[Critique] Halloween : quarante ans, toujours bourreau !

À l’instar de son tueur masqué, Michael Myers, la saga Halloween n’en finit pas de renaître : sorti il y a quarante ans, le film original de John Carpenter a connu pas moins de cinq suites, dans lesquelles Myers traquait sans relâche Laurie Strode (Jamie Lee Curtis, scream queen légendaire) puis sa filleViendra ensuite Halloween, 20 ans après, qui efface l’histoire des précédents, l’étron Halloween Resurrection (où Myers traque des candidats de télé-réalité) et deux remakes signés Rob Zombie, qui se penchaient sur les origines du tueur et de sa folie meurtrière.

Un troisième film devait se produire jusqu’à ce que le studio Dimension Films ne perde les droits d’exploitation de la saga fin 2015, au profit de Miramax et Blumhouse Productions quelques mois plus tard. Une aubaine pour son fondateur Jason Blum qui, après avoir fait ses armes avec des franchises originales telles que Paranormal Activity ou American Nightmare, s’approprie désormais un monument du genre horrifique, avec la bénédiction de Carpenter (ici producteur et compositeur). Aux manettes, David Gordon Green (qui signait l’an dernier l’émouvant Stronger), qui fait ses premiers pas dans le genre. Quarante ans après, Laurie Strode n’a rien oublié de l’horreur qu’elle a vécu. Tout au long de sa vie, elle s’est préparée à un instant : celui où Michael Myers s’échapperait, pour l’achever une bonne fois pour toutes…

Michael Myers : humain ou démon ?

Vous l’aurez compris, cet Halloween version 2018 fait fi lui aussi des opus précédents. La franchise renaît de ses cendres, comme cette citrouille écrasée qui, à chaque seconde du générique, retrouve sa consistance, ses formes, jusqu’à y voir tracé un terrifiant visage. Cette renaissance, c’est aussi celle de Michael Myers qui, dans tout le premier tiers du film, doit retrouver ce qui constitue son essence : son masque. Car il est toujours hors de question de découvrir son vrai visage. Seule la silhouette du tueur sera perceptible de loin, ou alors tout plan rapproché prendra soin de dissimuler sa tête.

De quoi effacer toute empathie pour le personnage ? David Gordon Green et son scénariste Danny McBride envoient aussi valser le lien de filiation entre Michael Myers et Laurie Strode via une réplique : « une simple rumeur » inventée par des gens qui n’avaient rien d’autre à faire. Au moins c’est dit. Pourtant, comme dans tout autre film de la saga, la présence du médecin psychiatre qui suit le cas Myers vise à déterminer s’il a bel et bien perdu toute humanité. Ce « nouveau Loomis », comme le nomme Jamie Lee Curtis (en référence au précédent docteur incarné par le regretté Donald Pleasance, présent dans la saga originale), est pourtant tout autant surprenant que son patient, qui sera plus violent que jamais…

Une vengeance de mère en fille

Les premières images du film laissaient apercevoir une Laurie Strode convertie à un mode de vie de survivaliste total. Maison reculée, panic room, système d’alarme… Elle est prête à toute éventualité, à tel point que son entourage doute de son bien-être psychique : Laurie doit à la fois lutter contre son pire ennemi, sa propre famille et elle-même. Mais cet esprit combatif s’est-il transmis d’une génération à l’autre ? Il vaudrait mieux, car la fille et la petite fille de Laurie Strode vont elles-aussi devenir les proies de Michael Myers à travers une traque des plus éprouvantes. Toutes les scènes d’intimité créent un attachement certain envers ce trio cent pour cent féminin, qui devra s’unir malgré ses différends contre cette menace commune. Le poids des années n’a pas marqué Jamie Lee Curtis, dont la pugnacité est sans égal.

À travers Michael Myers, John Carpenter a dessiné la figure du croque-mitaine (the bogeyman en version originale), cet être parasite qui vous traque sans que vous ne le sachiez. Le film original jouait bien plus avec la perception même du danger : le hors-champ, les bruits, les apparitions furtives… L’aura de Myers était plus fantomatique ; ses exécutions discrètes, nettes, sans grande effusion de sang (contrairement aux films de Rob Zombie). Ici, la violence est bien plus graphique, et Myers semble vouloir faire le plus de victimes possible. À tel point qu’il transgresse certains interdits du genre : peut-on décemment montrer le meurtre d’un enfant dans un film d’horreur ? David Gordon Green rend hommage aux plans séquence des films originaux en montrant Myers errer dans les rues d’Haddonfield, de maison en maison, tandis que la caméra s’attardera sur chacune de ses armes. Vu à quel point la barbarie de Myers s’exerce (cette scène dans les toilettes !), nous nous serions presque attendus à une interdiction en salles aux moins de seize ans… Le film n’est finalement interdit qu’aux moins de douze !

À travers cette question de mélange des générations se dessine inévitablement le public du film, qui se composera évidemment des fans de la franchise et d’un nouveau public qui la découvrira (pour rappel, le film original de Carpenter ressort également en salles en version restaurée). L’esthétique même du long métrage est habilement dosée entre modernité et nostalgie : David Gordon Green sème avec parcimonie quelques clins d’œil au film original dans sa mise en scène en détournant même certains motifs (la figure qui erre devant une école n’est plus Myers mais Laurie, par exemple). Mais la plus belle preuve de cet audacieux mélange reste la musique du film, composée par Carpenter père et fils, qui donne l’impression de replonger quarante ans en arrière lorsque rejaillissent ces inoubliables notes de piano ou au synthétiseur. Les thèmes mythiques de la saga sont cependant remis au goût du jour, et s’imprègnent de la nervosité du film à travers l’ajout de percussions et de la guitare électrique, qui confèrent une plus grande tension à l’ensemble.

Conclusion : oscillant très habilement entre hommage et modernité, Halloween version David Gordon Green marque par la violence exacerbée de Michael Myers et la pugnacité de Jamie Lee Curtis. Ce nouveau film se suffit cependant très bien à lui-même et semble sonner comme de parfaits adieux à la saga, mais le succès du film au box-office américain devrait inévitablement faire naître une, si ce ne sont plusieurs suites… 


Halloween
Un film de David Gordon Green
Sortie le 24 octobre 2018

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