande dessinée ou le roman graphique permet plus facilement à la magie d’opérer. Au-delà de ces partis pris finalement bavards, on retiendra cependant l’excellente interprétation d’Alex Sharp, jusqu’à présent remarqué (et récompensé !) au théâtre, pour le plaisir communicatif qui émane de son jeu lumineux et expressif.

Conclusion : John Cameron Mitchell mise sur un apprêt excessif et l’alchimie peine à prendre sous la surface de cette romance improbable. Le grain de folie attendu n’est pas au rendez-vous, et la fameuse question laisse finalement sur sa faim : mais alors, comment parler aux filles en soirée


How to Talk to Girls at Parties
Un film de John Cameron Mitchell
Sortie le 20 juin 2018

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