[Critique] High Life : Robert Pattinson la tête dans les étoiles

Si vous pensez trouver devant High Life un grand spectacle façon First Man de Damien Chazelle, attendez-vous à tout autre chose. Chez Claire Denis, l’espace n’est ni une terre de découverte, ni lieu d’émerveillement : il ne sera pas vraiment question de filmer les étoiles, mais plutôt la destinée de personnages voués à errer dans un vaisseau naviguant, sans réelle destination, dans le vide sidéral. Les premières images préviennent d’emblée qu’il ne s’agit pas d’un voyage de tout repos : le personnage de Robert Pattinson est seul dans une station désordonnée, usée, mais il est pourtant capable de se sustenter… lui et un bébé. Mais comment en est-il arrivé là ? 

High Life, c’est l’histoire de condamnés à mort à qui l’on a proposé de partir en expédition à travers l’espace pour devenir les cobayes d’une étrange expérience. L’histoire d’une bulle vouée à éclater, comme nous avons pu le dire précédemment. En cela, Claire Denis fait de son film une expérience voyeuriste profondément dérangeante et pourtant fascinante, qui lorgne parfois du côté de L’Odyssée de l’espace kubrickienne…

This is Ground Control to Major Rob…

Déroutant. C’est certainement le mot qui caractérise le plus High Life lorsqu’on le découvre. Sa narration morcelée (qui alterne entre le quotidien solitaire de Pattinson et des flashbacks avec le reste de son équipe) n’a de cesse de semer le doute auprès du spectateur, qui se demande bien comment les compagnons d’aventure de Robert Pattinson, placés sous la supervision d’un médecin campé par Juliette Binoche (seule figure d’autorité présente à bord), ont pu disparaître. Tout cet équipage tente de vivre sans but précis, dans un quotidien pourtant réglé comme une horloge. Entraînement physique, cultivation, prélèvements organiques… Mais tout ça pour quoi ? On ne le saura jamais vraiment, mais qu’importe.

Pourrait-on dire que High Life est profondément nihiliste ? La mort hante le film tel un spectre, et en tant que spectateur, nous savons que les personnages que nous voyons à l’écran sont voués à disparaître. Alors à quoi bon ? Il y a chez Claire Denis comme un désir de rejeter tous les codes habituels des films de science-fiction, où l’on s’attend à des actes de bravoure ou des images flamboyantes. La réalisatrice prend son spectateur de court : son imagerie est elle-même ultra-minimaliste. Les scènes dans l’espace rarissime, presque même volontairement kitsch (Pattinson réparant une paroi du vaisseau sur un fond noir, sans étoiles, avec la lumière un immense projecteur déployée vers lui, une séquence en images de synthèse montrant une galaxie digne d’une modélisation réalisée en 1998…). Elle préfère ainsi jouer sur cette notion d’enfermement permanent, de claustrophobie qui mène peu à peu cet équipage à la folie.

L’Odyssée de la Mère Denis

Car Claire Denis met ses personnages à l’épreuve. Plus dans un cercueil géant que dans un vaisseau spatial, les vices des uns et des autres ressortent et conduisent l’équipage à vivre dans une paranoïa généralisée. La relation entre Robert Pattinson et Mia Goth est ainsi des plus tumultueuses… et incompréhensibles : un instant, ils s’agressent l’un l’autre jusqu’au sang, puis ils s’aiment. Le personnage de Juliette Binoche virerait presque vers celui du docteur Jekyll, décidé à créer la vie peu importe le coût et les conséquences. Peu à peu, l’humain perd toute raison et redevient animal, guidé par ses pulsions et ses besoins élémentaires : Claire Denis vous réserve une scène d’anthologie dans ce qu’elle nomme, tout en légèreté, la fuckbox.

Ces corps voués à la décomposition tentent de survivre comme ils le peuvent. L’unique scène qui se déroule sur le plancher des vaches est des plus claires : « on envoie ces gens mourir sans leur dire qu’ils ne reviendront pas ». Transpiration, semence, sang (car il y a aussi quelques scènes très graphiques dans ce film !), tous les fluides corporels sont à l’image et illustrent la souffrance de ces personnages, autant physique que psychologique. La vie dans ce vaisseau est aussi représentative que celle de l’espèce humaine en général, vouée à s’auto-saborder, à vivre ses moments de révolte, s’auto-détruire… et malgré tout continuer d’aller vers l’avant, vers l’inconnu. À l’image de cette scène finale, aussi sujette à interprétation que celle de 2001, L’Odyssée de l’espace.

Conclusion : avec High Life, Claire Denis chamboule les codes du film de science-fiction et se les approprie au profit d’une aventure humaine profondément nihiliste et déroutante, magistralement menée par Robert Pattinson. 


High Life

Un film de Claire Denis
Sortie le 7 novembre 2018

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