[Critique] Happiness Road : souvenirs de Taïwan

Dévoilé hors compétition lors de la dernière édition du Festival d’Annecy, Happiness Road a suscité l’intérêt des spectateurs en faisant salle comble (en présence de sa réalisatrice !). Pour retranscrire à l’écran près de trente ans d’histoire taïwanaise, Hsin Yin Sung s’est bien entendu inspirée de ses propres souvenirs : sa relation avec sa grand-mère d’origine aborigène notamment, ses parents, son départ aux États-Unis… Elle conte ainsi l’histoire d’une jeune femme qui revient à Taïwan, après des années d’absence, et remet en question son rapport à ses origines. Un premier film touchant, qui sait alterner de manière subtile entre fiction et réalité, marier la petite et la grande histoire.

Tchi vit aux USA où elle s’est installée, à la poursuite du « rêve américain », après ses études à Taiwan. Sa grand-mère adorée vient à mourir et la voilà de retour dans sa ville natale, où elle retrouve sa famille, ses souvenirs d’enfants et son quartier Happiness Road. Tout se bouscule dans son esprit : l’amertume de l’exil, ses espoirs de carrière, son fiancé américain et sa famille aux traditions un peu ringardes… Et si finalement le rêve américain n’en était pas un  ? Tchi finira-t-elle par se retrouver alors qu’elle ignorait s’être perdue ?

L’histoire d’un pays en transition

Les débuts de Happiness Road laissent entrevoir un film que l’on savourerait presque comme un bonbon bien sucré : des couleurs chatoyantes, une famille sur la route prête à terminer son déménagement, heureuse comme le nom de la rue où elle s’installe. « C’est quoi le bonheur ? », demandera la petite Tchi à sa mère. Le bonheur, chacun s’en fait son idée. Et Tchi aura bien des occasions de cultiver ses rêves au cours de son enfance. Or les rêves les plus naïfs (au sens positif du terme) laissent peu à peu place à des préoccupations bien ancrées dans la réalité : l’émancipation du cocon familial, l’envie d’ailleurs.

Happiness Road séduit par cette manière de confronter désirs et réalité, en tissant en toile de fond l’histoire d’un pays en pleine transition politique, de la dictature à la démocratie. Les stigmates de l’ancien régime sont toujours présents, à l’image de l’apprentissage obligatoire du mandarin à l’école ou la difficile intégration de certaines communautés. La petite Betty, qui devient l’une des meilleures amies de Tchi, vit une enfance difficile en raison de ses origines métissées, sa mère étant taïwanaise et son père un soldat américain.

Certains ont pu reprocher à Hsin Yin Sung d’avoir choisi un style trop enfantin pour son premier film, or celui-ci sied particulièrement à l’esprit de sa jeune héroïne qui, des années plus tard, se laisse à nouveau envahir par ses souvenirs ou même par d’autres séquences fantasmagoriques, au cours desquelles Tchi échange avec sa grand-mère disparue. Si sa structure non-linéaire a de quoi décontenancer au départ, Happiness Road est finalement bien proche de ce qu’est la vie : n’y aurait-il pas plutôt bien des obstacles, des détours, des errements sur la route qui mène au bonheur ?

Conclusion : Happiness Road est un premier film touchant et maîtrisé, mêlant subtilement son portrait de famille et son retour sur l’histoire de Taïwan. Il serait regrettable de passer à côté !


Happiness Road

Un film de Hsin Yin Sung
En salles le 1er août 2018

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Au cinéma en août

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