[Critique] Guy : carpe diem

Depuis sa révélation au grand public dans la pastille humoristique Catherine et Liliane du Petit Journal, Alex Lutz n’a eu de cesse de se transformer, de se cacher derrière des masques et maquillages : au théâtre, à la télévision ou au cinéma. Cette fois-ci, il pousse le vice encore plus loin en interprétant un personnage plus vrai que nature : Guy Jamet, un vieux chanteur dépassé qui tente un comeback. 

Gauthier est un jeune homme qui vient de perdre sa mère. En débarrassant ses affaires, il découvre une lettre lui annonçant que son père est en fait le célèbre chanteur Guy Jamet. Il décide alors de prétexter tourner un documentaire sur la carrière du vieil homme pour tenter de découvrir qui est véritablement son père biologique.

L’amour des autres (et de soi)

Il y aurait presque quelque chose d’ironique à observer la carrière de ce faux docu-fiction. Passé par le Festival de Cannes (en fermeture de la Semaine de la Critique) puis une pléthore d’avant-premières (jusqu’au Festival du film francophone d’Angoulême), on croirait presque que ce Guy Jamet est réel. Et c’est logique tant Lutz et son équipe ont multiplié les efforts pour le rendre crédible. Enseveli sous une tonne de maquillage, Alex Lutz est difficilement reconnaissable ; on croit à son personnage.

Le réalisme du film tient aussi dans le personnage de ce chanteur, qui n’est pas sans rappeler Michel Sardou, Claude François ou un certain nombre d’artistes de la variété française. À la manière dont cet homme tente son comeback, on pense à Renaud ou d’autres. Derrière la caméra, Alex Lutz fait preuve de nombreuses supercheries pour rendre l’univers cohérent : les décors, costumes et accessoires fourmillent de détails (jusqu’aux pochettes d’albums fictifs en arrière plan) tandis que la mise en scène et la lumière récréent le sentiment d’un documentaire. On pense parfois, souvent, à Michel Hazanavicius (OSS117, The Artist) dans le formalisme visuel (les scènes du passé, les clips vidéo, l’aspect documentaire) ou Nicolas Bedos (Monsieur et Madame Adelman) dans le discours sur le temps qui passe. Enfin, la musique donne au film un vrai côté intemporel, comme si elle sortait directement des années 80/90. Le single « dadidou », repris plusieurs fois à différentes époques, vient servir de fil conducteur à l’intrigue. Et c’est tant mieux ! S’il aurait été difficile d’imaginer un biopic sur un chanteur sans chanson, on est tout de même impressionné par la qualité de ces musiques originales.

Si Alex Lutz s’entoure de ses proches acteurs – Bruno Sanches fait un caméo tandis que Tom Dingler (personnage secondaire dans Catherine et Liliane) est ici le personnage principal, celui qui tient la caméra – c’est parce que c’est aussi le message du film. Un message assez doux et cruel à la fois sur le temps qui passe, et sur la nécessité de s’aimer les uns les autres, d’apprécier la vie comme elle vient. Car à la fin, que restera-t-il si ce n’est des souvenirs ?

Conclusion : oeuvre plus subtile qu’il n’y parait au premier regard, Guy est un feelgood movie agréable. Alex Lutz, à l’instar de Nicolas Bedos dans Monsieur et Madame Adelman, signe un film très personnel sur le temps qui passe et sur l’amour des autres et de soi. 


Guy
Un film d’Alex Lutz
Sortie le 29 août 2018 


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