[Critique] Hostiles : drame redoutablement moderne

 

Avec Hostiles, l’acteur Christian Bale retrouve le réalisateur Scott Cooper pour la deuxième fois sur grand écran depuis Les Brasiers de la Colère (2013). Cette fois-ci, Cooper explore un nouveau monde de l’Amérique en s’attaquant à un des genres qui en a fait toute la gloire : le Western. 

Quelques années après la Guerre de Sécession, Joe Blocker (Christian Bale), ancienne glorieuse figure de l’Union (dirigée par Abraham Lincoln), connu pour avoir massacré et emprisonné un bon nombre d’Indiens, se retrouve obligé d’accompagner Yellow Hawk (Wes Studi), ancien chef de guerre Cheyenne et ennemi juré de Blocker, sur ses terres d’origines alors qu’il est mourant.

Des personnages fascinants

Dès les premières secondes, en présentant un massacre d’une famille innocente de paysans par des Comanches, Hostiles se présente comme un film sur la violence des hommes. Une volonté que Scott Cooper aura du mal à faire parvenir sur la première heure de son film, mais qu’il arrivera à insuffler sur le reste, pour faire de Hostiles un film captivant. Bien que les enjeux de l’intrigue s’installent rapidement, il faut avouer que pendant une bonne heure, on peut se demander quelle pertinence il y a à faire Hostiles aujourd’hui. Le western est une formidable vitrine pour l’imaginaire dans les films contemporains, quand il n’est pas traité frontalement, comme par exemple avec Logan. Le premier degré des histoires de cowboys et Indiens, semblent hors du temps. Dans ce sens, malheureusement, l’un des premiers plans copie avec une grande maladresse, l’ouverture magistrale de La Prisonnière du Désert (J. Ford, 1956). On croit un moment que l’on va avoir le droit un énième western stylisé, qui utilise la violence, sans en comprendre l’essence  historique. De fait, l’ennui s’installe rapidement. Tandis que certaines situations s’avèrent gênantes, par exemple, lorsque Christian Bale, seul au milieu d’une plaine, cri au ciel alors que l’orage gronde derrière.

Pourtant si l’on pouvait croire, au début, qu’Hostiles tomberait naïvement dans un manichéisme dérangeant, les soldats étant les justes et les Indiens, les mauvais, le film se montre, bien heureusement, plus adroit. Car ce qui tient le film de bout en bout ce sont ses personnages et non son histoire. C’est la complexité extrêmement subtile, qui fait exister bien au-delà de la norme hollywoodienne les personnages d’Hostiles, qui rend le film fascinant. Le casting en or massif, chargé de donner vie aux personnages est d’une justesse implacable. Christian Bale, fidèle à lui-même, brille par son interprétation de Blocker, alors que Wes Studi met en lumière toute la profondeur de son personnage de Cheyenne déchu mais fier. Le casting comporte aussi d’autres figures extrêmement talentueuses, mais il est clair que les personnages sont portés par le duo de tête. Cependant, Rosamund Pike déçoit énormément. Elle n’arrive jamais à toucher la sensibilité et le malheur de son personnage, Rosalee Quaid, une figure tragique qui est brisée par la maladresse totale de Pike. Ni sa tristesse, ni sa colère ne paressent crédibles. Heureusement, si l’on nous fait croire, dès le départ, que Rosalee Quaid a son importance à jouer, elle disparaît peu à peu discrètement durant le film.

Un western tragique et fataliste

Petit à petit, les héros et les défaits des guerres deviennent des souvenirs du passé. C’est le propos du film, très justement mis en lumière lors d’une séquence entre Joe Blocker et Thomas Metz (Rory Chochrane), durant laquelle les deux se souviennent de leurs gloires passées. Le duo, sur le point de prendre sa retraite, se voit confier la lourde charge de faire marche arrière, en accompagnant Yellow Hawk. Le cinéma a toujours été un art du mouvement, et le western un art du paysage et des frontières. Ce voyage de retour forcé illustre symboliquement un retour dans un passé que les soldats veulent oublier à tout prix. La musique de Max Richter accompagne magnifiquement ce voyage, entre les ruines du passé et les promesses de l’avenir une fois la lourde tâche accomplie. C’est là que Hostiles devient une œuvre d’une très grande force : ce retour dans le temps est accompagné par l’ombre de la mort. Une forme de catharsis s’installe alors pour les personnages qui se remettent en question ainsi que leurs motivations passées. Hostiles interroge ses personnages, alors que le temps passe, que la mort plane et que les regrets s’installent : que reste-t-il à ces hommes qui ont vécu tant de violences ? Finalement sur les chemins remplis de la haine des Hommes, Hostiles est un western crépusculaire et redoutablement moderne.

Conclusion : à cause d’une première heure assez maladroite et lente, où ne sent pas le propos venir, Hostiles ne restera pas une œuvre marquante. Mais finalement, alors qu’on se demandait quelle pertinence il y avait à sortir ce western aujourd’hui, on se sent rend compte à la fin de la séance qu’il s’agit d’une vraie œuvre contemporaine. Hostiles tient, de fait, sur la même ligne que Logan. Un film sur la fin des héros et le passage des frontières, quelles soit géographiques, humaines ou spirituelles. Construit à la manière d’une véritable tragédie classique, les héros y affrontent la mort comme un dernier rendez-vous. Un spectacle à voir.

Hostiles
Un film de Scott Cooper
Sortie le 14 mars 2018

Découvrez aussi en mars au cinéma :


Vous avez aimé cet article? Abonnez-vous à notre newsletter et découvrez chaque mois le meilleur de Silence Moteur Action!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *