[Critique] Glass : dépasser le plafond de verre

19 ans après Incassable et 2 ans après Split, le cinéaste controversé M. Night Shyamalan conclut sa trilogie « super-héros » avec Glass, réunissant les protagonistes des deux précédents films. Si en apparence, relier Split et Incassable semble surprenant, Shyamalan réussit à les nouer autour d’une intrigue réellement intelligente et à propos.

Glass reprend là où c’était terminé Split : Kevin Crumb (James McAvoy) continue de kidnapper et de torturer des jeunes femmes que lui où l’une de ses 24 personnalités considère comme impures. Jusqu’au moment où il croise le chemin de l’incassable David Dunn (Bruce Willis), qui joue les justiciers en capes dans sa ville, pour agir là où la police ne peut pas. Ils se retrouveront enfermés dans un hôpital psychiatrique, qui retenait déjà M. Glass lui-même, Elijah Price (Samuel L Jackson).

Dans la continuité du « Shyamalan Cinematic Universe »

Soyons honnêtes : pour complètement comprendre les enjeux de Glass, mieux vaut avoir vu (et récemment, si vos souvenirs ne sont plus très frais) Incassable, génial film de super-héros de 2000, et Split, qui brillait lui par la superbe interprétation de James McAvoy. Tout comme pour le spectateur, il s’est écoulé 2 ans depuis les événements narrés dans Split et 15 ans depuis ceux d’Incassable lorsque commence Glass. Pour autant, il n’y a pas de rappel de ce qui s’est précédemment passé, et c’est au spectateur d’être à jour pour bien comprendre les personnages, leur force comme leur faiblesse. Si le temps a passé pour David Dunn et Elijah Price, ce n’est que pour plus les torturer, leur faire comprendre qu’ils sont désormais la vieille génération face à la jeunesse et la fougue de Kevin Crumb.

Mais durant les 15 ans qui sont écoulés entre le premier et le dernier film de cette trilogie, les super-héros ont connu (et connaissent encore ?) un véritable âge d’or : tous les genres ont semble-il été explorés, du thriller avec The Dark Knight au western avec Logan, en passant par les divertissements des films Marvel Studios ou du grand soap-opéra avec Les gardiens de la Galaxie. Le défi de Shyamalan était donc double : raconter quelque de neuf sur le genre et réactualiser les deux personnages d’Incassable, créés avec une vision des super-héros très années 2000. D’autant plus que de son côté, le réalisateur a eu le temps, depuis 15 ans, de se ridiculiser avec des échecs commerciaux, comme le Dernier maître de l’air, ou critiques avec After Earth ou Phénomène. Heureusement, le cinéaste de Sixième Sens, Le Village et La jeune fille de l’eau entame depuis 2015 un retour réussi avec le film horrifique The Visit et la série Wayward Pines.

Shyamalan confirme à nouveau cette tendance avec Glass, qui brille grâce à une direction d’acteurs hors normes : James McAvoy vole la vedette à tous ses compères, épatant dans tous les registres. Bruce Willis et Samuel L. Jackson s’en sortent aussi à merveille, de même que les seconds rôles comme l’inimitable Sarah Paulson, ou Ana Taylor-Joy. Glass est aussi rempli d’images iconiques, portées par une attention à tous les détails : les cadres sont soignés, utilisant très souvent des effets de miroirs et de reflets, sans chercher à magnifier les personnages (on pense à un plan dans une glace déformant le visage de Willis), et le film joue énormément sur les couleurs : le violet pour Elijah, le jaune pour Crumb et le vert pour Dunn. Il y a dans la mise en scène de Shyamalan quelque chose de véritablement millimétré et, donc, très efficace !

Apporter du neuf dans le monde des super-héros

On remarque dans ce traitement visuel la volonté d’inscrire l’univers de Glass dans la réalité de notre monde : le film n’use pas de subterfuges visuels, se déroule dans notre monde en 2019, s’apparente plus à un thriller qu’à un film fantastique… bref, tout est crédible. En cela, il se rapproche de réalisations comme la trilogie The Dark Knight (Christopher Nolan), qui, en transposant l’univers de Batman à notre société, avait crédibilisé l’image du super-héros en adoptant un ton très réaliste. Toutefois, dans le fond, Glass nous rappelle davantage Logan ou Watchmen dans sa volonté de questionner l’évolution des super-héros dans le temps et leur symbole d’icône. Le film utilise le genre super-héroïque de manière très intelligente, nous confrontant à une question : a-t-on vraiment besoin des super-héros ? Ou leur présence, leur existence n’est-elle qu’une preuve de notre infériorité ? Que se passe-t-il quand un super-héros vieillit ? Si toutes ces thématiques là ont déjà été traitées de nombreuses fois (on cite juste pour le plaisir le très sous-estimé Batman v Superman, qui allait même jusqu’à faire une analogie entre Superman et Jésus Christ), il y a ici quelque chose de neuf dans la manière de faire.

Shyamalan est un cinéaste expérimenté, il sait distiller des éléments dans son scénario. Il faut dire qu’il est le maître des twists à Hollywood (du Sixième Sens en passant par Le Village mais aussi Split) ! Il réussit ici à manier à la perfection ses personnages autant que son spectateur et les emmène là où il veut. L’un des enjeux du film sera de questionner les personnages autant que nous-même sur l’existence des super-héros. Ce que Dunn ou Crumb font, un homme entraîné et musclé n’en serait-il pas capable aussi ? Mais le réalisateur n’est pas le seul à tourmenter ses personnages! M. Glass lui-même, dont l’enjeu est de mener David Dunn et Kevin Crumb à combattre, va lui-aussi manipuler les deux autres personnages pour arriver à ses fins. Elijah devient alors le metteur en scène de l’intrigue et se substitue à Shyamalan ! C’est la raison pour laquelle il se permet de donner son nom au titre, et brise de temps en temps le 4e mur, pour faire du film une méta-oeuvre (une fiction qui dévoile ses propres mécanismes, en donnant par exemple aux personnages la conscience de ce qu’ils sont : des êtres fictifs) et nous questionner sur ce qu’on a l’habitude de voir dans un film de super-héros.

Conclusion : Shyamalan est bien de retour ! Derrière l’apparente nostalgie de voir la suite, 20 ans plus tard, d’Incassable, on assiste en fait à un grand film de super-héros aux thématiques intelligentes. Glass est un film qui a compris ce qu’il devait être : un divertissement tout public, qui réussit à questionner le spectateur sur ce qu’il voit. Brillant ! 


Glass
Un film de M Night Shyamalan
Sortie le 16 janvier 2019

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